Après la lutte à l'intimidation, l'école bienveillante

Une approche visant le bien-être des élèves et... (Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé)

Agrandir

Une approche visant le bien-être des élèves et un bon climat scolaire est en voie de supplanter la lutte à l'intimidation dans les écoles.

Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Il y a cinq ans, le Québec en entier dénonçait les ravages de l'intimidation à l'école et le gouvernement adoptait, le 12 juin 2012, une loi pour contrer ce phénomène. Où en est-on aujourd'hui? Le Soleil fait le point.

Une approche visant le bien-être des élèves et un bon climat scolaire est en voie de supplanter la lutte à l'intimidation dans les écoles. 

«Lutter contre la violence, quand on y pense, ça fait bizarre. C'est très négatif», expose Claire Beaumont, titulaire de la Chaire de recherche sur la sécurité et la violence à l'école de l'Université Laval. Selon elle, il est temps de faire un pas de plus sur cette question au Québec en visant des écoles bienveillantes. 

«La recherche indique qu'on a plus de chances de succès si on dit clairement aux élèves ce qu'on attend d'eux, au lieu de seulement dire: "Arrête de te battre", par exemple», exprime Mme Beaumont.

Le comédien Jasmin Roy, un de ceux qui se sont affichés comme victime d'intimidation il y a quelques années, est d'accord pour dire qu'il faut maintenant voir les choses différemment. «Au départ, il fallait percer l'abcès. Et je pense qu'aujourd'hui, il est clair que l'intimidation n'est plus acceptable dans la société.»

Avec l'aide de la fondation qui porte son nom, Jasmin Roy prépare en ce moment des formations pour les enfants sur la gestion des émotions et les compétences relationnelles. Par exemple, il incite les jeunes à prendre l'habitude d'aller vers les élèves qui sont isolés. Selon lui, cette habitude se développe, un peu comme celle de manger des fruits. 

Aux enseignants, la Fondation Jasmin Roy montre comment consacrer 10 minutes le matin pour laisser les élèves parler de leurs problèmes peut rendre le reste de la journée plus productive. 

Le comédien croit désormais que l'intimidation n'est qu'un symptôme d'un problème plus profond. «Au début, je pensais qu'il fallait punir les agresseurs. Mais ça ne fonctionne pas bien et ça ne change pas le comportement.»

Selon lui, il faut davantage opter pour une attitude pédagogique. «Si un enfant a des problèmes en mathématiques, on ne va pas le punir, on va lui donner de l'aide», illustre-t-il.

Changer d'approche

Jasmin Roy croit que le gouvernement devrait investir autant d'argent et d'énergie dans les saines habitudes relationnelles que dans l'activité physique en milieu scolaire. «On pourrait avoir des surprises. Le climat changerait et ça aiderait la réussite.»

Le gouvernement a déjà commencé à changer son approche dans son plan d'action 2015-2018 «Ensemble contre l'intimidation», qui mise davantage sur des messages positifs et sur la prévention, soutient Esther Chouinard, porte-parole du ministère de l'Éducation. 

À Québec, les commissions scolaires de la Capitale, des Premières-Seigneuries et des Découvreurs se concertent depuis le mois de novembre pour mettre sur pied une approche d'école bienveillante, qui pourrait être déployée sur tout le territoire.

Des pas en avant qui encouragent la chercheuse Claire Beaumont. «Améliorer le climat de l'école, c'est un gros contrat, mais c'est plus mobilisateur», indique celle qui espère que tout ce mouvement contre la violence ne soit pas qu'«un feu de paille». 

Mme Beaumont croit qu'on a oublié ces dernières années de questionner les comportements des adultes, la façon dont ils disciplinent les jeunes. Par exemple, des punitions humiliantes sont encore infligées dans les écoles. «Il ne faut pas oublier que les enfants apprennent de ce qu'ils voient», lance-t-elle. 

La chercheuse précise que d'adopter une attitude bienveillante, ce n'est pas «faire preuve de laxisme ou de laisser-aller». 

C'est plutôt d'être ferme et exigeant envers tous les élèves, afin qu'ils deviennent autonomes, tout en faisant preuve de soutien lorsque des problèmes surviennent.

Un phénomène difficilement quantifiable

Difficile de dire si l'intimidation est en hausse ou en baisse dans les écoles. Même si la loi oblige les directions d'école à faire rapport de toute plainte relative à de l'intimidation, le ministère de l'Éducation ne fait pas de compilation globale de ces rapports.

Dans les différentes commissions scolaires, le nombre de plaintes compilées est très variable. «Selon ce que j'entends des directions d'école, ce ne sont pas tous les cas qui se rendent à la commission scolaire. On préfère gérer ça à l'interne, de peur d'avoir mauvaise presse comme école», soutient Cathy Thétrault, du centre Cyber-aide.

Le ministère de l'Éducation se fie plutôt aux résultats des études de la chaire de recherche Sécurité et violence en milieu éducatif pour brosser un portrait de la situation, indique sa porte-parole Esther Chouinard. Selon les derniers résultats de cette chaire, il y a eu une légère baisse des coups, des menaces et des insultes au primaire et au secondaire entre 2013 et 2015. «Les changements ne sont pas encore significatifs, mais on sait que c'est long, changer une culture», indique la chercheuse principale Claire Beaumont. Son groupe de recherche vient de finir une autre collecte de données et poursuivra ses travaux au moins jusqu'en 2019.

La loi permet également d'exclure de l'école, en dernier recours, un élève qui intimide ou agresse les autres. À Québec, au cours des cinq dernières années, la commission scolaire des Premières-Seigneuries a utilisé ce pouvoir une fois, tandis que la commission scolaire de la Capitale et celle des Découvreurs ne l'ont jamais fait. 

Du côté de la police de Québec, on note une légère baisse du nombre de dossiers qui sont ouverts pour divers types d'actes violents dans les écoles secondaires depuis cinq ans. Le porte-parole Étienne Doyon explique que le nombre de dossiers d'intimidation qui figurent dans les statistiques est faible, comparé au nombre de dossiers de menace ou de voies fait, parce que selon le Code criminel, il faut être très insistant dans le temps et poser plusieurs gestes graves pour être accusé d'intimidation.

Le défi de la cyberintimidation

C'est lorsque l'intimidation se déroule sur le Web, hors des murs de l'école, qu'elle est plus difficile à cerner et à contrer. 

«Les écoles ne sont pas assez outillées pour faire face à tout ce qui se développe sur Internet» soumet Cathy Thétrault, directrice du centre Cyber-aide de Québec. Selon elle, il faut toujours garder en tête que le respect s'applique, peu importe le site ou l'application utilisée. 

Sauf que parfois, un mot qui peut avoir l'air grossier est utilisé de façon banale par un adolescent, créant de la confusion. Mme Thétrault admet que la ligne peut parfois être mince entre des taquineries, des chicanes et de l'intimidation. 

C'est pourquoi lors de ses conférences dans les écoles, Mme Thétrault a modifié un vieil adage et commence à dire aux jeunes de tourner leurs pouces sept fois avant de texter. 

«Même si ça se passe à l'extérieur, le soir et les fins de semaine, quand l'école ouvre le matin, le problème est là. T'es obligé de t'en occuper», lance pour sa part Lorraine Normand-Charbonneau, présidente de la Fédération québécoise des directions d'établissements d'enseignement (FQDE). 

Selon elle, les directions d'école prennent la cyberintimidation «au sérieux», mais agir pour la freiner représente «un défi». Les directions réfèrent souvent les jeunes ou leurs parents aux policiers, qui peuvent accueillir les plaintes. «On n'a pas accès au cellulaire des jeunes, on n'a pas de moyens d'enquête», plaide Mme Normand-Charbonneau.

Un sommet international

La ville de Québec sera l'hôte de la septième conférence mondiale Violence à l'école et politiques publiques, du 25 au 27 avril 2018. Des conférenciers internationaux viendront présenter leurs plus récentes recherches sur le sujet.

Créé à Paris en 2001, ce grand sommet sera de passage pour la deuxième fois à Québec, qui l'a déjà accueilli en 2003.




publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer