Gaz de schiste: des eaux de fracturation où survivent les truites

La Ville de Trois-Rivières a testé des échantillons... (Photothèque Le Soleil)

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La Ville de Trois-Rivières a testé des échantillons de l'eau ayant servi à fracturer le puits que possède la gazière Talisman à Fortierville.

Photothèque Le Soleil

Les eaux de fracturation qui sortent des puits de gaz de schiste sont-elles aussi polluées qu'on le dit? D'après des analyses de la Ville de Trois-Rivières et dont Le Soleil a obtenu une version préliminaire, si l'on y trouve d'assez grandes quantités de graisses minérales, il semble qu'elles soient assez propres, avant même d'avoir été traitées, pour que la truite y survive...

Du 5 au 18 janvier, la municipalité a reçu 22 voyages de camions-citernes transportant l'eau qui a servi à fracturer divers puits que possède la gazière Talisman et entreposée à Fortierville. En principe, d'autres auraient dû suivre en provenance de deux autres puits, mais le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs a fait arrêter ces transferts parce que la compagnie n'avaient pas les permis nécessaires.

Le technicien en épuration des eaux de Trois-Rivières Steve Hamel a tout de même pu effectuer diverses analyses de l'eau de chacun de ces 22 arrivages. Il a examiné une trentaine de paramètres qui avaient auparavant été identifiés comme sensibles - en accord avec des experts des Affaires municipales et du Développement durable, précise M. Hamel - lors de tests préliminaires effectués cet automne sur 74 paramètres différents.

Et les résultats obtenus jusqu'à maintenant montrent une eau qui, de manière générale, n'est pas particulièrement sale ni difficile à traiter, dit M. Hamel.

Les daphnies en meurent

Comme on le fait souvent pour tester la toxicité de l'eau, des truites et des daphnies ont même été plongées pendant 10 jours dans l'eau de fracturation non traitée d'une des 22 livraisons. Les truites, un poisson pourtant réputé intolérant à la pollution, ont survécu à ce traitement, mais les daphnies n'ont cependant pas eu cette chance.

«Je ne sais pas à quoi les daphnies sont plus sensibles par rapport aux truites, c'est une question que je vais devoir éclaircir», a admis M. Hamel lors d'un entretien téléphonique. En outre, avertit le technicien, il s'agit là de données qui ne concernent qu'un seul puits, et qu'il est permis de penser que le tableau puisse changer d'un endroit à l'autre, selon la composition du sous-sol.

À preuve, l'eau du puits de Fortierville recelait en moyenne 1120 milligrammes par litre (mg/l) de chlorures et 780 mg/l de sodium, alors que le site Web de la gazière Questerre indique que l'eau de fracturation en contient habituellement de cinq à six fois plus (6000 et 4000 mg/l respectivement).

Parmi les autres éléments à retenir, notons que deux indicateurs généraux de pollution, soit la «demande chimique en oxygène» (DCO) et la demande biologique en oxygène (DBO5) sont relativement élevées, avec des moyennes de 1237 et 520 mg/l. Il est difficile de savoir d'où vient cette demande, dit M. Hamel, mais il souligne que la DCO est en partie une question de saison et que les égouts de Trois-Rivières ont souvent des valeurs qui tournent autour de 1000 mg/l «au printemps, quand l'eau de fonte ramasse toutes sortes de choses».

Les concentrations d'huiles et de graisses minérales sont elles aussi assez élevées, avec des teneurs avant traitement des eaux de 6,9 à 12 mg/l. Par comparaison, la norme québécoise pour la contamination des eaux souterraines est de 3,5 mg/l au maximum. Les installations d'épuration de Trois-Rivières font baisser ces taux jusqu'à 0,1 mg/l, mais il faut rappeler ici que l'industrie ne récupère qu'environ la moitié de ses liquides de fracturation, l'autre moitié demeurant dans le sol.

Selon le biologiste Vincent Perron, porte-parole de Talisman, il s'agirait «de graisses dont on se sert pour les joints d'équipement. Ça provient de nos opérations, et non de la formation géologique [de l'Utica, visée par l'industrie]».

Pour le reste des paramètres testés, l'eau qui a servi à fracturer le puits de Fortierville respectait, avant même d'avoir été traitée, les normes de rejet dans l'environnement (pour l'éthylèneglycol et le diéthylèneglycol), quand ce n'était pas carrément les normes pour l'eau potable (sulfates, nitrites/nitrates, benzène, toluène, éthylbenzène, xylènes et baryum).

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