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Trop dur de congédier les profs

Même si les professeurs incompétents ne sont pas... (123RF/racorn)

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Même si les professeurs incompétents ne sont pas légion, ils peuvent affecter de façon très négative le climat d'une classe et d'un corps professoral, note une cosignataire du mémoire qui dénonce entre autres la complexité de la procédure nécessaire pour congédier les enseignants dysfonctionnels.

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(Québec) Six retraitées de l'enseignement croient qu'il faut se donner «des mécanismes plus efficaces» pour congédier des membres du personnel scolaire qui interviennent de façon «inadéquate» dans leur classe ou à l'école.

Interpellé par la consultation sur la réussite éducative qui est en cours, ce groupe de six enseignantes, directrices d'école et orthopédagogues de Québec qui viennent de quitter le réseau de l'éducation, ont planché sur un mémoire qu'elles viennent de transmettre au ministère de l'Éducation. Parmi leurs nombreuses recommandations, elles souhaitent que les dossiers disciplinaires du personnel soient plus faciles à faire avancer. 

«C'est long, c'est lourd, c'est une démarche extrêmement coûteuse et, en plus, ça donne des résultats mitigés», témoigne Céline Genest, qui a déjà été directrice. Mme Genest explique que lorsqu'une sanction disciplinaire est donnée à un enseignant, par exemple, elle est caduque au bout de six mois. «Pendant ce temps, le prof peut avoir changé d'école, et il faut tout recommencer de zéro», exprime-t-elle. 

Conventions à assouplir

Si un enseignant est jugé dysfonctionnel ou incompétent, de multiples mesures d'aide sont mises en place par les commissions scolaires, mais il est très difficile de le renvoyer contre son gré. «On va donner la chance aux gens et c'est correct comme ça; mais quand c'est récurrent dans le temps, ça prend un immense courage de la part des gestionnaires pour monter un dossier», soutient Mme Genest. 

Selon elle, les commissions scolaires, tout comme les syndicats, dépensent beaucoup de temps et de gros montants en frais d'avocat pour faire cheminer un dossier d'incompétence devant le Tribunal administratif du travail. «Il faudrait vraiment que, comme société, on s'assoie pour faire en sorte que les conventions collectives soient assouplies à ce niveau-là», juge-t-elle. 

Hélène Blais, une autre cosignataire du mémoire, croit que ces employés problématiques sont très peu nombreux dans le système. Moins de 2 % du personnel éducatif d'une commission scolaire selon elle. «Par contre, ils peuvent affecter de façon très négative le climat. Les enfants s'en ressentent et les enseignants autour s'en ressentent», lance-t-elle. 

«Il faut vraiment qu'il y ait un vol, une fraude ou un abus sexuel pour congédier quelqu'un. Parce que prouver l'incompétence, c'est très difficile», soumet pour sa part Denise Lefrançois, qui mentionne que les «cas lourds» dans les écoles ne sont pas seulement des enseignants, mais aussi des orthopédagogues, des employés de soutien ou même des directeurs. 

En janvier dernier, une étude de l'Institut économique de Montréal révélait que seulement sept enseignants, sur les 60 000 qui travaillent dans le réseau public, avaient été congédiés pour incompétence au cours des cinq dernières années au Québec. 

Mentorat pour les jeunes

Édith Blais, qui a travaillé récemment à superviser les stages des futurs enseignants, remarque que le métier à l'heure actuelle est très difficile pour les plus jeunes. C'est pourquoi avec les autres signataires du mémoire, Johanne Drolet et Madeleine LeBoeuf, elle propose d'instaurer un programme de mentorat au Québec pour qu'une enseignante d'expérience volontaire puisse accompagner des profs qui commencent. «Souvent, nos jeunes enseignants se ramassent avec les tâches les plus lourdes parce que le choix est fait par ancienneté, raconte Mme Blais. Personnellement, j'ai vu des étudiantes qui faisaient un travail d'enseignement épatant, qui avaient le feu sacré, la passion. Mais quatre ou cinq ans plus tard, je les retrouvais démotivées, découragées, à compléter des tâches à gauche et à droite.» Le groupe d'enseignantes retraitées estime que c'est toute la valorisation de la profession qui est en jeu en ce moment.

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