Le maire dit comprendre que les citoyens se posent des questions. Lui-même, d'ailleurs, en a plusieurs qui sont demeurées sans réponse.
«Pourquoi seulement un bateau pour 1600 tonnes? Premièrement, pourquoi un bateau? C'est sûr qu'il doit y avoir des techniciens, des ingénieurs pour dire que ça rentre, [que] ça va se rendre. Mais le monde ne réagit pas comme ça. Ça manque de perspective dans la réflexion.» Si ce premier transport va de l'avant, il craint que la porte ne soit désormais ouverte pour tous ceux qui voudraient utiliser le fleuve Saint-Laurent pour le transit de déchets nucléaires.
Pas moins de 116 villes s'opposent officiellement à la décision de la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) d'autoriser le transport par navire de 16 vieux transformateurs de vapeur radioactifs entre la baie Géorgienne et la banlieue de Stockholm. La Communauté métropolitaine de Québec, également, «exprime son inquiétude et son mécontentement face à la décision de la CCSN».
Plus loin, le communiqué relève que «les analyses d'impact produites par la Commission semblent également reposer sur un scénario de réussite plutôt que sur un scénario de la pire éventualité, alors que la fragilité de l'écosystème Grands Lacs-Saint-Laurent, elle, ne fait aucun doute».
Les porte-parole du ministère de l'Environnement répètent depuis dimanche que Québec suit l'évolution du dossier et que des mesures doivent être adoptées pour protéger l'environnement. En septembre, le ministre Pierre Arcand a également exprimé sa préoccupation à son homologue fédéral de l'époque, Jim Prentice. Dans cette lettre, dont Le Soleil a obtenu copie, l'inquiétude du ministre va beaucoup plus loin que ne le laissent entendre les lignes de presse.
Vives préoccupations
«Cette opération sans précédent à ma connaissance au pays, voire en Amérique du Nord, soulève de vives préoccupations au sein du gouvernement du Québec, et en particulier au ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, vu les préoccupations [sic] qu'elle suscite au plan des risques environnementaux», écrit le ministre.
«Il m'apparaît en conséquence des plus souhaitables que des consultations en bonne et due forme soient initiées dans les meilleurs délais par les autorités fédérales compétentes auprès des instances gouvernementales québécoises concernées.» M. Arcand demande plus loin d'être informé des risques que comporte l'opération et d'être rassuré sur les mesures de sécurité et de contrôle environnemental.
Le ministère de l'Environnement n'a pas participé aux audiences publique de la CCSN. Les porte-parole du Ministère ne pouvaient pas dire, lundi, si les mesures imposées à l'entreprise Bruce Power étaient satisfaisantes pour Québec. Le ministre Arcand n'était pas disponible pour une entrevue, lundi.
Le coloré maire d'Amqui, Gaëtan Ruest, a été l'un des premiers à s'indigner. «C'est des déchets nucléaires, c'est pas des tomates pourries!» s'exclame-t-il au bout du fil. Dans le cas de Bruce Power, «ils font du chemin en maudit avec ça, et ils vont nous ramener ça dans deux, trois ans au port d'Halifax, et ça pourrait passer par ici», craint le maire. Il entend demander à l'Union des municipalités de se prononcer officiellement contre le projet.
Le Bloc québécois a exigé lundi du gouvernement Harper qu'il «casse cette décision arbitraire». «Le Québec n'est aucunement responsable des déchets nucléaires de l'Ontario», lance le porte-parole du Bloc québécois en matière d'environnement, Bernard Bigras, dans un communiqué.
Avec Pierre-André Normandin