L'art d'être présent, mais pas trop dans le parcours scolaire de son enfant

Les études sont formelles : l'implication des parents dans le parcours scolaire... (Infographie Le Soleil)

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(Québec) Les études sont formelles : l'implication des parents dans le parcours scolaire des enfants favorise leur réussite. Oui, mais comment faire? Comment les aider dans leurs devoirs, comment les motiver tout en ne devenant pas un deuxième prof? Pour la rentrée, Le Soleil a consulté des spécialistes de la question. Mardi prochain, puis tous les lundis de septembre, elles nous partagent leurs trucs. (1er de 5)

«Enlevez vos mains de son sac d'école!» C'est ce que répète sans cesse Marie-Claude Béliveau aux parents qui viennent la consulter. Parce que ce sont les devoirs et les leçons de l'enfant, pas les leurs.

Ces dernières années, Mme Béliveau, qui est orthopédagogue, psychoéducatrice et auteure, a souvent vu défiler des parents pleins de bonnes intentions, mais qui voulaient trop en faire. «Il faut rester autour du cercle d'école, pas avoir les deux pieds dedans», illustre-t-elle.

C'est-à-dire qu'à la maison, il faut établir un rythme de vie gagnant pour l'enfant, afin qu'il ait des heures de sommeil en quantité suffisante, un bon déjeuner, et un endroit qui lui convient pour faire ses devoirs, au moment le plus opportun dans la dynamique familiale, le soir ou la fin de semaine.

Mais quand vient le temps d'ouvrir le sac d'école, l'agenda et de sortir le bon cahier, c'est à l'enfant de le faire. «Il ne faut pas s'asseoir à côté de lui, même en première année. On reste pas loin, alors qu'on fait la vaisselle ou qu'on regarde la télé dans le salon. S'il a des questions, il va le dire», soutient Mme Béliveau. 

Comme parent, on peut aussi contrôler la période de temps allouée aux devoirs, afin que l'enfant se concentre et n'étire pas indûment la sauce. 

Si un parent est trop «envahissant», certains enfants vont hausser le ton, mais d'autres ne sauront pas comment le dire. Ils se mettront alors à ne plus faire d'efforts pour apprendre, à devenir amorphes et leurs notes pourraient en souffrir. «C'est une forme d'opposition au parent, une façon de dire non au contrôle», explique Mme Béliveau. 

Le problème, selon elle, est que certains parents ont peur de se faire accuser de «négligence parentale». Mais elle rappelle que le rôle de l'enseignant et celui de parent est très différent. «Il ne faut pas que les devoirs et leçons deviennent source de conflits et que ça déborde dans toute la vie familiale [...] La relation pédagogique, c'est entre l'enfant et son prof.»

Tout comme Mme Béliveau, la psychoéducatrice Solène Bourque suggère plutôt de soutenir l'enfant, en le poussant à devenir autonome le plus rapidement possible. «C'est sûr qu'en première année, l'enfant va avoir besoin de plus d'aide. Mais on évalue qu'à partir de la 3e année, il doit être capable de faire ses devoirs entièrement seul», explique-t-elle. 

Même s'il peut être tentant pour certains parents de se replonger dans des notions scolaires, Mme Bourque les met en garde. Il ne faut pas écrire à la place de l'enfant, préparer son exposé oral ou faire des recherches sur Internet pour lui. 

«On ne devrait pas avoir à jouer au petit professeur à la maison, en puisant dans nos souvenirs de 25, 30 ans pour résoudre un problème de mathématiques par exemple», indique Mme Bourque. 

Le parent devrait plutôt laisser l'enfant appeler un camarade de classe, Allô-prof ou tenter de lui faire remonter en mémoire les stratégies vues ces derniers jours. Si rien ne fonctionne, il peut laisser une petite note dans l'agenda soulignant à l'enseignant que malgré le travail effectué, l'enfant n'a pas été capable de résoudre le problème, et qu'il faudrait revoir des notions avec lui. 

C'est que les stratégies d'apprentissage ont bien changé et l'enfant peut facilement être déboussolé. «Il faut éviter de tomber dans le piège de vouloir à tout prix trouver toutes les réponses», indique Mme Bourque.

Le rôle du parent consiste plutôt à développer la curiosité de son enfant dans différentes situations, et à faire le lien entre ce qu'il apprend à l'école et la vie quotidienne, selon les deux expertes.

Faire face aux imprévus

À la rentrée scolaire, il faut éviter de dépeindre un monde tout rose aux enfants. «Quand vous dites à votre enfant : "Inquiète-toi pas, tu vas avoir des amis, tu vas avoir un bon prof", eh bien, ça se peut que ça ne se passe pas exactement comme ça. L'enfant risque de lancer son sac à dos en revenant de l'école et de dire que vous lui avez menti», explique la psychoéducatrice Solène Bourque.

Il vaut mieux brosser un portrait réaliste, en lui disant qu'il peut y avoir des pépins dans la vie, mais qu'il va être capable de trouver des solutions.

Encore là, il faut encourager l'autonomie de l'enfant lorsque quelque chose ne va pas, en lui proposant d'aller parler lui-même à son ami ou à son enseignant. «Même un enfant de six ans est capable de faire ça. Il a les capacités de régler ses propres difficultés», croit Mme Bourque.

Les parents devraient mieux outiller l'enfant à faire face aux défis plutôt que d'essayer «d'aller tout gérer eux-mêmes à l'école», croit Mme Bourque.

Le portrait n'est par contre pas tout noir, selon Corinne Payne, présidente de la Fédération des comités de parents. «Je vais vous dire que 90 % du temps, ça va très bien entre l'équipe-école et la famille. Tout le monde comprend qu'on est là pour nos enfants et qu'on doit travailler en équipe», croit-elle.

Mais il arrive que certains enseignants ou écoles communiquent moins bien, ce qui cause de la frustration à la maison, ou que certains parents veuillent défier les consignes de l'école. «Les parents rois et les enfants rois, ça existe. On ne peut pas défendre l'indéfendable», lance Mme Payne.

Elle conseille aux parents d'aborder le bon problème à la bonne personne dans l'école. Il peut être avisé de prendre un rendez-vous, même si c'est pour une conversation de 10 minutes. «Tu peux pas arriver à l'école et penser qu'ils vont avoir le temps de te rencontrer sur-le-champ, comme ça», explique Mme Payne.

Enfin, vaut mieux ne pas utiliser les enfants pour passer ses messages. «S'il vous plaît, ne partagez pas votre stress et vos problèmes d'adultes avec les enfants. Laissez-les à l'extérieur de tout ça!» implore Mme Payne. 

Des devoirs... ou pas?

Scientifiquement, rien ne prouve que les devoirs et les leçons ont un effet positif sur la réussite scolaire. C'est ce que statuait le Conseil supérieur de l'éducation en 2010. Depuis, quelques enseignants ont commencé à en diminuer la quantité. D'autres ont adopté la classe inversée. C'est-à-dire que l'enfant doit lire un chapitre ou regarder une vidéo qui explique de nouvelles notions à la maison et faire les exercices et la révision en classe. Certains profs ont carrément éliminé les devoirs, mais ils sont encore loin d'être la majorité. «Comme parent, il faut respecter le fait que les enseignants sont des spécialistes de l'éducation et leur faire confiance», croit la psychoéducatrice Solène Bourque. Par contre, ces changements peuvent créer des tensions à la maison. Mme Bourque raconte qu'une année, son fils n'avait pas de devoirs à faire, alors que sa fille en avait. «Elle trouvait ça bien frustrant.» Dans ce cas, comme parent, on peut quand même allouer un moment spécifique aux devoirs, et l'enfant qui n'en a pas pourra alors lire ou jouer à un jeu éducatif.  

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