Mai, le mois des «maudits» Cubes énergie

À Saint-Antoine-de-Tilly, la vie de famille d'Isabelle Bouchard... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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À Saint-Antoine-de-Tilly, la vie de famille d'Isabelle Bouchard et de Maxime Bégin n'a pas été trop bouleversée par les Cubes énergie. Cette famille déjà active profite plutôt de l'occasion pour bouger ensemble.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Adorés des uns, détestés des autres, les Cubes énergie sont aujourd'hui bien ancrés dans le quotidien de 70 % des enfants d'âge primaire au Québec... et de leurs familles.

Pour les non initiés, un Cube énergie représente 15 minutes d'activité physique. L'enfant doit compter le nombre de Cubes énergie qu'il accumule chaque semaine avec sa famille au cours du mois de mai et l'inscrire dans un cahier. Plus son école ou sa garderie en accumule, plus elle a de chances de gagner le grand prix : aller faire dodo au Stade olympique et passer une journée à la Ronde, à Montréal. 

Inventés par le célèbre cycliste Pierre Lavoie et sa fondation, les Cubes énergie n'ont cessé de se multiplier depuis huit ans. Cette année, 1331 écoles et 520 centres de la petite enfance ont décidé d'en accumuler. C'est dire que près de trois Québécois d'âge primaire sur quatre participent au projet.  

«On croit avoir un peu inversé la vapeur. Au lieu que ce soit les parents qui demandent à leurs enfants d'aller jouer dehors, c'est l'enfant qui tire sa famille à l'extérieur pour courir ou faire du sport», soutient Stéphanie Charette, directrice des communications pour la Fondation du Grand défi Pierre Lavoie. 

Chaque année, certaines familles sont heureuses de participer à cet effort printanier, tandis que pour d'autres, il représente une véritable corvée. Dans ses conférences, Pierre Lavoie admet lui-même qu'il existe deux types de cubes: les cubes énergie pour les enfants, et les «maudits cubes» pour les parents.  

«Oui, c'est vrai que ça dérange certaines familles, c'est vrai que c'est exigeant. Mais nous, on croit qu'opérer un changement dans une société, c'est difficile et ça demande des efforts» explique Mme Charette, dont la fondation lutte contre l'obésité infantile. 

La fondation a calculé qu'en mai, tous les participants accumulent en moyenne 14 heures d'activité physique par semaine, en comptant les heures faites par papa, maman, les frères, les soeurs et même les grands-parents. Aucune étude d'impact approfondie n'a encore été menée pour mesurer l'apport des Cubes énergie à la santé des jeunes, mais la fondation espère en réaliser une pour le 10e anniversaire de l'activité. 

Afflux dans les rues

Dans certaines municipalités, l'engouement pour les Cubes énergie est tellement fort qu'il est visible dans la rue. «En 2014, le village au complet était tellement crinqué que le soir, après souper, il y avait des gens partout dehors dans leur cour», raconte Isabelle Bouchard, de Saint-Antoine-de-Tilly. Cette année-là, l'école avait été parrainée par une équipe de la Sûreté du Québec, qui participait au Grand défi Pierre Lavoie, la longue randonnée cycliste s'adressant aux adultes. L'argent amassé a permis de construire un mur d'escalade dans la municipalité. 

Mère de Manuel, 12 ans, de Marika, 9 ans et de Matteo, 4 ans, Isabelle Bouchard se prête sans rechigner au jeu des cubes. Avec son conjoint Maxime, ils font du basket après le souper, du vélo, de la course ou vont au parc dans les modules de jeux. «Pour moi, ça n'a pas changé grand-chose parce que je suis déjà active. Mais ça fait en sorte qu'on passe plus de temps en famille. Au lieu d'aller courir sur l'heure du midi, je le fais avec les enfants», raconte-t-elle. 

Parents sollicités

«Mais je peux comprendre que ça tape sur les nerfs de plusieurs parents. Parce que remplir les carnets, ça s'ajoute aux trois millions d'affaires qu'il faut faire pour l'école», dit-elle. Elle raconte qu'à l'école de la Clé-d'Or, les enseignants font un effort pour ne pas donner trop de devoirs aux enfants durant le mois de mai, pour qu'ils aient le temps de bouger le soir. 

Josée Lessard, une enseignante de la Beauce, aime bien amasser des cubes avec ses enfants. «Mais comme enseignante, notre école a choisi de ne pas participer au défi parce que nous avons beaucoup de commentaires de parents qui trouvent qu'on leur en demande déjà beaucoup», dit-elle.

Un succès de marketing social décortiqué

Les Cubes énergie ne sont pas une activité obligatoire du ministère de l'Éducation. Mais force est d'admettre que plusieurs écoles l'ont adoptée et n'en démordent pas. Pourquoi fonctionne-t-elle plus qu'une autre?

Le Soleil a posé la question à Christian Désîlets, professeur au département de communication à l'Université Laval, qui a accepté d'analyser ce succès de marketing social. «Ce programme-là est très simple, mais il active plusieurs facteurs de succès», dit-il. 

D'abord, l'activité est amenée comme un jeu, avec un carnet amusant et coloré. «L'aspect plaisir est important pour les enfants», dit-il. Ensuite, l'accumulation de cubes représente une forme de défi, avec des niveaux à atteindre, selon le rythme de chacun. «Le défi est découpé en plusieurs tranches, avec des cubes bronze, argent et or. C'est un facteur de stimulation», explique-t-il. 

Visualiser l'effort

Même s'ils n'existent que sur papier, les cubes sont aussi une façon de «visualiser l'effort», l'exercice qui a été fait. L'enfant est aussi libre de faire le sport qu'il préfère, pourvu qu'il bouge, ce qui n'est pas contraignant. Pour M. Désîlets, pour qu'elle fonctionne, il est important que l'activité soit individualisée. «Pour motiver une population d'enfants, il ne faut pas faire des programmes uniquement compétitifs ou d'autres qui ne le sont pas du tout. Dans ce cas-là, l'enfant peut accumuler des cubes pour lui même ou se mesurer aux autres. C'est l'enfant qui établit lui-même son objectif et son degré de compétitivité.» 

Bien sûr, Pierre Lavoie n'a pas inventé la roue avec ses cubes. Des programmes de motivation en lecture, où tous les 15 minutes sont calculés, existent aussi dans les écoles. 

Reste que celle-ci est très rassembleuse. Ariane Bélanger-Gravel, une collègue de M. Désîlets, croit que l'activité est tellement présente partout que l'enfant peut aussi vouloir se «conformer à la norme» et «répondre à une demande» qui lui vient directement de l'école, comme un devoir.  

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