Climategate: le déni de la science

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Les sceptiques des changements climatique font leurs choux gras du climategate.

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(Québec) La blogosphère surchauffe depuis une quinzaine. Des pirates informatiques ont découvert dans des courriels échangés par des scientifiques, sur une durée de 13 ans, des passages ambigus qui laisseraient croire à une manipulation de la science des changements climatiques. Il n'en fallait pas plus aux sceptiques pour dire : ah! ah! on le savait!

Ceux qui remettent en cause l'existence des changements climatiques ou le fait qu'ils soient le résultat de l'activité humaine ont particulièrement aiguisé leurs dents sur un extrait d'un courriel de l'expert Phil Jones. Il disait avoir utilisé un «truc» pour «masquer le déclin» des changements de température. Selon ce dernier, l'extrait a été pris hors contexte et mal interprété.

D'autres courriels dévoilent l'exaspération de certains scientifiques par rapport aux prétentions des sceptiques, qui sont basées sur l'ignorance, les raisonnements fallacieux et même la tromperie. On comprend que certains aient le désir d'en découdre.

Cette affaire révèle donc que les scientifiques sont humains. Les courriels sont une forme de messagerie instantanée où les sentiments prennent parfois le pas sur la réflexion et la raison. S'il est vrai, toutefois, qu'une poignée d'universitaires ont manipulé les faits, qu'on fasse la lumière sur leurs motifs et qu'ils soient dénoncés comme fraudeurs sur la place publique.

Mais il faut mettre les choses en perspective : de là à croire qu'il s'agit d'un vaste complot de la gauche et de la coterie universitaire auquel participent les milliers de scientifiques du Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat (GIEC); de là à jeter la science des changements climatiques aux poubelles... Come on.

N'empêche. Cette affaire a atteint de telles proportions que les Nations Unies vont enquêter. Remarquez, l'ONU n'avait guère le choix, sous peine d'être accusé de vouloir enterrer l'affaire. Un seul problème : ça ne donnera rien. Peu importe le résultat, les sceptiques vont attaquer les conclusions ou s'en servir.

Le pire, c'est que le climategate risque peu d'influencer l'opinion de la moyenne des ours sur la question. L'affaire serait anecdotique si elle ne se déroulait pas à la veille de la Conférence de Copenhague sur les changements climatiques. Et si sa résonnance ne traduisait pas un malaise beaucoup plus profond.

Anti-intellectualisme

Car il ne s'agit pas tant d'un conflit sur les changements climatiques que d'un choc des cultures. Il révèle, chez une partie de la population, un anti-intectuallisme profond, un mépris envers l'éducation et un déni de la science, de même qu'une crédulité nourrie dans les médias par des démagogues dont le cynisme est presque obscène.

Cette haine populaire presque viscérale, et une certaine peur aussi, ont de plus trouvé un formidable amplificateur, incontrôlé et incontrôlable : Internet. C'est l'ultime refuge des adeptes paranoïaques des théories du complot.

Le plus consternant demeure l'empressement des médias - surtout américains et britanniques - à mousser à leur tour ce faux scandale : du sensationalisme de bas étage. Mais la pression exercée par Internet, et une certaine désaffectation vis-à-vis des médias traditionnels, poussent ceux-ci à amplifier ces théories conspirationistes, leur donnant un vernis de véracité.

L'ironie à propos de cette soi-disant manipulation de l'information est que les sceptiques sont probablement eux-mêmes inconsciemment manipulés par les firmes de relations publiques engagées par les pétrolières et les forces économiques du statu quo. Les mêmes firmes qui utilisent les mêmes tactiques virales qu'à l'époque où elles travaillaient pour l'industrie du tabac.

Pendant ce temps, l'attention et la réflexion sur la nature et les enjeux des discussions à Copenhague est détournée par le superflu et l'accessoire (moi-même je viens d'y consacrer beaucoup trop d'attention). Changements climatiques ou pas, nous sommes aux prises avec un énorme problème de pollution mondiale. Ça, personne ne peut le nier.

Quoique, on ne sait jamais. Comme l'écrirait un de mes collègues : nous vivons à une époque formidable.

Références 

L'enquête de l'ONU : http://news.yahoo.com/s/afp/20091204/sc_afp/unclimatewarmingbritainscientist

Le courriel controversé : http://www.grist.org/article/2009-12-02-british-expert-steps-down-pending-climate-conspiracy-probe/

Une mise en perspective : http://voices.washingtonpost.com/capitalweathergang/2009/11/perspective_on_a_climate_scien.html

Sur le mode ironique : http://carbonfixated.com/how-to-comment-on-climategate-a-handy-reference-guide%3E/

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