Gaz de schiste: un outil de surveillance de moins

Le Québec pourrait devoir se passer d'un outil de surveillance des puits de gaz de shale couramment utilisé ailleurs en Amérique du Nord : la distinction entre le gaz d'origine biologique et le gaz d'origine thermogénique, c'est-à-dire produit par la chaleur associée à des phénomènes géologiques.

Dans l'Ouest canadien et aux États-Unis, quand des émanations de gaz naturel sont détectées proche d'un puits, des tests isotopiques sont menés afin de déterminer leur origine. Quand celle-ci est biologique, on présume généralement qu'une poche gazeuse peu profonde a été percée et que son contenu aurait fini par s'échapper de toute façon, et le dossier est clos. S'il s'agit de gaz thermogénique, cependant, l'affaire est prise plus au sérieux : le gaz de shale est d'origine thermogénique, et sa présence en surface peut être le signe d'un problème grave.

Or, dans les Basses Terres du Saint-Laurent, du gaz thermogénique percole naturellement du sol en plusieurs endroits. Bien qu'ils soient très imperméables, les shales laissent tout de même s'échapper de petites quantités de gaz. Dans des endroits comme la Pennsylvanie et l'Ouest canadien, des couches géologiques étanches séparent ces sources de gaz thermogénique de la surface, mais ce n'est pas le cas au Québec, où des dépôts glaciaires (perméables) reposent directement sur le shale de Lorrain par endroits.

La présence de gaz thermogénique ne serait donc pas significative sur la rive sud du Saint-Laurent, ce qui priverait les inspecteurs d'un outil de surveillance, confiait récemment au Soleil le président de la gazière Questerre, Michael Binnion.

Cette information nous a été confirmée hier par le géochimiste de l'UQAM Daniele Pinti et par le géologue du MRNF Robert Thériault.

Selon ce dernier, des analyses chimiques ont tout de même été menées sur 8 des 11 puits ayant montré des migrations de gaz. Sans entrer dans les détails, puisque les données au sujet de puits forés il y a moins de trois ans sont confidentielles, M. Thériault affirme que «jusqu'à maintenant, ce qu'on a comme résultat, c'est que c'est du gaz thermogénique».

Selon sa collègue du MRNF Isabelle Leclerc, il existe tout de même d'autres indicateurs de problèmes, comme le débit d'une fuite ou le fait qu'elle sorte de terre à l'extérieur des tuyaux et des coffrages de ciment.

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