«Je ne pense pas que vous devriez aller de l'avant. Le public doit mieux comprendre quels sont les enjeux entourant le gaz de schiste. Le procédé de fracturation [de la roche] nécessite beaucoup d'eau pour être capable d'emprisonner le gaz et la pollution des eaux souterraines est énorme. Aux États-Unis, l'eau contient tellement de gaz qu'elle peut s'enflammer. Je ne comprends pas pourquoi Québec a besoin des gaz de schiste», a-t-il répondu aux questions des journalistes, après la cérémonie. En Pennsylvanie, l'exploitation des gaz de schiste a entraîné la contamination des nappes phréatiques par du méthane.
Comme plusieurs, David Suzuki est en faveur d'un moratoire sur les gaz de schiste, le temps que la population prenne position sur ce sujet controversé. «Ce que je déteste dans ce débat, c'est qu'il n'y a à peu près pas de discussions publiques, pas seulement au Québec mais dans l'ensemble du Canada. Vous avez ces mégaprojets que les politiciens adorent parce qu'ils peuvent se vanter ensuite qu'ils ont fait des choses et créé des emplois. Mais il faut que le public soit mieux informé et qu'il ait son mot à dire dans le débat. Est-ce que c'est la direction que le Québec doit prendre? Les conséquences du processus de fracturation sont désastreuses. Je pense que les gens en général n'ont aucune idée de ce que ça signifie», a-t-il ajouté.
David Suzuki, environnementaliste de renommée internationale, était de passage à Québec vendredi pour recevoir un doctorat d'honneur de l'Université Laval soulignant son «engagement exceptionnel» dans la promotion du développement durable en tant que communicateur scientifique. Généticien de formation, M. Suzuki est l'auteur de plus de 52 ouvrages scientifiques et animateur depuis 1979 de l'émission phare de la CBC, The Nature of Things with David Suzuki.
L'environnementaliste a prononÂcé une conférence à l'occasion du Sommet de l'hiver, organisé pour la première fois à Québec par la Fondation David-Suzuki. L'homme qui fêtera bientôt ses 75 ans en a profité pour rappeler que l'être humain court à sa perte, guidé aveuglément par les lois du marché et la croissance économique, à la base de notre société de consommation.
«L'air que nous respirons est beaucoup plus important que l'économie et notre système économique est en granÂde partie responsable des problèmes que nous vivons. Mais il faut se rappeler que l'économie, les multinationales et les règles du marché sont des créatures que nous avons inventées et que nous pouvons les modifier.» La sacro-sainte croissance économique représente rien de moins qu'un suicide sur le plan environnemental, a-t-il rappelé.
David Suzuki a reçu jusqu'à mainÂtenant 23 doctorats honorifiques au Canada ainsi qu'à l'étranger.