À l'heure où la tempête médiatique bat son plein au sujet des gaz de schiste, un dossier piloté lui aussi par Mme Normandeau, celle-ci justifie son interdiction par une «évaluation environnementale stratégique» rendue publique lundi. Cette étude, lancée en 2009, devait «identifier les zones sensibles dont il faudrait tenir compte si on décidait d'aller de l'avant», a expliqué la ministre lors d'un entretien téléphonique avec Le Soleil. «[Mais] la conclusion, c'est qu'il n'est pas possible de tenir ce genre d'activité, même en déployant des mesures d'atténuation, parce que l'impact sur les écosystèmes serait trop important.»
L'étude dirigée par la firme d'ingénierie Aecom a en effet dressé une liste d'environ 200 «zones sensibles», soit des aires protégées et des endroits particulièrement importants pour la faune. Il s'agit surtout d'«aires de concentration d'oiseaux aquatiques» (ACOA, au nombre de 170), mais aussi d'une douzaine de parcs nationaux, de réserves fauniques et d'autres zones de protection. Et cela n'inclut pas une cinquantaine d'autres endroits susceptibles d'être désignés ACOA.
Effets biologiques et humains
Le document recense également les effets biologiques et humains que l'exploitation d'hydrocarbures pourrait avoir - et la liste n'est pas joyeuse. Distinguant les effets appréhendés «positifs» et «négatifs», les auteurs en ont trouvé seulement 3 positifs (comme une certaine diversification des habitats) contre 15 négatifs pour les «milieux naturels», et le ratio est encore plus noir pour les «milieux humains» : 4 positifs contre 38 négatifs. L'arrivée de l'industrie des hydrocarbures dans l'estuaire, craint-on, pourrait nuire à la pêche et au tourisme - de gros moteurs économiques sur les deux rives.
«On devait commencer des consultations publiques aujourd'hui à ce sujet, mais compte tenu de la limpidité des constats, on a jugé que ce n'était plus nécessaire [puisqu'il n'y aura pas d'activité gazière de toute façon]», a expliqué Mme Normandeau. Notons que le même genre d'exercice a été entrepris le printemps dernier pour le reste du golfe du Saint-Laurent, mais que les résultats ne sont pas attendus avant 2012.
Pour le maire des Îles-de-la-Madeleine, Joël Arseneau, qui a demandé en mai dernier un moratoire sur l'exploration en milieu marin, cela reste «de bon augure de voir qu'on tient compte de la pêche, du tourisme et du bien-être des populations présentes».
Et le milieu terrestre?
Les élus des Îles ont aussi demandé un moratoire sur l'exploration en milieu terrestre, la semaine dernière.
Comme on devait s'y attendre, les organisations écologistes ont été nombreuses lundi à «accueillir favorablement» l'annonce de l'interdiction. Mais elles ont aussi dénoncé unanimement ce qu'elles voient comme une «incohérence» de la part de Québec, qui refuse de prononcer un moratoire sur l'industrie du gaz de schiste.
«Alors que le gouvernement s'est intéressé aux risques environnementaux de l'exploration pétrolière et gazière de l'estuaire du Saint-Laurent avant d'entreprendre toute activité, pourquoi n'a-t-il pas appliqué la même stratégie pour l'industrie des gaz de schiste?» a demandé (entre autres) Steven Guilbeault, coordonnateur général adjoint d'Équiterre.