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À l'école Sans-Frontière, des élèves comme Abigaël et... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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À l'école Sans-Frontière, des élèves comme Abigaël et Alexandre apprennent à faire du codage informatique et à manipuler des robots dans la classe de Valérie Dupont.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Dans la classe de Valérie Dupont, les enfants de quatrième année construisent de petits robots, les branchent à un ordinateur avant d'y entrer une programmation pour les faire bouger ou chanter. Le tout en moins d'une heure. Incursion dans le monde du code informatique, une compétence qui pourrait bientôt être enseignée dans toutes les écoles.

Les deux oiseaux de plastique, faits à partir de blocs Lego, tournent et tournent encore. Les yeux brillants, Alexandre pousse un cri de joie pendant que sa coéquipière Abigaël essaie de trouver la commande à l'ordinateur pour les faire arrêter. Enfin, elle trouve le bon bouton. Fiers, les deux enfants sont les premiers de leur classe de l'école Sans-Frontière, à Québec, à avoir réussi à animer leurs petits robots. 

L'enseignante les félicite avant de leur donner d'autres défis : les faire tourner de l'autre côté, moins vite, etc. Avec leurs souris, ils composent alors à l'écran la séquence de codes qui fera faire à leur robot l'action désirée. 

Dans les programmes conçus pour les enfants (comme Scratch), le code n'est pas une suite de 0 et de 1, mais il est composé de boutons imagés qui, une fois mis ensemble, commandent une action à un robot. 

«Imaginez que vous programmez une voiture intelligente. Pensez à votre affaire avant de peser sur les boutons. Parce que si ta voiture est mal programmée, tu vas faire des accidents», lance-t-elle à ses élèves. 

Ayant étudié en technologie éducative, Valérie Dupont a un faible naturel pour les robots. Elle croit toutefois qu'il faudrait donner «beaucoup de formation» aux enseignants avant que cette compétence ne soit enseignée partout. 

À la commission scolaire de la Capitale, une trentaine d'enseignants du primaire et une dizaine du secondaire initient leurs élèves à la robotique. Ils empruntent au besoin quatre ensembles de petits robots programmables que la commission scolaire a achetés. «Le prêt de notre matériel va vraiment selon la volonté des enseignants qui souhaitent l'essayer», explique Marie-Élaine Dion, porte-parole de la commission scolaire de la Capitale. 

Le ministre de l'Éducation Sébastien Proulx s'interroge en ce moment sur la pertinence d'inclure le codage dans les programmes éducatifs québécois. Le sujet fait partie de la grande consultation régionale qu'il mène cet automne et qui aboutira, en 2017, à une Politique sur la réussite éducative. 

Obligatoire ailleurs

À Québec, le collège Stanislas, une école privée qui enseigne tant le programme éducatif du Québec que celui de la France, inclut depuis septembre des bases de programmation à ses classes, de la maternelle au secondaire.

«Ça se passe remarquablement bien. Les enfants et les parents sont ravis. Mais on est encore à travailler sur l'amélioration de ce qu'on offre», commente le directeur Gérald Bennetot. 

En Europe, la programmation est une compétence scolaire obligatoire dans une douzaine de pays. Au collège Stanislas, les connaissances en programmation ne sont toutefois pas notées. Le codage est plutôt un outil qui est utilisé de façon transversale, dans toutes les matières. «L'idée, c'est de faire rêver les gamins et qu'ils travaillent autrement», soutient M. Bennetot.

Selon lui, l'apprentissage de la programmation n'est pas une mode, mais une petite révolution pour l'école. Beaucoup plus que ne l'a été l'installation de tableaux blancs interactifs dans toutes les classes il y a quelques années.

Selon Thierry Karsenti, titulaire de la Chaire de... (Le Soleil, Patrice Laroche) - image 2.0

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Selon Thierry Karsenti, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies de l'information et de la communication en éducation, le codage favorise le travail d'équipe et motive les jeunes.

Le Soleil, Patrice Laroche

Un nouveau langage

«On vit dans le numérique, mais on est un peu des analphabètes fonctionnels du numérique. La pointe de l'iceberg, on la maîtrise bien : on sait cliquer, on sait "liker", on est des participatifs superficiels. Mais est-ce que réellement, on peut être acteurs de la société du numérique?» lance Margarida Romero, professeure en robotique éducative à l'Université Laval. Pour la spécialiste, la programmation est comme un nouveau langage, une façon d'apprendre et de voir les choses qui peut être utilisée dans toutes les matières, et ensuite dans toutes les sphères de la société. C'est pourquoi elle croit que le code devrait être considéré comme un nouvel outil dans les écoles au lieu de devenir une nouvelle matière. Mme Romero ne veut pas qu'on enseigne la programmation en fonction des besoins des compagnies technos. «Peu importe le métier, la programmation permet de résoudre des problèmes et d'optimiser les processus», explique-t-elle. Par exemple, si un agriculteur maîtrise la «pensée informatique», il sera en mesure de mieux planifier ses récoltes, selon Mme Romero. Ou encore, un chercheur comprendra mieux la façon dont Google classe l'information. «En gros, ça permet de construire une société plus critique.»

Une compétence à évaluer

«Le défi, quand on introduit quelque chose de transversal [dans toutes les matières], c'est qu'il n'y a personne qui est responsable, alors ça ne se fait pas», croit Thierry Karsenti, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies de l'information et de la communication en éducation. Selon ce spécialiste, le gouvernement du Québec devrait faire du codage informatique une compétence obligatoire, qui pourrait par exemple être intégrée aux mathématiques. Et comme toutes les autres notions à acquérir, les connaissances en programmation devraient être évaluées. «Il faut préparer les enfants à leur vie future, où les technologies seront très présentes», dit-il. Selon lui, l'apprentissage pourrait se faire dès la maternelle et le nombre d'heures pourrait augmenter progressivement tout au long du parcours scolaire. «Il ne faut pas oublier que le codage favorise le travail d'équipe et motive les jeunes.»

Enseigner le code à 10 millions de Canadiens

Créé en 2011 à Toronto par un groupe de femmes, l'organisme LadiesLearningCode s'est donné un objectif ambitieux début octobre : enseigner les rudiments du code informatique à 10 millions de Canadiens d'ici 2027. C'était la naissance de CanadaLearningCode, un organisme englobant des centaines de bénévoles qui partagent leurs connaissances avec les enfants, les adolescents, les femmes, les enseignants, etc. «Ce qu'on veut, c'est démocratiser l'informatique. On n'a pas besoin de vouloir étudier là-dedans pour mieux comprendre les bases et les utiliser», soutient Guillaume Bergeron, un des organisateurs de CanadaLearningCode à Québec. Selon lui, tout le monde peut apprendre à programmer, afin de passer du rôle de consommateur à celui de créateur de contenu. «À l'école, on n'apprend pas seulement aux enfants à lire, mais aussi à écrire pour qu'ils puissent créer des textes, participer. En technologie, c'est la même chose. Il ne suffit pas d'apprendre à un enfant à utiliser un iPad, mais lui montrer comment ça fonctionne pour qu'il puisse s'en servir et participer», exprime M. Bergeron.

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