Gaz de schiste: pas de moratoire, mais un appel au BAPE

La ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, souhaite... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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La ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, souhaite que le Québec devienne un leader dans l'exploitation du gaz de schiste dans le respect du développement durable.

Le Soleil, Patrice Laroche

Ian Bussières
Le Soleil

(Québec) La ministre des Ressources naturelles Nathalie Normandeau a annoncé dimanche, à Saint-Bruno-de-Montarville, que le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) serait mis à contribution pour analyser les différentes préoccupations concernant l'exploitation du gaz de schiste. Répétant que son gouvernement avait un préjugé favorable à la mise en valeur des ressources gazières de la vallée du Saint-Laurent, elle a toutefois ajouté qu'il n'était pas question de décréter un moratoire sur l'exploration.

«Nous ne voulons pas d'un moratoire qui ferait fuir l'industrie, surtout que nous sommes actuellement en phase d'exploration. Il y a des gens qui seront toujours opposés et nous préférons travailler avec ceux qui veulent avancer», a déclaré la ministre en entrevue au Soleil, en ajoutant que le recours au BAPE donnait de la crédibilité à la démarche.

«Nos objectifs sont l'acceptabilité sociale, la responsabilité environnementale et la création d'emplois et de richesse. Nous n'avons pas l'intention de faire de compromis sur la sécurité des citoyens ni sur l'environnement», a-t-elle ajouté, soulignant que la filière du gaz de schiste était moins polluante et moins émettrice de gaz à effet de serre que le pétrole.

Façon de faire

Les audiences auront lieu cet automne dans trois régions où il existe un potentiel important de gaz naturel, soit la Chaudière-Appalaches, le Centre-du-Québec et la Montérégie. Selon la ministre, elles serviront à apporter un regard scientifique et indépendant sur le développement de cette filière naissante.

«Les audiences ne serviront pas à dire si on est pour ou contre l'exploitation du gaz de schiste, mais bien à déterminer la façon d'en faire l'exploitation dans une perspective de développement durable. Nous voulons devenir une référence en Amérique du Nord en cette matière», poursuit-elle.

Pour Nathalie Normandeau, le Québec ne peut passer à côté de l'occasion de mettre en valeur ses ressources naturelles. «Nous voulons du gaz du Québec pour les Québécois. C'est un rendez-vous avec l'histoire, car si on réussit à mettre en valeur seulement le quart de nos réserves gazières, on pourra combler nos besoins pour 200 ans», explique-t-elle, associant le dossier à un geste d'affirmation nationale.

«C'est d'avoir le contrôle de nos ressources. Le credo de Jean Lesage, Maîtres chez nous, a encore un écho significatif pour nous. L'an dernier, le Québec a utilisé pour 2 milliards $ de gaz naturel provenant exclusivement des provinces de l'Ouest», signale-t-elle.

Groupes de travail

Outre les audiences du BAPE, trois groupes de travail seront créés afin de rédiger la future loi sur les hydrocarbures, dont le dépôt a été reporté au printemps 2011 pour faire suite aux travaux du BAPE.

Ces groupes sont le comité de liaison sur les hydrocarbures, formé des élus des trois régions administratives concernées et de représentants de l'Union des producteurs agricoles (UPA) et des unions municipales, le groupe de travail sur l'environnement, qui regroupera des organismes environnementaux, et un groupe de travail composé de représentants de l'industrie.

Le gouvernement du Québec souhaite aussi lancer des outils d'information pour les élus et les citoyens, dont un guide d'information et un site Web comportant des informations crédibles et complètes sur l'industrie du gaz de schiste, et signer cet automne un protocole d'entente avec l'industrie qui précisera les pratiques exemplaires qui devront être adoptées en matière d'exploration et d'exploitation.

Les municipalités rassurées

La Fédération québécoise des municipalités (FQM), l'Union des municipalités du Québec (UMQ) et l'Union des producteurs agricoles (UPA) ont réagi de façon positive à l'annonce des conditions de développement de l'exploration gazière au Québec.

Ces organismes sont satisfaits du recours au BAPE, qui, selon eux, permettra de fournir une information objective sur l'impact de l'exploitation du gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent. «La ministre a bien entendu le message de la FQM, à savoir que cette filière ne doit pas être mise en place sans que tous les acteurs ne soient rassurés et que chacun ait réponse à ses questions», a expliqué le président de la FQM, Bernard Généreux, qui ne réclamait cependant pas un moratoire comme les groupes environnementaux.

«On voit bien que l'industrie s'est emballée un peu dans ses démarches d'exploration. S'il s'avérait qu'elle garde le pied sur l'accélérateur alors qu'on n'a pas de réponses à nos questions, peut-être qu'on ferait une demande de pause, mais, pour l'instant, l'exercice du BAPE nous rassure», termine M. Généreux.

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