Le tutorat en forte croissance au Québec

De plus en plus de parents font appel à un tuteur ou à un service d'aide après... (Fournie par Allô Prof)

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(Québec) De plus en plus de parents font appel à un tuteur ou à un service d'aide après l'école pour améliorer les notes de leur enfant. Parce qu'ils ont moins de temps pour faire les devoirs, parce que l'école manque de ressources ou parce que l'élève a besoin de raffiner ses techniques d'étude.

La tendance nord-américaine, voire mondiale, frappe aussi le Québec. Portrait du marché.

• Services scolaires

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Les propriétaires de Services scolaires, Simon Rôche et Stéphan Baillargeon

Fournie par Services scolaires

Agence développée par deux professionnels de l'éducation il y a huit ans, Services scolaires offre une boîte à outils qui permet d'évaluer la façon d'apprendre de chaque enfant et de s'y adapter.

«Notre but, c'est de donner des trucs à l'élève pour qu'il puisse se passer le plus rapidement de nous. Ça fait pas très marketing de dire ça, mais nous, on croit qu'en 15 heures de tutorat, il y a moyen de rendre l'enfant très autonome», explique Simon Rôche, conseiller en orientation à la polyvalente de Saint-Georges.

Lui et son collègue Stéphan Baillargeon, conseiller pédagogique à la commission scolaire Beauce-Etchemin, ont eu l'idée de démarrer cette entreprise parce qu'ils se rendaient compte que plusieurs parents ne se sentaient plus aptes à aider les enfants dans leurs devoirs. «Avec la réforme, la façon d'enseigner a beaucoup changé, alors c'est là qu'on vient donner un coup de main», explique M. Rôche. 

Leurs services sont offerts par une centaine de tuteurs répartis un peu partout au Québec, sauf en Beauce, question que leur Services scolaires n'interfère pas avec leur emploi régulier.

«On est une petite entreprise, à l'échelle humaine, mais on souhaite prendre de l'expansion parce qu'on voit que la demande est là», ajoute M. Rôche. 

Coût : 38 $ l'heure

• La Cote

Pierre-Yves Mathieu et Louis Prevost, deux étudiants en... (Le Soleil, Yan Doublet) - image 5.0

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Pierre-Yves Mathieu et Louis Prevost, deux étudiants en physique de l'Université Laval, ont lancé le répertoire Web La Cote. 

Le Soleil, Yan Doublet

Dans la mouvance de l'économie de partage, la nouvelle plate-forme La Cote cherche à démocratiser le travail de tuteur. Ce sont deux étudiants en physique de l'Université Laval qui ont lancé ce répertoire Web en septembre. Leur initiative leur a déjà valu deux prix au Concours d'idées d'entreprises d'Entrepreneuriat Laval.

Leur but? Répondre à un besoin des familles pour moins cher, tout en offrant un travail intéressant aux universitaires. «Pour un étudiant, c'est vraiment plus payant que de tourner des boulettes chez McDo», lance Pierre-Yves Mathieu. 

Son collègue Louis Prévost est entré dans l'aventure parce qu'il avait de la difficulté à promouvoir ses services de tutorat directement aux parents. «Avec les coupes qu'il y a eu dans plusieurs écoles sur l'aide aux devoirs, on arrive pile pour combler un trou qui est en train de se faire», dit-il. 

Déjà, quelque 200 tuteurs se sont inscrits sur lacote.ca. Les entrepreneurs ne prélèvent aucuns frais de gestion, si bien que l'argent passe directement du parent au tuteur. «Dans les agences, c'est 33 % à 50 % du prix payé qui va dans les frais de gestion», explique M. Mathieu.

Pour rentabiliser leur produit, les hommes d'affaires ont développé un algorithme qui permet de transformer les évaluations des parents en une cote, qui peut être achetée par le tuteur et lui permet ainsi de se démarquer et d'obtenir plus de contrats.

Leur site devrait bientôt être traduit en anglais, question d'occuper le marché également au Canada anglais et aux États-Unis.

Pierre-Yves Mathieu, qui a été tuteur tout au long de ses études, explique qu'il était vu par l'enfant ou l'adolescent comme un ami ou un modèle, pas une figure d'autorité. «Avoir un tuteur pour ses études, c'est comme avoir un coach dans le sport. Ça aide vraiment.»

Coût : variable selon les tuteurs, entre 20 $ et 45 $ l'heure

• Succès scolaire

Une des plus grandes agences de tutorat au Québec, Succès scolaire distribue des contrats à 600 tuteurs, en plus d'avoir 22 employés à son siège social de Montréal. 

«On est une entreprise en croissance. Pour 2015, on a connu une augmentation de clientèle d'au moins 30 %», souligne le président Benoit Archambault, qui a lancé l'entreprise il y a 10 ans. 

Selon lui, plusieurs facteurs peuvent expliquer la popularité du recours aux tuteurs. D'abord, les gens se rendent compte que l'approche individuelle donne de bons résultats. «C'est impossible pour un prof qui a 30 enfants dans sa classe de prendre cette approche-là. Alors nous, on est un complément», explique-t-il. 

De tuteur à mentor

Il croit aussi que le lien psychologique qui se développe entre l'élève et le tuteur est très important. «Le tuteur devient un mentor.»

En général, ceux qui travaillent chez Succès scolaire sont des étudiants en enseignement, qui choisissent ce travail à temps partiel pour gagner en expérience et payer leurs études. «Notre rôle, c'est de filtrer les candidats et de retenir les meilleurs. On vérifie aussi leurs antécédents judiciaires, ce qui est rassurant pour les parents.» 

Comme les tuteurs de Succès scolaires sont la plupart du temps des universitaires, ils sont plus nombreux dans les grands centres urbains. Par contre, l'agence a développé un service de tutorat par webcam pour combler les demandes reçues des régions plus rurales. 

Coût : environ 40 $ l'heure

› Kumon

S'éloignant du service à domicile, Kumon offre plutôt des centres d'apprentissage de l'anglais et des mathématiques, qui n'ont jamais été aussi populaires au Québec, avec une augmentation de 17 % du nombre d'inscriptions en 2015. Concentrés dans la grande région de Montréal, les centres Kumon cherchent maintenant à vendre des franchises pour s'installer un peu partout en province, notamment à Québec.

«Les parents sont très occupés, ils travaillent beaucoup, ils sont pris dans le trafic. Alors ils n'ont pas beaucoup le temps de s'asseoir pour travailler des notions avec les enfants», soutient Lise Couture, instructrice Kumon à Brossard. 

La méthode Kumon, conçue par un père et enseignant japonais dans les années 50, est basée sur la répétition. «Ils doivent travailler fort et pratiquer les concepts jusqu'à ce qu'ils les maîtrisent», explique Mme Couture. Le développement de saines habitudes de travail est aussi enseigné.

Souvent, des parents inquiets pour la réussite de leur enfant vont appeler Kumon en avril, question de le préparer pour les examens de juin. «Pour nous, c'est un peu tard parce qu'on travaille vraiment sur le long terme», lance Mme Couture. Les jeunes qui fréquentent son centre y restent en moyenne trois ans. 

Coût : entre 100 $ et 150 $ par mois, pour deux visites par semaine

› Allô prof

En 2014-2015, Allô prof a enregistré pas moins... (Fournie par Allô prof) - image 11.0

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En 2014-2015, Allô prof a enregistré pas moins de 12,4 millions de recherches formulées sur le Web et de demandes d'aide par texto ou par téléphone. 

Fournie par Allô prof

L'organisme sans but lucratif fête son 20e anniversaire cette année. Financé par le ministère de l'Éducation et plusieurs partenaires publics et privés, Allô prof est en constante progression depuis sa création. En 2014-2015, il a enregistré pas moins de 12,4 millions de recherches formulées sur le Web et de demandes d'aide par texto ou par téléphone. «Ces 10 dernières années, on a toujours eu entre 40 % et 50 % d'augmentation de notre trafic par année», indique Marc-Antoine Tanguay, directeur des communications.

Selon lui, le fait qu'Allô prof développe de plus en plus de contenu en ligne (forums, exercices, vidéos explicatives, bibliothèque virtuelle), contenu qui est accessible 24 heures sur 24, aide à augmenter l'achalandage. Le bouche-à-oreille fait le reste. 

De 17h à 20h du lundi au jeudi, des dizaines de profs se réunissent dans des centres d'appel à Québec et à Montréal pour «débloquer» des élèves qui se butent à un devoir ou un exercice difficile. Au téléphone, l'intervention moyenne dure sept minutes. «C'est pas un service de tutorat, c'est plutôt un service d'urgence. On ressemble plus à Info-Santé qu'à une consultation complète chez le médecin», illustre M. Tanguay. 

Les enseignants qui travaillent chez Allô prof sont souvent en début de carrière et ce boulot de soir leur permet de compléter leur tâche à temps partiel. «Mais on en a qui restent même lorsqu'ils ont du temps plein, parce qu'ils aiment le contact individuel avec l'élève, ce qui n'est pas vraiment possible à l'école.»

La plupart des questions adressées à Allô prof concernent les mathématiques (57 %) et sont formulées par des élèves du secondaire (67 %).

Coût : gratuit

L'avis des comités de parents

Corinne Payne, présidente de la Fédération des comités de parents, voit autant du positif que du négatif dans la montée en flèche du tutorat. «Ce qui est bien, c'est que plus de parents se préoccupent de la réussite de leur enfant, ils veulent lui donner toutes les chances», dit-elle. En contrepartie, cette tendance à se tourner vers le tutorat privé après les classes peut aussi être un signe que l'école québécoise actuelle manque de ressources pour offrir un suivi personnalisé à l'enfant. «Il ne faudrait pas non plus qu'à long terme, ça crée un système à deux vitesses. Les parents qui ont les moyens de payer un tuteur à leurs enfants et ceux qui ne les ont pas», lance-t-elle. 

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