Pas toujours verts, les produits locaux

On calcule qu'en moyenne, 83 % des gaz... (Photothèque Le Soleil)

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On calcule qu'en moyenne, 83 % des gaz à effet de serre liés à notre alimentation sont générés lors de la production de la nourriture, et seulement 11 % lors de son transport. Par exemple, les fermiers californiens peuvent tirer jusqu'à 50 000 kg de fraises sur un hectare de terre, alors que ce ratio n'est que de 7000 à 10 000 kg/ha en Ontario.

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(Québec) Les partisans de l'achat local de nourriture devront refaire leurs devoirs : contrairement à la croyance populaire, acheter des denrées provenant de sa propre région n'est pas une habitude vraiment verte, d'après une «note» de l'Institut économique de Montréal (IEM).

Dans leur texte rendu public hier, le géographe de l'Université de Toronto Pierre Desrochers et la consultante Hiroko Shimizu dénoncent l'idée simpliste, mais très répandue, voulant que les aliments produits à des milliers de kilomètres d'ici soient particulièrement polluants du point de vue des gaz à effet de serre (GES). Au contraire, soulignent-ils, il a été calculé qu'en moyenne, 83 % des GES liés à notre alimentation sont générés lors de la production de la nourriture, et seulement 11 % lors de son transport.

Pour cette raison, il est souvent plus écologique de produire une denrée à un endroit où sa culture est très efficace, quitte à le transporter ensuite sur des milliers de kilomètres, puisque travailler une parcelle inefficace demande plus de carburant et d'engrais - lesquels génèrent beaucoup d'oxyde nitreux (N2O), dont le potentiel de réchauffement est 298 fois plus élevé que celui du CO2 - pour une même quantité de nourriture produite.

En Angleterre, exemplifie le texte, faire pousser une tonne de tomates entraîne le rejet de 2,4 tonnes de gaz carbonique dans l'atmosphère, contre seulement 0,6 tonne en Espagne, où le besoin de chauffer les serres est moindre. De même, soulignent M. Desrochers et Mme Shimizu, les fermiers californiens peuvent tirer jusqu'à 50 000 kg de fraises sur un hectare de terre, alors que ce ratio n'est que de 7000 à 10 000 kg/ha en Ontario.

Et c'est sans compter, a ajouté le géographe lors d'un entretien téléphonique avec Le Soleil, que le mode de transport a une énorme incidence sur le bilan de GES. Même sur de très grandes distances, dit-il, les émissions «par unité» du transport en paquebot demeurent plus faibles que celles du transport par camion. «Donc, en bout de ligne, la notion des kilomètres alimentaires ne veut plus dire grand-chose», note M. Desrochers.

Pas de surprise

Appelé à commenter ce qui sera reçu, dans certains milieux, comme un gros pavé dans la mare, le chercheur de la faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation de l'Université Laval Frédéric Guay s'est montré peu surpris par les résultats. Selon M. Guay, qui étudie notamment les effets environnementaux de l'agriculture, «ce n'est pas automatiquement vrai, en effet, qu'en achetant du producteur du coin, le bilan de CO2 sera meilleur qu'en achetant un produit qui a été transporté sur de grandes distances. Ce n'est pas vrai pour tous les produits, en tout cas».

Pour le boeuf, illustre-t-il, dont la production est connue pour ses fortes émissions de GES, le transport compte pour moins de 10 % du bilan, mais cela peut être passablement plus pour d'autres denrées.

Un des reproches principaux que l'on adressait hier à M. Desrochers et à Mme Shimizu était de n'avoir tenu compte que des GES, laissant d'autres polluants «hors de l'image». La Californie, par exemple, permet toujours l'utilisation du bromométhane comme insecticide, notamment dans les champs de fraises, même s'il est interdit par une majorité de pays à cause des dommages qu'il cause à la couche d'ozone.

Du côté de la Coalition pour la souveraineté alimentaire, le coordonnateur Frédéric Paré dit voir une contradiction dans le texte de l'IEM, au sens où celui-ci montre la production comme le principal émetteur de GES et plaide en même temps pour une plus grande place aux mécanismes du marché. Or, dit M. Paré, un marché plus libre pousserait un plus grand nombre de fermiers vers des techniques agricoles intensives, qui produisent plus de GES...

M. Paré admet toutefois qu'«il est vrai que le transport transfrontalier n'est pas la première source de GES pour l'industrie alimentaire».

 

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