Notes gonflées: la correction en groupe proposée

Le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, a affirmé... (Archives La Presse)

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Le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, a affirmé mardi que, pour lui, le dossier des notes gonflées était «clos». Or le débat s'est malgré tout poursuivi entre les cadres et les syndicats.

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(Québec) Pour éviter les «biais de correction» et voir les notes qu'ils attribuent être modifiées, les enseignants devraient corriger les examens de leurs élèves en groupe, suggèrent les cadres scolaires.

«On veut rappeler aux gens que cette pratique-là existe et qu'elle vise à crédibiliser les évaluations», soumet Jean-François Parent, directeur général de l'Association québécoise des cadres scolaires (AQCS). 

L'association croit que «deux avis valent mieux qu'un» et que si un collègue, une direction d'école ou un conseiller pédagogique repasse dès le départ sur une copie d'examen, il y a moins de chances que la note soit révisée, à la hausse ou à la baisse par la suite.  

«Il y aura toujours des zones grises et des cas à la limite du 60%. Dans ces cas-là, la correction collective peut être une pratique porteuse», croit M. Parent, qui rappelle que depuis la réforme, les réponses ouvertes sont plus fréquentes que les choix de réponses. 

À la commission scolaire des Premières-Seigneuries, à Québec, les enseignants qui corrigent des examens de fin d'année du ministère (4e année, 6e année, 4e ou 5e secondaire), se réunissent pour la plupart en ateliers, explique Catherine Thomassin, coordonnatrice aux services éducatifs. 

«C'est un service qu'on offre. Le lendemain d'un examen, les profs arrivent avec leur pile de copies. Ils valident ensemble le corrigé soumis par le ministère et il y a un conseiller pédagogique pour les guider sur place», explique-t-elle. Cette pratique permet «d'uniformiser la correction» et d'être «équitables» avec tous les élèves. Mme Thomassin remarque que depuis, moins de notes sont changées après les demandes de révision de notes, qui peuvent être déposées par les parents. 

L'AQCS a fait cette suggestion en réaction au sondage de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE), sorti la semaine dernière, qui soutenait qu'un prof sur deux avait déjà vu une note attribuée au bulletin être modifiée à la hausse sans son consentement. 

«On ne nie pas que ça peut arriver», ce type de pratique, admet Jean-François Parent. Par contre, il soutient que lorsque ça arrive, ce n'est pas pour atteindre les cibles de réussite fixées par le ministère de l'Éducation, comme le prétend le syndicat, mais bien «pour ne pas porter préjudice à l'élève». 

Comble du mépris

La proposition de faire de la correction en groupe a fait bondir les syndicats enseignants mardi. Sur les réseaux sociaux, la FAE a réagi en soutenant que les cadres scolaires avaient du «culot» et que leur solution était «le comble du mépris». 

«Au lieu d'admettre un problème qui est réel, les cadres scolaires nous pointent du doigt encore une fois. Là, il semble qu'on ne sache pas corriger!», s'insurge Sylvain Malette, président de la FAE. Selon lui, l'expertise de la correction appartient aux profs. «Est-ce qu'on accepterait qu'un médecin se fasse dire par un directeur des soins hospitaliers que son diagnostic n'est pas bon? Non. Alors pourquoi on remet en question le jugement des profs?», questionne M. Malette.

«La correction collective, ce n'est pas la solution aux dérives du système actuel», renchérit Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE). Mme Scalabrini n'a rien contre cette façon de faire, mais croit que le problème est beaucoup plus profond. 

«On veut avoir l'air d'une bonne école, on veut bien paraître auprès de la commission scolaire et répondre aux cibles de réussite qui ont été fixées. Alors pour ça, il y a des profs qui ont de la pression, il y a des notes qui sont changées durant l'été, il y a une baisse des exigences», énumère Mme Scalabrini. 

Selon elle, il est urgent de prendre un virage pour «humaniser l'éducation» au lieu de ne voir que des statistiques. «La meilleure personne pour décider si un élève peut poursuivre son parcours ou pas, c'est bien l'enseignant qui a cheminé avec lui toute l'année», ajoute-t-elle.

1,6 % des notes converties à 60 %

En juin 2016, 1,6% des notes obtenues aux examens du ministère de l'Éducation ont subi un traitement statistique: c'est-à-dire qu'elles sont passées automatiquement de 58% ou 59% à 60%.

C'est le ministre de l'Éducation Sébastien Proulx qui a dévoilé ce chiffre à l'Assemblée nationale mardi. Selon lui, cette façon de faire, qui existe depuis les années 1980, est acceptable et ne constitue pas du trafiquage de notes, étant donné que les spécialistes du ministère évaluent la marge d'erreur dans la correction d'un examen à 2%. «Quant à moi, ce dossier-là est clos», a-t-il statué.

Le ministre Proulx reste toutefois préoccupé par les révélations du sondage de la Fédération autonome des enseignants (FAE), selon lesquelles plusieurs enseignants subissent de la pression pour augmenter les notes de leurs élèves ou voient celles-ci gonflées à leur insu. Il ne sait pas encore si une commission parlementaire sera nécessaire à ce sujet, mais soutient que des vérifications seront faites. «Je suis à mettre en place ces vérifications-là», a-t-il lancé mardi.




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