Un groupe de recherche rattaché à la Polytechnique de Montréal planche actuellement sur cette analyse, mais ne remettra ses résultats préliminaires qu'en avril, soit bien après que le BAPE aura déposé son rapport, le 28 février. Ce qui, bien sûr, risque de laisser un grand trou dans un document censé se prononcer sur le développement durable de cette activité.
Au cours des audiences de l'automne dernier, bien des intervenants y sont allés de leurs propres calculs, mais il s'agissait des évaluations de l'industrie elle-même ou d'organisations militantes, avec les biais que cela peut impliquer. En outre, ces projections se concentraient généralement sur un aspect en particulier du bilan GES, en laissant un ou plusieurs autres en plan - comme le camionnage pour transporter l'eau, les émissions fugitives de méthane, la conversion des appareils au mazout (plus polluants) au gaz naturel, etc.
Mais aucun des mémoires présentés lors des audiences ne faisait le tour de la question de manière indépendante et systématique.
«C'est pour ça aussi qu'on voulait savoir ce qu'il en était, parce que cette étude-là [du CIRAIG, un groupe de recherche universitaire sur le cycle de vie des produits] semble plus complète, plus recherchée», a indiqué la porte-parole du BAPE Diane Paquin lors d'un entretien téléphonique.
C'est le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) qui a donné le contrat au CIRAIG, sentant lui aussi le besoin d'avoir l'heure juste sur ce point. Dans une lettre datée du 2 février, les commissaires ont questionné le MDDEP à ce sujet, et la réponse a été mise en ligne cette semaine sur le site du Bureau.
«Il s'agit d'une étude d'un cas générique hypothétique se voulant représentatif d'une éventuelle production issue d'un ensemble de projets possibles dans la région des Basses-Terres du Saint-Laurent. Bien qu'un tel profil environnemental couvre plusieurs catégories d'impacts, une attention particulière sera portée à l'indicateur de changement climatique et donc, au bilan carbone du gaz de shale», détaille le document.
La missive se termine cependant en spécifiant que «les résultats de cette étude préliminaire seront déposés au MDDEP en avril 2011».
«Une composante importante»
Selon Mme Paquin, même en supposant que les auteurs du CIRAIG aient une bonne idée de leurs conclusions avant la fin du mois, il serait «étonnant» que le BAPE puisse en tenir compte. «Nous, on ne rédigera pas jusqu'au 28. Il y a une correction linguistique à faire, la mise en page, l'impression... Donc ce sera trop tard», dit-elle.
Et c'est bien dommage, croit le professeur de chimie de l'environnement à l'Université de Sherbrooke Patrick Ayotte. «Ce n'est peut-être pas la plus grosse problématique, mais c'est certainement une composante importante [dans une telle évaluation]», dit-il.
À la limite, selon lui, cela pourrait peut-être même faire mieux paraître l'industrie des gaz de schiste, dont le bilan n'est pas aussi noir que ce que dépeignent les médias depuis des mois.
Notons par ailleurs que les commissaires auront tout de même la possibilité, en rédigeant leur rapport, de recommander d'attendre les conclusions de l'étude du CIRAIG.