Un monde sans pétrole

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Les trois Mad Max de George Miller illustrent, à l'extrême, à quoi pourrait ressembler un monde sans pétrole.

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(Québec) Avez-vous lu The Road de Cormac McCarthy? Ou bien vu un des trois Mad Max de George Miller? Ces oeuvres de fiction évoquent un monde post-apocalyptique et illustrent, à l'extrême, la part d'inconscience et d'autodestruction des hommes. Mais aussi à quoi pourrait bien ressembler un monde sans pétrole.

Les deux oeuvres ont l'intelligence de laisser une grande part à l'imagi­nation. Dans les deux cas, un cata­clysme inconnu a éradiqué la civi­lisation et une bonne partie de la vie sur terre. L'homme est laissé à un individualisme forcené. Retour­né presque à l'état sauvage, il s'accro­che au pétrole, dont la ra­reté est la cause des conflits, des vio­lences sauvages et des assassinats qui l'entraînent encore plus à sa perte.

On est d'accord : dans les deux cas, il s'agit d'un reflet d'une possibi­lité de ce qui pourrait arriver dans un avenir plus ou moins rapproché. Dans le cas du livre de McCarthy, prix Pulitzer en 2007, sa vision infer­nale sert surtout de toile de fond à la relation père-fils des deux prota­gonistes, bien que l'écologiste anglais George Monbiot ait écrit qu'il pour­rait s'agir du plus important livre environnemental jamais écrit. Quant au premier Mad Max (1979), son scénariste James McCausland a écrit en 2006 que Miller et lui s'étaient inspirés du choc pétrolier de 1973. «Notre hypothèse était que les gens feraient à peu près n'importe quoi pour continuer à rouler et que les gouvernements ne prendraient en considération les coûts énormes d'infrastructures liés aux énergies renouvelables que quand il serait trop tard.»

Son texte traite du pic pétrolier, terme utilisé pour décrire le moment où la demande mondiale dépasse la capacité des réserves mondiales exploitables à plus ou moins long terme. Les experts s'entendent pour dire qu'il est soit dépassé, soit pour bientôt (au plus tard en 2020 selon l'industrie pétrolière).

Bien sûr, la plupart d'entre nous ne vivrons pas dans un monde sans pétrole. Mais nos enfants ? Il ne faut pas oublier qu'avant la commercialisation du moteur à explosion dans les transports, il y a un peu plus de 100 ans, l'usage du pétrole était plutôt restreint. La fin du pétrole pourrait arriver bien plus vite qu'on pense. Le pic pétrolier sera «abrupt et révolutionnaire», commentait un rapport du département de l'Énergie des États-Unis en 2005.

Sur le plan environnemental, ce déclin pourrait être catastrophique, si «l'or noir» était remplacé par du charbon et du gaz naturel, dont la combustion génère plus d'émissions de gaz à effet de serre (GES) que le pétrole. Ce qui pourrait entraîner d'importants changements dans l'équilibre géopolitique - on n'a qu'à voir comment la Russie exerce en ce moment un chantage sur toute l'Europe avec son gaz naturel.

Concrètement, ce déclin pétrolier pourrait avoir un impact important à moyen terme sur nos déplacements en avion. Comme me le faisait valoir mon collègue Jean-François Cliche, qui couvre l'actualité scientifique, on peut substituer au pétrole bien d'autres sources d'éner­gie pour faire fonctionner autos, camions, trains, etc., mais les gros porteurs ont besoin de la combustion pour la poussée initiale du décollage. Les déplacements intercon­tinentaux deviendraient un luxe inabordable. Imaginez : finies vos vacances dans le Sud!

Peut-être trouvera-t-on un véritable combustible de substitution. L'industrie aéronautique s'y affaire sûrement déjà - les biocarburants aux algues, entre autres. Dans le cas contraire, on peut raisonnablement penser que les militaires vont rapidement rationner le combustible disponible pour maintenir leur flotte respective en état de vol, au détriment des vols commerciaux.

Fiction, pensez-vous? Peut-être bien. Mais la réalité semble parfois plus terrifiante. Malgré une pollution indéniable et une destruction systématique des écosystèmes depuis le début de la révolution industrielle, et même si les conséquences risquent d'être dramatiques, peu de gouvernements prennent la menace suffisamment au sérieux pour agir.

Le Groenland a beau être un des endroits au monde les plus touchés par les changements climatiques, son gouvernement place le développement économique polluant avant les considérations environnementales. Le pays pourrait accueillir d'ici 2015 une énorme aluminerie.

Une question pour vous en terminant. À quoi sert le «développement» s'il repose sur la destruction des forêts, des plans d'eau et de l'air que nous respirons?

Allez, bonne année 2009 quand même. Et pour vous remonter le moral, je vous parle bientôt d'un monde sans eau potable...

Références

>> Texte de James McCausland : http://www.news.com.au/couriermail/story/0,23739,20870561-3122,00.html

>>Texte de Monbiot sur McCarthy : http://www.guardian.co.uk/environment/2008/jan/05/activists.ethicalliving

>> Pic pétrolier et GES : http://contreinfo.info/article.php3?id_article=833

>> Groeland, développement au détriment du climat : http://www.lemonde.fr/archives/article/2009/01/05/groenland-le-developpement-au-detriment-du-climat_1137965_0.html

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