Des «bâtons dans les roues» pour avoir son DES

Valérie Fournier (à droite) sait que sa fille,... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Valérie Fournier (à droite) sait que sa fille, Anne-Marie Dussault, ne cadre pas dans la norme, mais elle trouve que l'État lui impose un parcours très difficile.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) À 15 ans, Anne-Marie Dussault a plusieurs années de retard à l'école. Dans certaines matières, elle est au niveau primaire. Mais elle ne baisse pas les bras et veut à tout prix son diplôme d'études secondaires (DES), même si elle considère que le système lui met «des bâtons dans les roues».

En septembre prochain, Anne-Marie devra quitter l'école secondaire de l'Envol, à Lévis, et entrer au Centre de formation en entreprise et récupération (CFER) des Navigateurs, d'où elle ressortira, à 18 ans, avec une qualification pour un métier semi-spécialisé. «À la place de nous dire : "t'es capable, continue, c'est pas grave si c'est plus long pour avoir ton diplôme", c'est comme s'ils nous disent : "t'es pas capable"», exprime-t-elle.

Lorsqu'elle a appris, il y a quelques mois, que le CFER était la seule option qui s'offrait à elle, sa déception était vive. «C'est comme si, quand tu es rendu au bout du chemin, ils ont déjà pris la décision pour toi. Ils ne me laissent pas le choix.»

Parce que du chemin, Anne-Marie en a beaucoup parcouru. Elle a déjà confié à la chroniqueuse du Soleil Mylène Moisan que dès sa 1re année, elle a compris qu'elle n'était pas «normale». Elle apprenait, mais très lentement. Elle a accumulé les échecs dans les classes régulières jusqu'à l'âge de 11 ans, lorsqu'on lui a diagnostiqué de nombreux troubles : de langage, de mémoire et de dyscalculie. 

Anne-Marie a ensuite intégré une classe «langage», une classe spécialisée où elle a enfin pu apprendre à son rythme, et être mieux encadrée. Aujourd'hui, elle peut écrire des textes sans faute, faire des opérations mathématiques et lire des romans, ce dont elle est très fière.

Mais même si elle fréquente cette classe «langage» depuis quatre ans, Anne-Marie n'a pas réussi à combler tout son retard. C'est pourquoi elle ne peut retourner sur les bancs d'école du parcours régulier. Elle ne peut pas non plus rester dans sa classe spécialisée parce qu'elle a atteint l'âge maximal établi pour la fréquenter. «C'est pas facile la classe langage, mais je pensais qu'à quelque part, on avait un but, que c'était le diplôme.»

Anne-Marie doit donc se résoudre à fréquenter le CFER, si elle ne veut pas poireauter un an à la maison, en attendant d'avoir 16 ans, l'âge requis pour aller dans un Centre de formation aux adultes, et tenter d'obtenir son fameux DES. 

Lettre au ministre

Sa mère, Valérie Fournier, a pris les grands moyens il y a quelques jours pour faire bouger les choses, en adressant une lettre au ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx. Elle lui lance un «cri du coeur» en demandant à ce que les enfants qui souffrent de troubles d'apprentissage, mais qui souhaitent continuer leur parcours scolaire, puissent le faire dans les écoles secondaires régulières jusqu'à l'âge de 18 ans, et non 15 ans.

Pour Mme Fournier, c'est comme si le ministère de l'Éducation baissait les bras pour ces jeunes-là, alors que certains n'ont pas baissé les bras, comme sa fille, qui a toujours «espoir» d'obtenir son DES. «C'est frustrant parce qu'ils font des efforts surhumains depuis la maternelle.»

Mme Fournier précise dans sa lettre qu'elle ne veut pas dénigrer les CFER. Selon elle, ces centres répondent très bien aux besoins de jeunes qui sont découragés, qui ont complètement décroché du volet scolaire et ont besoin «de se tourner vers quelque chose de concret». 

Dans les CFER, les jeunes poursuivent quelques apprentissages, mais ils apprennent surtout à travailler en équipe, à avoir des responsabilités et à s'organiser. Ces écoles-entreprises recyclent du matériel électronique, du bois, du textile, trient des rebuts industriels ou déchiquètent des papiers confidentiels. Les jeunes font aussi plusieurs stages en entreprise.

Au bout de trois ans, les finissants du CFER ont en poche un certificat, une qualification qui reconnaît la réussite de 900 heures d'insertion professionnelle.

Comme plusieurs jeunes de 15 ans, Anne-Marie ne sait pas encore ce qu'elle veut faire dans la vie. Mais le type de travail manuel que propose le CFER l'intéresse «zéro pis une barre». Elle veut plutôt continuer à bosser fort, le nez dans les livres. Et selon elle, avoir un DES en poche lui permettra d'avoir un meilleur emploi plus tard et de mieux faire face aux aléas du marché du travail. 

Valérie Fournier sait que sa fille ne cadre pas dans la norme, mais elle trouve que l'État lui impose un parcours très difficile. Elle craint qu'après trois ans au CFER, elle perde le rythme de ses apprentissages et soit recalée si elle veut s'inscrire au Centre de formation aux adultes. 

Si elle en avait les «moyens», elle engagerait un tuteur personnalisé pour sa fille à la maison. Mais elle s'est plutôt résignée à acheter quelques livres d'exercices pour septembre prochain, en espérant que sa fille puisse continuer à progresser par elle-même les soirs et la fin de semaine, en plus de fréquenter le CFER.

Directive du Ministère?

Le cas d'Anne-Marie Dussault soulève des interrogations au ministère de l'Éducation, qui a reçu la lettre de sa mère, Valérie Fournier, la semaine dernière. «La lettre a été portée à notre connaissance. Des vérifications auprès de la commission scolaire sont en cours», a indiqué Marie Deschamps, attachée de presse du ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, sans vouloir donner plus de détails. La commission scolaire des Navigateurs soutient pour sa part que le fait que l'élève ne puisse rester en classe langage relève non pas d'elle, mais des directives du Ministère. Au deuxième cycle du secondaire, soit lorsque l'élève est en âge d'être en 4e ou 5e secondaire, toutes les classes spécialisées offrent l'un ou l'autre des parcours de formation axés sur l'emploi, comme la Formation préparatoire au travail (FPT) ou les programmes en CFER. «Ces programmes sont les seuls programmes ministériels spécialement destinés aux élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage», explique Louise Boisvert, directrice des communications aux Navigateurs. «Nous n'avons aucune classe spécialisée dans laquelle des élèves d'âge 2e cycle du secondaire sont évalués en fonction d'attentes relatives à un niveau scolaire inférieur, car cette pratique irait à l'encontre des directives ministérielles», ajoute Mme Boisvert.




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