Incursion dans une école primaire 100 % tablette

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Pour Myriam Nejmi, enseignante de 3e année, la tablette permet le plaisir d'apprendre, dans la collaboration et le travail d'équipe.

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(Québec) Lors de son ouverture en septembre, l'école primaire de l'Étoile, à Lévis, a mis un iPad entre les mains de tous ses élèves. Rapidement, l'outil a changé la façon d'enseigner des profs, la façon d'interagir des enfants et la communication avec les parents. Incursion dans la seule école primaire publique 100 % technopédagogique de la grande région de Québec.

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Le mobilier de l'Étoile a été pensé pour que les enfants puissent être un peu plus libres de leurs mouvements. Les pupitres à roulettes n'appartiennent à personne et sont souvent déplacés pour faire du travail d'équipe. 

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Les petits qui fréquentent aujourd'hui la maternelle sont nés la même année que le iPad, fait remarquer Chantal Dumont, directrice de l'école de l'Étoile, dans le secteur Saint-Nicolas. «C'est simple, on veut leur permettre d'apprendre avec les outils de leur génération.» Parce que pour elle, il est clair que la tablette doit être au service de l'enseignement, et non le contraire. 

Lors de la visite du Soleil dans la classe de 3e année de Myriam Nejmi, les enfants devaient inventer une phrase qui ne contient pas la lettre «O», pour ensuite la publier sur Twitter. L'enseignante a laissé les enfants libres d'utiliser l'application de leur choix pour travailler (Popplet, Pic Collage, etc.) Certains ont préféré tendre le bras vers leur crayon et griffonner leurs idées dans un bon vieux cahier Canada, présent sur la plupart des pupitres. 

Lorsque tous ont eu terminé, ils étaient nombreux à vouloir afficher leur phrase sur le tableau blanc interactif à l'avant pour en discuter avec les autres. «Antoine, peux-tu sortir, s'il vous plaît?» lance Mme Nejmi. Antoine n'avait rien fait de mal et n'était pas invité à aller dans le corridor. Dans une classe techno, cette phrase veut seulement dire que l'enseignante souhaite reprendre le contrôle du tableau.

Dans la salle du personnel après la dernière cloche, les enseignants étaient nombreux à vouloir témoigner de leur expérience des derniers mois. «Personnellement, je commençais à être un peu blasée de l'enseignement traditionnel, qui est dans le fond un peu magistral, et où on remplit des cahiers d'exercices», explique Mme Nejmi. 

«On sait que c'est vers ça que le ministère [de l'Éducation] s'en va, le numérique. Alors la construction d'une nouvelle école, c'était comme la chance à prendre pour dire : OK, on y va», explique Mme Dumont. Bien sûr, la directrice a pu compter dès le départ sur une équipe d'enseignants motivés, qui avaient le goût d'innover et qui ont mis les bouchées doubles (triples, diront certains) pour bâtir un style d'enseignement compatible avec la tablette. 

«Des applications, il y en a des tonnes et des tonnes. Mais il faut trouver le besoin, trouver laquelle va répondre à mon besoin pédagogique», explique Carl Parent, enseignant de 5e année à l'Étoile devenu ces derniers mois conseiller pédagogique en intégration technologique à la commission scolaire des Navigateurs. 

Comme la commission scolaire a acheté près de 2000 iPad cette année, utilisés pour la plupart au primaire, elle a demandé à M. Parent de former les enseignants qui les utilisent. Toutes les formations sont données à l'Étoile, question que les profs se plongent dans le bain. 

«La tablette fait en sorte qu'on travaille dans des contextes réalistes. Quand les enfants vont écrire, ils savent pourquoi. Soit que c'est pour publier sur un blogue, soit pour écrire à leurs parents ou autre. Ils écrivent pour vrai, pas juste parce qu'on est rendus à telle page du cahier», exprime Sandra Couture, enseignante de 1re année. 

«Au début, ça a été un peu plus difficile pour tout le monde. Il a fallu aider les parents à se créer des comptes des applications qu'on avait choisies pour assurer la communication avec eux. Mais maintenant, on sauve du temps, c'est fou! Tous les travaux de mes élèves sont déposés dans un portfolio numérique et je peux voir si les parents les ont consultés», explique pour sa part Sandra Vachon-Roseberry, enseignante de 1re et 2e année. 

En début d'année, des parents étaient inquiets que leurs petits de maternelle passent trop de temps sur la tablette au lieu de bouger ou que ceux de 1re année n'apprennent pas à écrire à la main. «Il a fallu en rassurer quelques-uns, mais c'est normal», souligne Mme Dumont. 

Philippe Vézina, élève de 5e année, trouve que le travail en classe est plus facile avec un iPad. «C'est moins long écrire et c'est plus facile de chercher dans le dictionnaire», dit-il. Ces prochaines années, l'équipe de l'Étoile veut pousser encore un peu plus loin son côté techno. Les iPad pourraient par exemple être utilisés en éducation physique, où la vidéo au ralenti est un précieux outil pour analyser les mouvements.

Debout, assis, sur un coussin?

Le mobilier de l'Étoile a été pensé pour que les enfants qui ont la bougeotte puissent être un peu plus libres de leurs mouvements et avoir le choix. L'ambiance de la salle de classe est décontractée, ressemblant justement à celle des entreprises de nouvelles technologies. Les chaises ont été pensées pour qu'on puisse s'y asseoir à califourchon; il y a des pupitres bas et d'autres plus hauts, près desquels on peut rester debout. D'autres élèves préfèrent s'asseoir dans le coin des coussins. Les pupitres à roulettes n'appartiennent à personne et sont souvent déplacés pour faire du travail d'équipe. Les enfants placent leur matériel sur une étagère et changent de place et de position d'apprentissage au gré des périodes de la journée.

Pas de notes, beaucoup de commentaires

Avant la 4e année du primaire, les enseignants essaient de donner le moins de notes possible à leurs élèves. «On veut être dans le plaisir d'apprendre, dans la collaboration, le travail d'équipe», explique Myriam Nejmi. Ils évaluent plutôt leurs apprentissages et consignent les résultats dans un bulletin facilement accessible sur le Web ou via une application... mais destiné aux parents seulement. Sur sa copie de travail ou d'examen, l'enfant verra plutôt de nombreux commentaires. Il pourra même parfois les entendre. «C'est devenu plus rapide de m'enregistrer quand je corrige le soir. Je dis à l'élève par exemple : "Tu as oublié ton point à la fin de ta phrase, fais attention au pluriel de tel mot"», illustre-t-elle. Le lendemain en classe, les enfants mettent leurs écouteurs et peuvent écouter la correction du travail, ce qui la rend plus dynamique.

La théorie à la maison, les devoirs en classe

La technologie permet aux enseignants d'adopter le style de la classe inversée, qui gagne en popularité au Québec. Les profs se filment en train de donner la théorie en mathématiques, par exemple, et leurs élèves doivent écouter cette vidéo le soir, à titre de devoir. «Moi, en classe, j'aurais des élèves qui regardent dehors, d'autres qui se lèvent pour aller à la toilette et d'autres qui dérangent un peu. Il y a vraiment un temps de qualité d'écoute en vidéo. Et le lendemain, on les fait travailler», explique Carl Parent. Comme tous les exercices se font en classe, l'enseignant peut renchérir, réexpliquer et répondre aux questions. «Ça fait moins de temps d'enseignement à proprement dit, mais beaucoup plus de temps de soutien avec les élèves», ajoute-t-il.   

L'impression de jouer

«J'ai demandé à un élève il y a quelques semaines : "Qu'est-ce que t'as fait aujourd'hui à l'école?" Et il m'a répondu : "J'ai joué!" Je pense que ça résume bien les commentaires qu'on a. C'est ce que les élèves ont l'impression de faire», soutient Carl Parent. Selon lui, les apprentissages sont les mêmes, mais le caractère ludique de la tablette augmente la motivation d'un cran. Par exemple, réciter par coeur 10 mots d'orthographe chaque jour peut devenir lassant. Mais les écrire correctement dans une application qui fait résonner une petite cloche à chaque bonne réponse devient amusant. Dans la classe de Sandra Vachon-Roseberry, les activités récompense préférées du vendredi sont Math Fight ou un jeu pour apprendre l'heure. «Si l'horloge a une face de crocodile et fait un beau sourire quand tu l'as, ah ben là, c'est gagné!» lance-t-elle en riant.

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