L'école participe à l'inégalité des sexes, selon le Conseil du statut de la femme

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Le Conseil du statut de la femme est persuadé que l'école participe encore aujourd'hui au maintien de l'inégalité des sexes. Il demande entre autres de réviser les programmes d'histoire, et d'éthique et culture religieuse.

La dernière fois que le Conseil s'est penché sur l'égalité des sexes en milieu scolaire, c'était en 1976. Même s'il reconnaît que la situation s'est améliorée depuis 40 ans, le Conseil croit qu'il reste encore du chemin à faire. 

Par exemple, des contenus sur les luttes féministes et sur les femmes ont été ajoutés aux livres d'histoire, mais ceux-ci sont souvent présentés à part, dans des encadrés et non dans la trame historique générale enseignée aux enfants. «Les femmes ne sont pas partie prenante de l'histoire», a dénoncé Eva Ottawa, présidente du Conseil du statut de la femme, lors du dévoilement de l'avis «L'égalité entre les sexes en milieu scolaire» mercredi, à l'Université Laval. 

Dans sa liste de 10 recommandations au gouvernement, le Conseil demande à ce qu'un comité de travail mixte soit créé pour entreprendre une révision de tous les programmes d'histoire pour y «intégrer de manière transversale le genre et les femmes», et que les éditeurs scolaires soient aussi soutenus dans l'élaboration de nouveaux manuels.

Réviser le cours d'éthique et culture religieuse

Le Conseil recommande également une révision complète du cours éthique et culture religieuse (ECR), qui existe depuis 2008 et a remplacé les cours religieux. Hélène Charron, l'auteure principale de l'avis, trouve «anormal» que dans ce cours, les discours religieux sexistes soient présentés comme des réponses éthiques valides, sur le même pied d'égalité que d'autres modes de pensée. Le Conseil voudrait sortir le volet de culture religieuse de ce cours pour l'intégrer au cours d'histoire. Du temps serait ainsi dégagé pour enseigner d'autres notions. Le Conseil préconise l'enseignement de «l'égalité, la citoyenneté et la sexualité». 

Sans se prononcer sur les projets--pilotes d'éducation à la sexualité qui ont présentement cours dans les écoles, Mme Charron croit qu'il serait facile pour le gouvernement de demander à ce que ces notions soient incluses dans le cours d'ECR, qui existe depuis 2008 et est déjà prévu dans l'horaire des enfants de la 1re année du primaire à la 5e année du secondaire. «Nulle part dans le cours d'éthique et de culture religieuse on ne parle des violences faites aux femmes, ce qui, à notre point de vue, est incompréhensible en 2016», commente Mme Charron, qui a analysé avec son équipe plus de 30 manuels scolaires avant d'écrire son avis. 

Cette suggestion fait écho à une pétition signée par plus de 5000 personnes et présentée mardi à l'Assemblée nationale par le chef du Parti québécois Jean-François Lisée, qui demande à ce que le volet «culture religieuse» soit retiré du cours d'ECR, car il ferait «la promotion des religions», ce qui va à l'encontre de la laïcité des écoles. 

Marie Deschamps, l'attachée de presse du ministre de l'Éducation Sébastien Proulx, soutient que «des travaux sont déjà en cours» au ministère concernant le cours d'ECR, sans donner plus de détails. 

Le Conseil du statut de la femme recommande aussi d'inclure des activités manuelles (par exemple la couture, la cuisine ou la programmation informatique) aux heures de service de garde, afin que les petits garçons et petites filles y soient initiés de façon égalitaire. Il met aussi en garde les écoles de trop élaborer de programmes particuliers, qui font en sorte de réintroduire la non-mixité dans les écoles. Par exemple, un programme de sport-études en hockey réunit beaucoup de garçons et un autre en danse est davantage prisé par les filles. 

Hélène Charron est consciente que son avis comprend des «recommandations d'envergure», mais demande au gouvernement de se mettre au travail «dès maintenant». 

Les perceptions des profs

Au-delà de la matière enseignée, la formation et les perceptions des profs sont aussi importantes pour atteindre l'égalité entre les garçons et les filles à l'école. Après avoir sondé 400 enseignants au primaire et au secondaire, le Conseil du statut de la femme constate que 81 % des enseignants et 62 % des enseignantes s'attendent à ce que les filles réussissent mieux en français. Le tiers des enseignants, qu'ils soient masculins ou féminins, s'attendent aussi à ce que les garçons réussissent mieux en mathématiques. 

Le Conseil croit qu'il s'agit de «biais» et que les enseignants devraient avoir les mêmes attentes envers tous les élèves. «Quand on s'attend à des différences de résultats entre les enfants, on ne les accompagne pas de la même façon et on ne les encourage pas de la même façon», commente Hélène Charron, l'auteure principale de l'avis. 

Elle cite par exemple des études qui démontrent que les filles sont davantage félicitées sur la forme de leur travail et les garçons, sur la créativité de leur contenu. Les enseignants ont aussi davantage tendance à lier les difficultés des filles à l'école à un manque de compréhension, tandis que les difficultés des garçons sont liées à un manque d'effort de leur part. 

Le Conseil du statut de la femme est pour une plus grande présence des hommes dans des métiers traditionnellement féminins, comme l'enseignement. Par contre, Mme Charron souligne qu'il n'y a pas de lien à faire entre la réussite scolaire des garçons et le sexe des enseignants. Il s'agit plutôt ici d'avoir dans les écoles une plus grande diversité d'enseignants.  Patricia Cloutier

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer