La rentrée progressive à la maternelle, une pratique pertinente?

Lundi était le premier jour d'école à vie... (Collaboration spéciale Patricia Cloutier)

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Lundi était le premier jour d'école à vie pour plusieurs enfants, rentrée qui se fait de façon progressive. Cette pratique qui existe depuis de nombreuses années ne fait pas l'unanimité.

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(Québec) Les petits de maternelle vont à l'école des demi-journées ou une journée sur deux cette semaine, question de démarrer l'année en douceur. Cette rentrée progressive, qui existe depuis nombreuses années, est-elle toujours pertinente? La question divise.

Le Soleil a consulté quelques parents qui ont vécu ou qui vivent cette rentrée progressive. Ils ont dû s'organiser, soit en prenant des congés pour être avec leur enfant lorsqu'il ne va pas à l'école, en demandant de l'aide à leurs proches ou en envoyant leurs petits au service de garde de l'école. 

«Je me questionne beaucoup si cela aide vraiment les enfants compte tenu que souvent, ils vont au service de garde le reste de la journée. Je trouve que c'est d'étirer ce qui doit être fait de toute façon. En plus, ça complique pas mal la vie aux parents», croit Marilyn Vachon, une maman de Sainte-Marie, en Beauce. 

«De le faire la première journée peut-être, mais je pense que c'est inutile d'étirer cela pendant une ou même deux semaines. De nos jours, les enfants sont habitués avec les CPE et les garderies. Ce n'est pas comme à l'époque où bon nombre de mères étaient à la maison», commente pour sa part Amélie Rodrigue, mère de trois enfants. 

Croisée dans la cour de l'école Notre-Dame-du-Canada, dans le secteur Vanier lundi, Alexandra Joyal était pour sa part très heureuse que sa fille puisse profiter d'une rentrée progressive, où l'enseignante de maternelle accueille la moitié de son groupe durant les premiers jours. «Ils étaient 10 à la garderie et là, de passer à 19 enfants dans le groupe, c'est beaucoup», indique Mme Joyal, avant de voir sa fille craintive s'accrocher à son cou. 

L'idée fait aussi l'affaire d'Antoine Museminali, papa de la petite Gloria. «Elle s'inquiétait de ne pas revoir ses amis de la garderie, alors ça lui donnera le temps de mieux connaître ceux qui seront avec elle», commente-t-il. 

Anne-Marie Gilbert, professeure à la maternelle, trouve quant à elle cette façon de faire bien pratique. «Elle me permet d'accorder plus de temps à chaque élève afin de mieux le connaître et d'avoir le temps de leur présenter leur nouvel environnement. J'apprécie d'avoir ces journées pour mettre en place la routine, un petit pas à la fois.»

Impact sur la réussite

Selon Égide Royer, spécialiste en adaptation scolaire, la rentrée progressive n'a pas d'impact sur la réussite scolaire à long terme, ni sur la capacité d'adaptation des enfants. 

Selon lui, l'expérience éducative que vivent déjà les enfants qui fréquentent en majorité les garderies et les CPE les prépare bien à l'école. Ils pourraient donc faire des journées complètes dès le départ. «Il n'y a pas de contre-indication psychologique ou à la réussite scolaire à rentrer à temps plein», indique-t-il. 

M. Royer croit que cette rentrée progressive peut toutefois être bénéfique pour 30% des enfants qui requièrent une attention particulière, qu'ils soient handicapés, autistes ou déjà en difficulté d'adaptation. 

«Mais dans les systèmes éducatifs les plus performants, on voit venir. Au lieu de faire une rentrée progressive pour tous, on pourrait cibler ceux qui ont des besoins particuliers et les accompagner», suggère-t-il. 

Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE), croit plutôt que la rentrée progressive est «primordiale» pour les tout-petits, et les enseignants. 

«Vous avez pas idée de ce que c'est pour eux, de découvrir leur nouvel environnement. Savoir où sont les toilettes, les abreuvoirs, savoir quand ils peuvent aller chercher des choses dans leur sac. Il faut accompagner à la seconde près», exprime-t-elle. 

Selon elle, cette entrée en douceur permet aux jeunes «d'être des enfants encore quelques jours, avant qu'ils ne deviennent pour de bon des élèves». 

La Fédération des comités de parents n'a pas souhaité émettre d'opinion sur la question.

Dans la convention collective des professeurs

Une tradition dans plusieurs écoles québécoises, la rentrée progressive à la maternelle est enchâssée dans la convention collective des enseignants depuis environ 10 ans. Les profs de maternelle ont le droit de travailler avec la moitié de leur groupe pour un minimum de trois jours à la rentrée. «Nous, on croit que ça devrait être cinq jours, question de ne pas manquer notre coup dès le départ avec les enfants, de bien les accueillir. Rappelons-nous qu'il y a quelques années, c'était parfois 10 ou 15 jours de rentrée progressive», précise Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement. Elle comprend toutefois que cette façon de faire peut perturber les habitudes des parents, qui sont en grande majorité sur le marché du travail. «Pour nous, il y a un enjeu de financement. Le gouvernement devrait payer le service de garde aux enfants pour cette courte période. Mais la dernière fois qu'on l'a demandé, ça nous a été refusé», lance Mme Scalabrini.

Des contraventions pour les parents trop pressés!

Maxime Boivin, 6e année, avec l'agente de prevention... (Collaboration spéciale, Patricia Cloutier) - image 4.0

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Maxime Boivin, 6e année, avec l'agente de prevention Melissa Martin.

Collaboration spéciale, Patricia Cloutier

Au premier jour de classe lundi, quelques parents pressés ont déjà reçu des contraventions parce qu'ils roulaient trop vite ou dépassaient un autobus scolaire avec ses feux clignotants allumés près des écoles de Québec.

«Je le répète souvent, mais n'attendons pas qu'il arrive un événement malheureux pour faire quelque chose», a lancé Carole Lefebvre, directrice de l'école primaire Notre-Dame-du-Canada, devant les parents venus reconduire leur progéniture en matinée.

Plusieurs policiers de la Ville de Québec étaient en action près de cette école, située sur la rue Chabot. Une rue large, propice aux excès de vitesse, aux demi-tours et au stationnement en double. Rappelons que la limite de vitesse aux abords de toutes les écoles est de 30 km/h.

Pour l'occasion, de jeunes brigadiers ont eu l'occasion de manipuler un vrai radar de police. Maxime Boivin, élève de sixième année, a intercepté des véhicules roulant à plus de 50 km/h près de son école et a remis des avertissements.

Les policiers ont quant à eux remis deux contraventions à des conducteurs qui ont dépassé un autobus scolaire qui avait ses clignotants allumés. Une infraction qui a valu aux contrevenants une amende de 311 $ et 9 points d'inaptitude.

Maxime Boivin remet un advertisement pour exces de... (Collaboration spéciale, Patricia Cloutier) - image 5.0

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Maxime Boivin remet un advertisement pour exces de vitesse pres de son ecole.

Collaboration spéciale, Patricia Cloutier

La plupart du temps, ce sont les parents qui commettent les infractions au Code de la route parce qu'ils se disent qu'ils connaissent bien le secteur, et qu'ils sont pressés d'aller au travail.

«On vit dans une société où on est tellement pressés, on veut aller vite. On est comme habitués à notre secteur et on se dit qu'on peut aller vite», commente le conseiller municipal Patrick Voyer. 

C'est pourquoi la police de Québec est davantage aux aguets et fait de la prévention à toutes les rentrées scolaires. Ce qui a tout de même porté ses fruits ces dernières années. 

«Il y a moins d'infractions, les gens sont beaucoup plus sensibles qu'ils l'étaient avant», souligne M. Voyer. 

À Québec, 60 % des enfants vivent à moins de 1 km de leur école et sont donc susceptibles d'y aller à pied.

Tout le mois de septembre, la Ville de Québec déploiera davantage d'effectifs policiers pour faire respecter la réglementation près des établissements scolaires.

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