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Statut particulier pour les CPE autochtones réclamé

Les directrices des trois centres de la petite... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Les directrices des trois centres de la petite enfance de la nation Atikamekw, Kathy Black, Paula St-Pierre et Suzanne Chilton

Le Soleil, Patrice Laroche

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<p>Fanny Lévesque</p>
Fanny Lévesque

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Sept-Îles) «Je vais vous avouer qu'on est pas mal rendu à bout de souffle». En entrevue au Soleil, les directions des trois centres de la petite enfance de la nation Atikamekw tirent la sonnette d'alarme et cognent à la porte des gouvernements pour «l'avenir de leurs enfants». 

«J'ai plein d'enfants qui sont dans la rue, qui sont tout petits. Excusez, mais les enfants qui ne viennent pas au CPE, il y en a qui en aurait vraiment besoin», lance la directrice du CPE Sakihitokiwam d'Opitciwan, Paula St-Pierre. Elle et ses homologues de Manawan et Wemotaci en Haute-Mauricie entreprennent une vaste démarche pour changer la donne. 

Au moins 800 enfants de la nation Atikamekw n'auraient pas accès à un centre de la petite enfance, estiment-elles. Les trois seuls CPE totalisent 360 places, ce qui est nettement insuffisant, selon les directrices. Elles réclament l'ajout de places oui, mais aussi que Québec reconnaisse un «statut particulier» aux CPE autochtones. 

«Mes filles [les éducatrices], elles ne sont pas travailleuses sociales, pas infirmières, ni éducatrices spécialisées», énumère Mme St-Pierre. «Pourtant, elles sont obligées de faire tout ça à cause des problèmes sociaux». Les CPE autochtones conjuguent avec des parents encore adolescents, la pauvreté et des enfants en famille d'accueil, entre autres. 

«C'est la réalité d'une communauté autochtone. À 20 ans, elles [les mamans] en ont déjà trois des fois», assure-t-elle. Mme St-Pierre n'hésite pas à estimer que «plus de 50%» des enfants qui fréquentent son CPE doivent jongler avec une problématique particulière. «C'est pas toute grave», nuance-t-elle. 

Milieu isolé

La réalité des Atikamekws n'est pas toujours simple, surtout quand la ville la plus près est à 350 kilomètres. «Quand un enfant est malade, je peux le perdre pour deux jours», le temps qu'il reçoive les soins, cite-t-elle. Les CPE autochtones sont soumis aux mêmes règles que ceux de province et doivent afficher un taux de présence de 80 %. 

Règles à assouplir

C'est un ratio «difficile à obtenir» en raison de l'isolement, mais aussi à cause de la culture. Chez les Atikamekws, deux semaines par année sont dédiées aux activités traditionnelles. Les CPE se vident, assurent les directrices. «Je veux l'ajout de places, mais on me dit que je ne suis pas assez pleine». Un non-sens, selon elles. 

Québec doit assouplir ses règlements, affirment les directrices. Un autre exemple vient en tête de Mme St-Pierre, qui explique qu'un médecin se déplace une fois par mois à Opitciwan. «Si une prescription est écrite par l'infirmière et déposée au dossier de l'enfant, l'inspecteur [du ministère] me donne une amende», déplore-t-elle. 

«Il faut que ce soit écrit par un médecin. Mais je n'en ai pas de médecins. Je fais quoi avec ça? Je dis à la mère qui a 15 ans, qui n'a pas de voiture, d'aller en ville pour avoir un papier du médecin?», s'insurge-t-elle. «Il faut que le ministère de la Famille tienne compte de nos particularités», ajoute sa collègue de Wemotaci, Suzanne Chilton. 

Rencontre prévue

La firme National, qui a offert un mandat pro bono aux trois CPE, confirme qu'une rencontre est prévue avec le Secrétariat des Affaires autochtones et le ministre, Geoffrey Kelley, mais la date n'est pas encore à l'agenda. Le Conseil de la nation Atikamekw dénonce depuis l'an dernier la «discrimination du financement» des CPE autochtone. 

Les trois CPE de la nation Atikamekw réclament la création d'au moins 170 places de plus.

Les grands oubliés

Les CPE autochtones sont souvent les grands oubliés quand vient la question du financement parce qu'ils relèvent du provincial, expliquent les directrices des installations de Manawan, Opitciwan et Wemotaci. 

«La seule chose qu'on est sûr, c'est l'argent du ministère de la Famille», indique Paula St-Pierre, du CPE d'Opitciwan. C'est que certains CPE peuvent bénéficier de programme d'aide, que les conseils de bande acceptent qu'ils desservent, mais les établissements ne profitent sinon, d'aucune subvention récurrente du fédéral. 

Elles souhaitent d'ailleurs arriver à ce qu'Ottawa verse «directement dans ses coffres» la part des investissements de 7 milliards $ sur 10 ans, promise aux services de garde autochtones en mars par le gouvernement de Justin Trudeau. Elles ont pu d'ailleurs sensibiliser le cabinet du ministre de la Famille, Jean-Yves Duclos, la semaine dernière. 

Mais les efforts des CPE atikamekws ne s'arrêtent à frapper à la porte des gouvernements. Les trois établissements viennent de mettre sur pied leur fondation «Je marche vers mon avenir» dont l'objectif est de réunir des fonds pour «permettre à chaque enfant d'atteindre ses rêves et réussir sa vie». Un soutien aux familles sera aussi apporté. 

Toujours dans l'optique «d'identifier des solutions pour améliorer» la vie des 0-5 ans, les CPE de la nation planchent également sur une refonte de leur programme éducatif pour accroître la place de la langue et de la culture. «Pour savoir où tu vas, tu dois savoir où tu vas», tranche Suzanne Chilton.




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