L'intégration des élèves en difficulté est allée trop loin, selon une étude

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Lia Lévesque
La Presse Canadienne
Montréal

Une recherche effectuée pour le compte d'un regroupement de syndicats d'enseignants confirme ce que ceux-ci disent depuis des années: l'intégration des élèves en difficulté dans les classes ordinaires est allée trop loin. Les enseignants se sentent déchirés et démunis.

L'étude, présentée mardi à la presse, a été réalisée par trois chercheurs de l'Université du Québec à Montréal. Elle a été financée par la Fédération autonome de l'enseignement, qui représente 34 000 enseignants du primaire et du secondaire, soit le tiers d'entre eux. Quelque 500 enseignants dans neuf commissions scolaires ont participé à cette recherche, qui s'est étalée sur trois ans.

«Tous les enseignants que nous avons consultés sont d'accord pour intégrer les élèves en difficulté, mais à des conditions qui tiennent la route. Il ne faut pas partir avec cette idée fausse que les enseignants sont contre les élèves en difficulté, bien au contraire. Ils se sacrifient, à certains moments, largement pour eux», a résumé le chercheur et responsable de l'étude, Gérald Boutin.

Trop nombreux par classe

Il ressort de l'étude que les enseignants trouvent que les élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage (EHDAA) sont parfois trop nombreux dans les classes et que certains cas sont trop lourds pour une classe dite ordinaire.

De plus, les enseignants disent manquer de ressources. Le dépistage n'est pas toujours fait adéquatement et à temps.

«Pour avoir des services dans les écoles, il faut qu'on parle fort, il faut qu'on se batte. La liste d'attente est longue; donc c'est à qui parlera le plus fort. À la maternelle, on a des fois des élèves qui ne parlent pas. On nous dit que ce n'est pas encore assez dramatique. Moi, je reçois des élèves en 5e année, parfois, qui ne savent même pas additionner deux nombres simples. Et ça non plus, ce n'est pas encore assez dramatique. On se fait répondre qu'on n'a pas assez d'heures de services et qu'on doit prioriser», a illustré Stéphanie Dubois, enseignante en 5e année en milieu défavorisé à Montréal.

Mme Dubois affirme que non seulement les enseignants, mais aussi les autres élèves sont pénalisés par l'intégration à tout prix. «Pendant ce temps-là, les autres élèves en paient le prix, parce qu'ils ne reçoivent pas l'enseignement auquel ils ont droit», a-t-elle dit.

Pressions des parents

Les enseignants ont aussi rapporté subir des pressions de la part des parents, qui ont des attentes trop élevées en matière d'intégration et de réussite de leur enfant.

Selon l'étude, le nombre d'élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage est passé de 117 000 en 2001 à 176 000 en 2011, soit une augmentation de 50 %.

La FAE, qui a fait de cette question une priorité, notamment lors de la négociation pour le renouvellement de sa convention collective, estime que cette recherche confirme ce qu'elle dit depuis des années.

«Pour nous, c'est l'illustration que l'intégration, telle qu'on la vit actuellement, que ce soit un modèle d'inclusion totale ou d'intégration sauvage - parce que c'est ça, je pense, qu'on doit dire maintenant - c'est allé beaucoup trop loin. Le modèle reflète davantage les conséquences des politiques des 10 à 15 dernières années, dont fait partie la plus récente réforme de l'éducation, au tournant des années 2000 et, bien sûr, les politiques d'austérité et les coupures importantes qu'a vécues particulièrement de plein fouet l'école publique», a opiné la vice-présidente de la FAE, Nathalie Morel.

Ajouter des ressources

À la fin de l'année dernière, le gouvernement du Québec avait réinjecté 80 millions $ dans l'aide aux élèves en difficulté, afin d'ajouter des ressources.

De plus, lors du dernier budget, le ministre des Finances, Carlos Leitao, a annoncé un réinvestissement de 1,2 milliard $ sur trois ans en éducation, dont 700 millions $ dans les infrastructures scolaires et 500 millions $ dans les différents services aux élèves.

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