Encore loin de l'école virtuelle au primaire et au secondaire

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Certains acteurs du monde de l'éducation pressent le gouvernement d'offrir davantage de cours à distance au primaire et au secondaire, même de créer une école virtuelle provinciale.

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(Québec) Le Québec affiche un sérieux retard dans son offre de cours à distance au primaire et au secondaire, selon certains acteurs du monde de l'éducation, qui pressent le gouvernement de s'ouvrir à cette nouvelle voie et même de créer une école virtuelle provinciale.

 

Enfants malades, en région éloignée, grands sportifs, globe-trotteurs : plusieurs jeunes Québécois bénéficieraient de pouvoir poursuivre leur cheminement scolaire par le biais du Web, peu importe où ils se trouvent.

«En Grande-Bretagne, aux États-Unis, les programmes primaires et secondaires sont en ligne. Le gouvernement a mis le curriculum disponible et il y a des enseignants qui accompagnent les élèves de façon virtuelle», explique Nancy Brousseau, directrice générale de la Fédération des établissements d'enseignement privés (FEEP). Elle s'explique mal que le Québec n'ait pas encore pris ce virage. «L'enseignement en ligne, on est très en retard au Québec par rapport à ça. On dirait que ce n'est pas dans notre culture», lance-t-elle. Mme Brousseau cite à ce propos la Florida Virtual School, une école très populaire qui reçoit des inscriptions d'enfants d'un peu partout aux États-Unis. 

Des cours en ligne approuvés par le ministère de l'Éducation pourraient aussi faciliter la vie des parents qui ont choisi, pour toutes sortes de raisons, de faire l'école à la maison. Mme Brousseau s'inquiète de la tendance au unschooling, qui commence à poindre au Québec. Des parents décident de ne pas envoyer leurs enfants à l'école, car ils considèrent que ceux-ci apprennent mieux par eux-mêmes. «Ces gens-là sont carrément désabusés de l'offre du système scolaire. Ils n'y croient plus.»

Socialisation

Mme Brousseau ne croit pas que tous les petits Québécois devraient être formés à distance, car l'école primaire et secondaire s'est aussi donné comme mission de socialiser les enfants, de leur apprendre les relations humaines. Mais offrir cette possibilité permettrait par exemple de ne pas exclure les jeunes qui ont de graves problèmes de comportement. «Il faut être plus flexible et offrir des alternatives. Il y a des enfants qui fonctionnent mieux dans le système actuel, mais il y en a d'autres pour qui ça ne fonctionne pas.»

Vincent Lemieux, coordonnateur aux services éducatifs à la commission scolaire de la Beauce-Etchemins, croit aussi qu'il est temps que le Québec se dote d'une politique de la formation à distance. Il appelle même à la création d'une école virtuelle provinciale. «On a déjà fait une demande de dérogation au ministère de l'Éducation pour la création d'une école virtuelle, mais ça n'a pas été accepté», explique-t-il. 

Le problème, selon M. Lemieux, c'est que la formation à distance ou en ligne n'existe tout simplement pas dans la Loi sur l'instruction publique. Laurea Virtua, une école secondaire privée 100 % virtuelle, a aussi tenté de voir le jour il y a deux ans à Québec, sans succès.

Bryan St-Louis, responsable des relations de presse au ministère de l'Éducation, explique que «pour qu'un établissement d'enseignement privé soit autorisé à dispenser des services éducatifs par formation à distance, la Loi sur l'enseignement privé fixe comme exigence que ces mêmes services soient aussi offerts en classe».

M. St-Louis précise toutefois que le Ministère examine en ce moment le dossier et surveille ce qui se fait dans d'autres provinces. «Tous les modèles de formation à distance sont regardés.»

«Il y a beaucoup de représentations qui sont faites auprès du Ministère pour qu'il s'ouvre à la formation à distance dans le secteur jeunes», indique Marcelle Parr, conseillère en recherche et développement à la Société de formation à distance des commissions scolaires du Québec (SOFAD).

Son organisme développe des contenus de cours à distance pour l'éducation aux adultes et la formation professionnelle, mais pas pour les plus jeunes. «La formation à distance a toujours été considérée comme une voie marginale, mais elle devrait devenir une voie courante de la formation. Pour les jeunes, c'est nécessaire. Il faut qu'ils apprennent à apprendre à distance parce que c'est ce qu'ils vont faire toute leur vie», plaide Mme Parr.

Par exemple, un simple manuel d'instruction d'une nouvelle télévision est aujourd'hui offert exclusivement en ligne. «Ce n'est pas parce que les enfants sont nés avec une tablette dans les mains qu'ils sont capables d'apprendre avec», ajoute Mme Parr.

Pour M. Lemieux, l'apprentissage numérique s'adapte au rythme de chaque élève, qu'il ait des difficultés d'apprentissage ou qu'il soit doué, une force qui devrait mieux être exploitée à l'avenir. 

«C'est assez rigide, l'enseignement au Québec. On n'a pas tant de marge de manoeuvre que ça. Pour s'ouvrir à la formation à distance, ça va prendre de la volonté politique», soumet pour sa part Mme Brousseau.

Quelques initiatives actuelles

L'École en réseau pour les petites classes

Parce qu'il voulait cesser de fermer des écoles de village, le ministère de l'Éducation a favorisé la création de l'École en réseau en 2002. Avec des outils technologiques comme la visioconférence et les forums, l'École en réseau permet à de plus petites classes d'entrer en communication avec d'autres et de faire des travaux d'équipe à distance. Ses outils sont aujourd'hui utilisés par plus de 350 écoles, surtout au niveau primaire. «On ne fait pas de la formation à distance à proprement parler, mais on connecte de plus petits milieux ensemble», explique Solange Racine, directrice de l'École en réseau. Par exemple, un élève d'une petite école secondaire qui a le goût de suivre un cours d'espagnol qui ne se donne pas dans son milieu pourrait se brancher sur un cours donné dans une autre école. Un orthopédagogue peut aussi faire le suivi d'un élève d'une école éloignée grâce à un face-à-face virtuel. «On s'adapte aux besoins de chaque école», ajoute Mme Racine. 

La CS de la Beauce-Etchemin prend les devants

La commission scolaire de la Beauce-Etchemin développe depuis 2001 son Centre d'apprentissage en ligne (CAL). Conçu au départ pour répondre aux besoins de ses propres élèves, le Centre est maintenant devenu le fournisseur de cours à distance pour 39 commissions scolaires du Québec. «Notre territoire est assez grand et pour les cours de rattrapage l'été, c'était pas toujours évident pour les élèves de se déplacer», explique Vincent Lemieux, coordonnateur aux services éducatifs. Depuis 2011, la commission scolaire offre également des cours réguliers de 4e et de 5e secondaire en ligne, pour les élèves appelés à voyager durant l'année scolaire ou qui fréquentent des programmes sport-études. Comme le CAL est une initiative locale et qu'il n'est pas financé par le ministère de l'Éducation, la commission scolaire doit faire payer les cours aux parents ou aux autres commissions scolaires qui sont devenues ses partenaires. Environ 1000 jeunes ont recours chaque été au CAL. 

Une entreprise privée spécialiste des cours d'été

Créée il y a cinq ans, ÉtudeSecours a offert l'an dernier des cours d'été en ligne à environ 600 élèves. «On ne veut pas qu'un jeune du secondaire manque ses vacances à cause d'un cours d'été. On veut qu'il soit capable de reprendre son cours au camping, avec sa famille», explique Marie-Claude Harnois, enseignante et directrice générale d'ÉtudeSecours. Les examens à la fin du cours peuvent même se faire un peu partout au Québec, dans une des 18 écoles partenaires. L'entreprise privée offre une solution clé en main aux commissions scolaires et aux écoles privées pour qui l'organisation de cours d'été est compliquée et trop coûteuse. Au cours de l'année scolaire, ÉtudeSecours offre également des services de tutorat à distance avec des enseignants légalement qualifiés. «Ce qu'on souhaite, c'est décloisonner les apprentissages et offrir une panoplie de services complémentaires en ligne», souligne Mme Harnois.

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