L'école à 4 ans inefficace

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Selon les chercheurs, la fréquentation d'une telle classe à un jeune âge «ne contribue pas de façon significative à la performance des enfants» une fois qu'ils entrent dans les classes de maternelle 5 ans.

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(Québec) La qualité des classes de maternelle 4 ans est jugée faible au Québec. Si bien que les enfants qui les fréquentent n'arrivent pas vraiment mieux préparés à l'école que les autres, indique la toute première étude québécoise sur le sujet.

«La qualité n'est pas au rendez-vous, alors la mesure n'a pas les effets escomptés», exprime Christa Japel, psychologue du développement à l'Université du Québec à Montréal (UQAM), en entrevue au Soleil. «C'est tout plein de bonne volonté et les enseignants travaillent très fort, mais on ne les soutient pas assez. On peut pas faire de miracles», ajoute la chercheuse principale de l'étude «Les maternelles 4 ans : la qualité de l'environnement éducatif et son apport à la préparation à l'école chez les enfants en milieux défavorisés». 

L'étude complète, financée par le Fonds de recherche québécois Société et culture, est entre les mains du ministère de l'Éducation depuis un peu plus de deux semaines, mais elle n'a pas encore été rendue publique. Mme Japel en a toutefois présenté les grandes lignes le 22 mars au congrès de l'Institut des troubles d'apprentissage, à Montréal. 

On y apprend que «la qualité de l'environnement éducatif» dans les 30 classes de maternelle 4 ans qui ont participé au projet de recherche est «généralement faible». Étant donné ce niveau de qualité, les chercheurs constatent que la fréquentation d'une telle classe à un jeune âge «ne contribue pas de façon significative à la performance des enfants» une fois qu'ils entrent dans les classes de maternelle 5 ans. 

Le degré de préparation à l'école des tout-petits demeure associé à des facteurs individuels et sociodémographiques, par exemple, l'environnement familial dans lequel l'enfant évolue. Les chercheurs ont toutefois fait ressortir un point positif. Les enfants qui vont à l'école à temps plein à 4 ans présentent «une meilleure performance dans le développement cognitif et langagier». 

«On a plus de temps pour apprendre les chiffres et les lettres. Mais ça ne suffit pas pour être bien préparé à l'école», soutient Mme Japel en entrevue au Soleil. Selon elle, les tout-petits doivent aussi développer leurs fonctions exécutives, soit apprendre à gérer leurs émotions, à écouter des consignes, à se concentrer à une tâche, à prendre des décisions, etc. 

Investissements

«Ça nous fait dire qu'à l'heure actuelle, il faudrait investir en qualité, plutôt qu'en quantité», estime la chercheuse. Dans son budget présenté mardi, le gouvernement du Québec n'a réservé aucun montant d'argent pour la création de nouvelles classes de maternelle 4 ans, ni pour investir en qualité dans les classes existantes. En point de presse, le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, a indiqué que les investissements majeurs en maternelle 5 ans et en première année ne remettaient pas en question le développement des classes de maternelle 4 ans, évoquant des «annonces à venir». 

Mme Japel explique que le programme enseigné en maternelle 4 ans est «vague» et n'a pas été revisé depuis plusieurs années. «Les enseignants sont laissés à eux-mêmes», juge-t-elle. Mme Japel considère que le gouvernement devrait prendre une pause dans le développement de nouvelles classes et se concentrer sur leur impact. «On est en train de faire la même gaffe que dans les services de garde. On développe des places sans vraiment voir ce qui se passe, sans évaluer c'est quoi la qualité de nos places.»

En janvier, Radio-Canada révélait que la plupart des programmes des universités québécoises en éducation primaire comptent seulement deux ou trois cours sur le préscolaire, concentrés sur la maternelle à 5 ans et non à 4 ans. Dans les classes étudiées par l'équipée de Mme Japel, 25 % des enseignants n'avaient même aucune formation spécifique en enseignement préscolaire. 

L'étude a été réalisée avec la collaboration de Marc Bigras, Monique Brodeur, France Capuano, Jacinthe Giroux et Catherine Gosselin, tous chercheurs à l'UQAM. Elle a été menée de 2013 à 2016 auprès de 600 enfants de partout au Québec, dont la moitié a fréquenté une classe de maternelle 4 ans.

Pour la petite histoire du programme

Les premières classes de maternelle 4 ans ont fait leur apparition au Québec dans les années 1970, dans quelques écoles publiques. Les enfants les fréquentaient à temps partiel, soit en avant-midi ou en après-midi. L'objectif recherché était le même qu'aujourd'hui : donner aux enfants des milieux défavorisés de meilleures chances de réussir à l'école, en comblant certaines lacunes. 

En 1997, des classes de maternelle 4 ans à temps plein sont apparues, mais c'est en 2013, sous le gouvernement péquiste de Pauline Marois, que le déploiement à plus grande échelle de ce type de classe a débuté. Les libéraux de Philippe Couillard ont poursuivi la cadence, si bien qu'aujourd'hui, le Québec compte 186 classes de maternelle 4 ans en milieu défavorisé, une moyenne de 2 par commission scolaire. 

La qualité de ce programme préscolaire et son impact sur la réussite à l'école n'avaient toutefois jamais été étudiés.

Recommandations des chercheurs pour la maternelle 4 ans

  • Maintenir un ratio d'un enseignant pour 10 enfants
  • Exiger une formation universitaire avec spécialisation en petite enfance
  • Soutenir les enseignants avec de la formation continue et des ressources
  • Assurer l'équilibre entre les activités initiées par l'enfant et par l'adulte




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