Le porte-parole d'Équiterre, Steven Guilbeault, ne mâche pas ses mots quand vient le temps de commenter l'entente conclue in extremis à Copenhague. «C'est un échec. On vient de perdre une année dans la lutte contre les changements climatiques. Mais c'est une grande victoire pour les lobbys pétroliers et ceux du charbon, mais aussi pour des pays comme le Canada, qui ne voulaient pas que la lutte contre les changements climatiques progresse», lâche-t-il depuis la capitale danoise.
La déclaration politique vise à limiter la hausse des températures à 2 °C par rapport au milieu du XIXe siècle, en laissant toutefois les pays libres de formuler leurs propres objectifs de réduction d'émissions de gaz à effet de serre. Un résultat bien mince compte tenu des espoirs que fondaient les groupes écologistes à l'ouverture de la conférence. «C'était la première fois que les chefs d'État étaient présents. On espérait plus grâce à cette marge de manoeuvre qui manque souvent dans les négociations.»
Plus rien à espérer de Harper
Le Canada a très mal paru à Copenhague, se voyant décerner le prix de Fossile de l'année par le Réseau action climat. Alors que le temps pressait pour trouver un terrain d'entente, le pays a été exclu du sprint final de négociation. Un signe qui ne trompe pas, dit Steven Guilbeault. «L'étoile du pays ne cesse de pâlir depuis 2006.» Le militant écologiste soutient avoir fait de gros efforts en coulisses pour convaincre les militants étrangers que la position du gouvernement Harper n'était pas celle de la population canadienne. «Harper est à peu près le seul qui célèbre aujourd'hui parce que cette entente va lui permettre de continuer de polluer à travers les sables bitumineux. Il a eu pas mal tout ce qu'il voulait au détriment de la santé et du bien-être des Canadiens.»
M. Guilbeault confesse avoir jeté l'éponge dans le cas du premier ministre canadien. «Notre pays est maintenant un État voyou en matière de changements climatiques. Sincèrement, le gouvernement Harper est une cause perdue. Je ne vois pas comment ce gouvernement pourrait changer.»
Le Québec brille
Si le Canada revient du Danemark avec une réputation peu enviable à l'étranger, il en est tout autrement du Québec dont les positions ont contribué à rehausser son image. «Ce fut extraordinaire de voir en séance plénière le leadership du Québec être publiquement souligné. Je n'avais jamais vu ça en 15 ans.»
Le militant écologiste dit maintenant fonder plus d'espoir dans la Chine et les États-Unis pour freiner le réchauffement de la planète. Mais la Chine ne s'est-elle pas aussi réjouie de cette entente? «Oui, mais elle a consacré 36 % de son plan de relance à l'économie verte en plus de fermer 500 centrales au charbon l'an passé. La Chine est aussi le plus grand producteur d'énergie solaire au monde, et ses standards de pollution automobile sont beaucoup plus sévères qu'ici. Elle améliore l'efficacité énergétique de son économie beaucoup plus rapidement que le Canada.»
Pour ce qui est des États-Unis, l'arrivée d'Obama, qui a largement investi dans les sources d'énergie vertes, est un signe très encourageant.
Ainsi, Steven Guilbeault ne désespère pas de voir une entente solide ratifiée d'ici la conférence sur le climat qui se tiendra au Mexique à la fin de 2010. «Si les pays du Nord font preuve de leadership, je pense que les autres vont suivre.»