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Pas de toit en ville pour une école musulmane

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La directrice et fondatrice de L'École de l'Excellence, Amira Boulmerka, soutient que le projet d'école qu'elle a démarré s'inscrit dans une logique de rétention des nouveaux arrivants.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Forcée de déménager, la seule école primaire de Québec offrant un programme axé sur les valeurs musulmanes et l'enseignement de l'arabe risque de fermer à la fin juin. Après deux ans de recherches, la direction est incapable de trouver de nouveaux locaux. La nature du projet éducatif que propose l'établissement semble freiner les locateurs potentiels, se désole la fondatrice de l'école.

Amira Boulmerka a reçu vendredi la lettre qui confirme le non-renouvellement du bail. D'ici peu, le bâtiment du quartier Montcalm qui abrite les élèves de L'École de l'Excellence, avenue de Lévis, deviendra un immeuble de condominiums. Les intentions du promoteur étaient connues. C'est pourquoi la direction a entamé des démarches en 2014 pour dénicher un nouveau toit, en vain.

Pourtant, son champ de recherches s'étend de l'avenue d'Estimauville à l'autoroute Duplessis, d'est en ouest, et de l'autoroute Félix-Leclerc au fleuve, du nord au sud. «Nous avons approché neuf propriétaires d'immeubles, sans succès. Même quand on avait l'impression d'avoir trouvé ce qu'il fallait, il y avait toujours quelque chose qui faisait avorter la location», explique la directrice et fondatrice de l'école. 

Mme Boulmerka pensait bien avoir trouvé il y a un peu plus d'un an. Le bâtiment était bien situé. Il restait à l'aménager. Elle en était à choisir le revêtement de plancher. Des parents d'élèves avaient même accepté de mettre en garantie leur résidence dans le cas où l'école ne pourrait honorer son bail d'une durée de 15 ans. Pour un motif encore obscur aujourd'hui, le locateur a changé d'idée tout juste avant la signature.

«Je ne dis pas que chaque refus est dû au seul fait que l'école enseigne à des élèves de confession musulmane. Parfois, ç'a pu être un frein», a-t-elle ressenti. Le sujet est toujours délicat. La femme d'origine algérienne, arrivée au pays en 2000, a hésité avant d'expliquer la situation au Soleil. Mais elle ne peut se résigner à voir disparaître l'école qui fêterait sa 10e rentrée à l'automne. 

Outil de rétention

«On ne peut plus s'en passer, lance Mme Boulmerka, faisant référence au fait que le nombre d'élèves est passé de 16 la première année à 105 en septembre 2015. L'école fait maintenant partie du portrait pour la communauté musulmane de Québec. Sa présence peut faire pencher la balance entre rester à Québec ou déménager à Montréal», explique celle qui avait songé à s'établir dans la métropole lorsque son aînée a atteint l'âge de fréquenter l'école. L'ingénieure chimiste de formation a préféré demeurer dans la capitale et ouvrir une école privée. Elle devait être bénévole sur un comité de fondation, elle est devenue directrice de la maison d'enseignement.

L'École de l'Excellence est agréée par le ministère de l'Éducation. Cependant, elle ne reçoit aucune subvention, d'où ses maigres ressources financières qui l'empêchent de devenir propriétaire. Elle avait bien pensé acheter le bâtiment de l'école privée Vision de Sillery, fermée en 2015. Trop cher.

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D'ici peu, le bâtiment du quartier Montcalm qui abrite les élèves de L'École de l'Excellence, avenue de Lévis, deviendra un immeuble de condominiums.

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Manque de temps

Le personnel enseignant, Québécois «de souche» comme ceux issus de la communauté arabe, suit à la lettre le même programme que toute autre école. La religion se pratique dans le cadre d'activités parascolaires. «Nous sommes ouverts sur notre environnement. On souhaite seulement trouver un endroit où enseigner l'arabe et transmettre les valeurs musulmanes aux enfants de la communauté», plaide-t-elle. Mais ça semble difficile.

La directrice a tenté d'établir des contacts avec la Commission scolaire de la Capitale pour occuper des locaux potentiels laissés vacants dans une école du territoire. «Ça nous apparaissait logique parce que tout est déjà aménagé pour accueillir des classes.» À ce jour, elle n'a reçu aucun retour d'appel. 

Elle a aussi communiqué avec le diocèse de Québec qui lui a répondu qu'il n'y avait aucune église fermée actuellement disponible pour la location d'espaces. 

Enfin, elle a appelé la Ville de Québec en début d'année pour voir l'opportunité de louer des locaux. Cette fois, les réponses tardent. 

Le problème est que Mme Boulmerka manque de temps. La rentrée scolaire 2016 est compromise. Les parents sont évidemment inquiets parce qu'il faudra inscrire les enfants ailleurs. De plus, le personnel n'attendra pas indéfiniment avant de tenter de trouver un emploi dans un autre établissement. 

La fondatrice souhaite simplement que quelqu'un, quelque part, entende son appel à l'aide. Pour l'heure, l'école est dans un cul-de-sac. Et ce n'est pas faute d'avoir essayé de trouver une issue. Malgré tout, elle garde espoir. «Je suis toujours optimiste. Je ne peux croire qu'il n'y a pas un endroit dans la ville où nous pourrions emménager.»

Dans un contexte où la société québécoise veut bien accueillir et intégrer les immigrants, la directrice soutient que le projet d'école qu'elle a démarré s'inscrit dans une logique de rétention des nouveaux arrivants.

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