Un nouveau livre pour Hervé Kempf

Hervé Kempf... (Le Soleil, Steve Deschênes)

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Hervé Kempf

Le Soleil, Steve Deschênes

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(Québec) L'actuelle crise économique va de pair avec une crise écologique sans précédent. Ce qui a inspiré à Hervé Kempf un essai percutant et radical : Pour sauver la planète, sortez du capitalisme. Le journaliste en environnement au quotidien Le Monde et écrivain voit dans la dérive du capitalisme une forme qui privilégie le gaspillage, le saccage de la planète, l'inégalité et la consommation ostentatoire. Pour cette suite logique à Comment les riches détruisent la planète (2007), il fallait néanmoins «aller au-delà du diagnostic et démontrer qu'il y a des voies pour se sortir de cette situation». Entretien.

Q    Votre livre arrive à point nommé, non?

R Que la crise se manifeste ne m'a pas étonné. J'avais écrit dans mon livre précédent que, logiquement, l'économie des États-Unis allait s'effondrer et qu'il y aurait aussi un ralentissement en Inde et en Chine. Si ça ne s'était pas produit, on serait allé encore plus rapidement vers la catastrophe écologique.

Q    Croyez-vous que les gens risquent d'être moins réceptifs ici qu'en Europe à cette critique du capitalisme?

R Aux États-Unis, cette mise en cause du capitalisme risque d'être plus difficile à avaler. Mais au Québec, je retrouve une attention et une compréhension semblables à celles que j'ai eues en France. Ce sont des questions qu'on se pose en ce moment. Le système perd de sa légitimité. Il y a un désir de trouver des réponses et de chercher des solutions.

Q    Pour dénoncer le capitalisme, sentiez-vous le besoin de faire le procès de l'individualisme?

R Tout à fait. C'est même le coeur de l'argument du livre. L'évolution du capitalisme, dans les 30 dernières années, a exacerbé l'individualisme et l'a porté à un degré jamais atteint. Il enferme les personnes dans cette idée que chacun n'est que soi-même et ne doit viser que sa satisfaction personnelle. Pour faire évoluer la société, il faut interroger nos relations à l'autre, ce qu'est la société, et aller beaucoup plus vers des valeurs de solidarité, de coopération et de bien commun, qui ont été extrêmement affaiblies et dévalorisées depuis 30 ans.

Q    N'est-ce pas une nostalgie soixante-huitarde?

R Je suis plus tourné vers le présent et l'avenir que le passé. Cette période avait peu de points communs avec maintenant. La politique était plus présente et vivante. Il n'y avait pas cette aliénation par la consommation causée par la télévision et la publicité omniprésente. Il faut secouer les chaînes de ce confort et de cet attrait permanent à avoir toujours plus. Il y a aussi un élément tout à fait nouveau : la question écologique a atteint un degré d'urgence qui n'existait pas du tout à l'époque. Je suis très frappé par les signes très évidents de dégradation, même au Québec : le fleuve Saint-Laurent, les cyanobactéries dans les lacs, le plan Nord qui est une destruction organisée de l'environnement, les sociétés minières. Il faut changer ce modèle.

Q    Le ton utilisé, sans être provocateur, vise-t-il à secouer une certaine apathie des gens face à la situation environnementale?

R Oui, mais je le fais en m'appuyant sur les faits, en projetant de la lumière sur les coins habituellement laissés dans l'ombre. C'est mon obsession. Je m'engage un peu plus que comme journaliste, parce que l'écriture me permet d'aller plus loin et d'articuler mieux les faits et les idées.

Q    Vous déboulonnez certains mythes environnementaux, n'avez-vous pas peur de décourager les gens?

R Non : les solutions ne sont pas où le capitalisme nous dit qu'elles sont. Ce que les promoteurs d'éolien ou même d'hydroélectricité oublient toujours de dire, c'est qu'il faut réduire la consommation d'énergie. Il nous faut examiner les énergies nouvelles après la question fondamentale du style de vie, même si c'est difficile à entendre et à accepter. Il y a aussi la façon dont les choses sont mises en oeuvre : pas une entreprise ou une communauté? Les multinationales n'investissent pas là-dedans par souci d'écologie, mais de profits et de refus de changer le système. Comme cette firme, en Outaouais, qui veut construire un parc solaire sur une terre agricole de grande valeur. Là, on marche sur la tête. Ce n'est pas de l'environnement, mais du capitalisme vert qui ne fait aucun bien à l'écologie. Reprenons le pouvoir sur nos communautés et sur

nos destins.

Q    N'est-ce pas utopique?

R Non. Ce qui l'est, c'est de croire que tout va revenir comme avant. Tout notre système est profondément ébranlé. Et si ça repartait avec une croissance forte, on se heurterait plus rapidement à une crise écologique forte qui nous empêcherait d'avoir une société stable, pacifique et harmonieuse. Ce serait maintenir une société profondément inégalitaire qui ne peut conduire qu'à la multiplication des conflits sociaux acerbes et violents. On ne peut plus croire que nous sommes à l'abri de tout ça.

   Qu'est-ce que vous proposez au juste pour sauver la planète?

R D'être ensemble dans ces valeurs de bien commun pour réduire notre consommation matérielle et d'énergie ainsi qu'orienter l'activité sociale vers des activités dans des domaines qui ont moins d'impact écologique, créent plus d'emplois et ont plus d'utilité sociale : la santé, l'éducation, l'agriculture, la culture et avec de nouvelles politiques d'énergie et de transports.

Q    N'est-ce pas ce qu'on fait au Québec?

R Non, je vois une urbanisation continue très forte, un fleuve Saint-Laurent pollué, de la pub partout et exactement le même mode de vie que j'ai vu aux États-Unis. Le Québec ne me paraît pas engagé dans une politique environnementale et une politique visant à réduire les inégalités. Je n'ai pas l'impression que ce soit un modèle, pas plus la France d'ailleurs. Le modèle de bonne conduite environnementale, je le chercherais plus du côté des pays scandinaves.

Hervé Kempf sera au Salon du livre aujourd'hui, de 13h à 16h; demain, de 13h à 15h, et au Cégep Limoilou, lundi à 19h30 (entrée libre).

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