En annonçant son refus d'aider financièrement la municipalité de Lac-Sergent, dans la MRC de Portneuf, pour l'implantation d'une infrastructure de collecte et de traitement des eaux usées, le ministère a soulevé l'ire de son maire, Denis Racine.
«Le Ministère a choisi de laisser à eux-mêmes les citoyens sergentois dans leur lutte contre les cyanobactéries et la sauvegarde de leur lac», clame le maire de la municipalité de 460 habitants. «Chez nous, depuis plusieurs années, c'est pourtant toute une population qui s'est montrée proactive et écoresponsable dans ce dossier, mais maintenant, nous n'avons plus de partenaire.»
Après avoir été amputé deux fois, le projet initial de 11,5 millions $, réduit en août 2010 à 4,2 millions $, a finalement été rejeté par le MAMROT. Celui-ci a conclu qu'il ne pouvait allouer les 3 millions $ demandés dans le programme d'infrastructures Québec-Municipalités parce que l'initiative concernait un secteur situé à l'extérieur du périmètre d'urbanisation et qu'il n'y avait par ailleurs pas eu démonstration d'un problème de santé publique affectant les occupants des résidences permanentes.
Pas de solution
Ce qui crée des maux de tête, à Lac-Sergent, c'est que plusieurs des installations septiques ont dépassé leur vie utile et devraient être remplacées, mais il n'est pas possible de procéder à des travaux. Dans les faits, la plupart des terrains ne disposent pas d'un espace suffisant pour reconstruire une installation conforme au Règlement sur l'évacuation et le traitement des eaux usées des résidences isolées - communément appelé Q-2, r.8 - ailleurs qu'à l'endroit où elle est présentement située.
Outre l'égout collecteur, la seule autre option qui s'offre à la municipalité est la mise en place de fosses de rétention entière, fosses qui permettent d'acheminer toutes les eaux usées en un lieu commun. Une avenue que le conseil juge beaucoup trop coûteuse puisqu'une famille de quatre personnes pourrait avoir à débourser annuellement jusqu'à 4000 $ si cette solution était retenue.
«Par sa réponse, le gouvernement vient confirmer qu'il n'a rien de sérieux à proposer lorsqu'on touche au coeur du problème de la lutte contre les cyanobactéries, s'insurge le maire de Lac-Sergent. Son discours n'est que du vent pour distraire les Québécois.»
De son côté, le député de Portneuf, Michel Matte, se dit déçu du dénouement du dossier, mais demeure optimiste. «C'est la seule demande à laquelle je n'ai pas pu répondre positivement, même si j'ai vraiment tout fait. Mais je ne lâche pas et je vais être alerte s'il se présente éventuellement des programmes applicables», commente-t-il.
En attendant, M. Racine a cru bon solliciter une rencontre avec le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Pierre Arcand, afin de voir «quel appui celui-ci se propose d'apporter aux citoyens qui ont entrepris de lutter activement contre les cyanobactéries».
Le maire de Lac-Sergent réunira ses citoyens les 19 et 22 février pour élaborer un nouveau plan d'action.
Une municipalité proactive
Résultat du déversement de phosphore dans le lac et d'installations septiques inadéquates, l'apparition de plus en plus fréquente d'algues bleu-vert a forcé Lac-Sergent, aux prises avec un problème qui ne se résorbait pas, à adopter une réglementation sévère, réglementation appuyée par plusieurs initiatives qui ont su rallier les citoyens. En 2006, cette municipalité a été la première au Québec à obliger ses résidants à revégétaliser la bande riveraine. Depuis 1986, les installations septiques sont inspectées annuellement et vidangées. En 2007, Lac-Sergent a ajouté une seconde inspection tôt après la fonte des neiges, alors que le sol est gorgé d'eau.