Et si on nationalisait les garderies?

Camil Bouchard croit qu'il est grand temps de redonner... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche)

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Camil Bouchard croit qu'il est grand temps de redonner ses lettres de noblesse aux CPE, qui constituent selon lui le premier jalon du système éducatif québécois.

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(Québec) Il y a 25 ans, Camil Bouchard publiait le rapport Un Québec fou de ses enfants. La sonnette d'alarme sur l'importance de la prévention en bas âge de la délinquance et du décrochage scolaire était tirée. En 1996, dans la foulée de ce rapport, les premiers centres de la petite enfance étaient créés. Alors qu'on se questionne aujourd'hui sur leur avenir, Camil Bouchard souhaite que le Québec se souvienne de leur vocation première : l'éducation. Entrevue.

«On a nationalisé une de nos plus grandes richesses naturelles, l'hydroélectricité. À mon avis, notre principale ressource naturelle, c'est le cerveau des enfants.»

À 70 ans, Camil Bouchard ne passe pas par quatre chemins pour clamer haut et fort son idéal : la nationalisation des services de garde à l'enfance, qui passe par la transformation de toutes les garderies privées en CPE. Selon lui, le Québec devrait offrir des CPE gratuits partout sur son territoire, qui accueilleraient tous les enfants que les parents du Québec voudraient bien confier, à temps partiel ou à temps plein.

Sans vouloir «démoniser» les garderies privées, il soutient que le roulement de personnel y est trop élevé, ce qui donne en fin de compte des services de moindre qualité qu'en CPE. «Il faut sortir le commerce de l'éducation des tout-petits», martèle-t-il.

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Camil Bouchard

Archives La Presse canadienne

M. Bouchard croit que les services de garde privés subventionnés devraient d'abord être transformés en CPE sur une base volontaire, avant de procéder, si nécessaire, à des expropriations. 

M. Bouchard est conscient toutefois que le modèle des CPE ne fait pas l'unanimité. C'est qu'il y a un problème de perception, croit-il. 

«On a vendu les CPE comme un service de conciliation travail-famille. Mais ils sont d'abord un service éducatif. Il faut refocaliser là-dessus.»

Garderies à 5 $, une aubaine

Camil Bouchard avoue qu'il a peut-être lui-même contribué à «vendre» cette idée aux Québécois, à la fin des années 90. En fait, celles que l'on appelait au début les «garderies à 5 $» ont été extrêmement populaires auprès des jeunes parents - des mères surtout -, qui sont retournés massivement sur le marché du travail. 

Faire garder ses enfants pour 5 $ par jour, c'était toute une aubaine. «On voulait réduire la pauvreté des jeunes parents de moitié et on y est arrivés. On voulait le faire en 10 ans, ça a pris 20 ans, mais au moins, le Québec a été champion là-dedans.»

Sauf que tout le débat économique autour des CPE «a nui à l'adhésion de la population à cette formule», croit celui qui a été député du Parti québécois de 2003 à 2010. Pour plusieurs, les CPE coûtent trop cher au gouvernement, surtout que la promesse d'offrir une place à tous les enfants ne s'est jamais concrétisée.

Les CPE sont donc passés à 7 $ par jour et aujourd'hui, leur coût varie en fonction du salaire des parents, pour un maximum de 20 $ par jour. Pour répondre à la demande, les garderies privées ont toujours continué d'évoluer en parallèle. 

Camil Bouchard croit qu'il est grand temps de redonner ses lettres de noblesse aux CPE, qui constituent selon lui le premier jalon du système éducatif québécois. «On ne confie pas nos enfants au CPE juste parce qu'on pense qu'ils vont être en sécurité. Il faut que ça ajoute à ce que l'enfant peut vivre dans sa famille et que ça favorise son développement», soutient le psychologue retraité de l'UQAM. 

Le rapport Un Québec fou de ses enfants faisait le constat suivant : «Les enfants très impulsifs, colériques ou très agressifs dès leurs trois ans se retrouvent davantage parmi les délinquants, les décrocheurs et les suicidaires.» On disait déjà à l'époque que d'agir tôt sur les comportements et les aptitudes était un investissement pour l'avenir. 

Aujourd'hui, 25 % des petits Québécois qui entrent à la maternelle sont toujours vulnérables dans au moins une facette de leur développement (physique, affectif, social, langagier ou cognitif). Pour mieux les préparer à l'école - et à la vie en général -, M. Bouchard croit que le Québec devrait se donner comme objectif de faire baisser ce taux à 10 %. 

La préoccupation pour la qualité des soins et un bon développement de l'enfant devrait être présente, peu importe que les familles décident de faire garder leurs rejetons ou pas. «Toutes les familles devraient se demander si leur service de garde accote ce qu'eux offriraient comme environnement s'ils étaient à la maison à temps plein.»

Camil Bouchard a entendu le ministre de la Famille Sébastien Proulx répéter à maintes reprises ces derniers mois que l'éducation commençait dès la petite enfance. Il hésite à le croire. «J'attends un signal concret, de l'action.» C'est que le gouvernement libéral est celui qui a, ces deux dernières années, coupé dans le financement des CPE et abandonné le tarif fixe. 

«Je suis en colère contre ce que le gouvernement a fait. Maintenant, il dit qu'il veut faire une différence, parce qu'il a compris que la réussite scolaire, ça commence au berceau. Je vous dirais que je suis du côté de l'optimisme prudent. On va tenter de mettre au placard notre cynisme et on va prendre le ministre au pied de la lettre.»

À la population de se faire entendre

Comme 18 autres experts, Camil Bouchard a été invité cette semaine à livrer ses observations les plus récentes à la Commission sur l'éducation à la petite enfance. Les commissaires André Lebon, Martine Desjardins et Pierre Landry prennent maintenant la route pour entendre tous ceux qui ont leur mot à dire sur le sort des enfants de 0 à 5 ans dans 14 villes québécoises. Chapeautée par l'Institut du nouveau monde, la commission tiendra ensuite un rassemblement national à Montréal les 6 et 7 décembre. Le ministre de l'Éducation et de la Famille Sébastien Proulx, qui mène simultanément une tournée de consultation sur l'éducation cet automne, a promis de jeter un oeil sur ses conclusions. Patricia Cloutier

Camil Bouchard au sujet de...

... la maltraitance des enfants

«Là où on a eu le moins de succès au Québec depuis 25 ans et qui me préoccupe beaucoup, c'est le taux toujours croissant de mauvais traitements envers les enfants. C'est alarmant, personne ne s'en préoccupe vraiment.»

... la maternelle 4 ans

«Peu importe que ce soit dans un CPE ou en prématernelle, un enfant de 4 ans devrait évoluer dans un environnement où le ratio d'adultes par rapport aux enfants est bas, soit 1 pour 8 ou 1 pour 10. On doit aussi mettre l'accent sur le développement de l'enfant par le jeu et non sur la scolarisation précoce.»

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