Jouer... à condition de réussir

Se voyant privée de temps de jeu au... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Se voyant privée de temps de jeu au basketball en raison de ses mauvaises notes, Angélique Muraza n'a pas apprécié au départ le programme Le diplôme avant la médaille, implanté par son entraîneuse de basketball, Béatrice Turcotte-Ouellet. Motivée par le désir de fouler à nouveau le court, l'élève a redoublé d'efforts en classe, avec comme résultat une nette amélioration de son rendement scolaire.

Le Soleil, Pascal Ratthé

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(Québec) En 2e secondaire, Angélique Muraza allait échouer à cinq ou six cours. Conséquence : elle n'avait presque pas de temps de jeu lors de ses matchs de basketball. Même si elle était une bonne athlète, elle devait rester sur le banc. Jusqu'à ce qu'elle améliore ses notes.

«J'ai trouvé ça vraiment plate, son programme au début», lance Angélique, qui fréquente l'école secondaire Vanier, à Québec. Le programme dont elle parle, Le diplôme avant la médaille, est une idée de son entraîneuse Béatrice Turcotte-Ouellet. La femme de 22 ans a décidé d'utiliser la soif de compétition des jeunes sportifs pour les faire réussir à l'école. Résultat : l'an dernier, 89 % des élèves du programme qui allaient échouer dans une matière l'ont réussie. 

En 5e secondaire aujourd'hui, Angélique reconnaît que le programme est «très intelligent». «Je n'ai eu aucun échec l'année passée et c'est vraiment grâce au programme. Je ne pense pas que ce serait arrivé sinon», commente-t-elle. 

Béatrice Turcotte-Ouellet s'est inspirée du film Coach Carter pour mettre sur pied Le diplôme avant la médaille. «Je me suis dit que je pouvais faire une différence si j'étais proche des jeunes. C'est prouvé que chez un enfant qui pratique un sport, le coach est celui qui a le plus d'influence après le parent», explique-t-elle. 

À sa première année comme entraîneuse, Béatrice avait demandé à ses joueuses de se grouper dans le gymnase selon leur niveau scolaire. L'une d'elles lui a demandé si elles ne devraient pas plutôt se grouper selon le niveau dans lequel elles devraient être. «Au moins la moitié du groupe a changé de place», s'est désolée Béatrice, qui a mesuré l'ampleur du redoublement dans cette école qui accueille 70 % d'immigrants. 

Comme entraîneuse, Béatrice avoue que c'est parfois difficile, voire frustrant de se passer de ses meilleurs joueurs pendant un match parce qu'ils ne font pas d'efforts à l'école. «Oui, peut-être qu'il y a une game que tu vas perdre, mais pour sa vie future, c'est vraiment mieux pour le jeune de ne pas jouer», explique-t-elle. La plupart du temps, les adolescents restent sur le banc pendant une seule partie avant d'avoir leur leçon. «Après ça, il n'y a plus de problèmes», lance Béatrice en riant, qui a quand même réussi à obtenir trois médailles ces quatre dernières années avec les équipes qu'elle entraînait. 

Les adolescents qui sont à risque d'échec acceptent de rencontrer un tuteur bénévole une heure par semaine pour travailler les cours pour lesquels ils ont des difficultés. Une feuille de suivi remplie par les enseignants montre à leur entraîneur si les notes s'améliorent entre les bulletins. De leur côté, les entraîneurs s'intéressent au parcours scolaire de leurs joueurs, et profitent même des rencontres de parents pour aller parler avec les enseignants.

Effet d'entraide

Il y a cinq ans, Béatrice Turcotte-Ouellet appliquait sa méthode à sa seule équipe de basketball féminine. Au fil du temps, elle a raffiné la philosophie du programme, qui compte aujourd'hui 12 entraîneurs et 50 tuteurs bénévoles. En tout, 93 élèves qui jouent au basketball, au soccer et au volleyball font partie du programme, soit près du tiers de l'école secondaire Vanier. 

L'effet de groupe est aussi un levier important pour cette méthode. «Moi, je veux jouer avec mes coéquipières lors des matchs. Alors, si quelqu'un a de la difficulté dans ses cours, on va l'aider. Comme on est une équipe, on s'entraide», témoigne Angélique, qui pense à s'inscrire au cégep l'an prochain. 

Finissante en service social à l'Université Laval, Béatrice Turcotte--Ouellet croit avoir mis sur pied un programme unique au Québec. «Dans le sport, normalement, on encourage les jeunes à rester à l'école. Mais là, il ne s'agit pas seulement de se lever le matin et d'y aller. Il s'agit de réussir», explique-t-elle. 

C'est pourquoi elle vient de mettre sur pied un organisme sans but lucratif pour amener son idée encore plus loin. D'ici trois ans, l'organisme aimerait signer des ententes de partenariat avec deux autres écoles secondaires de Québec, qui n'ont pas encore été ciblées. Même si Béatrice a obtenu plusieurs prix pour son idée (prix national de Forces Avenir, prix national du Défi OSEntreprendre), elle est toujours à la recherche de financement public ou privé pour permettre à l'organisme qu'elle dirige de réellement prendre son envol.

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