La Capitale-Nationale championne de l'anglais intensif

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L'enseignement intensif de l'anglais en 6e année du primaire est populaire dans la région de Québec, alors qu'environ 1442 élèves étaient inscrits dans un tel programme lors de l'année scolaire 2014-2015.

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(Québec) L'enseignement de l'anglais intensif en 6e année progresse très lentement au Québec. Comme depuis trois ans, les écoles sont libres d'aller de l'avant ou pas avec ce programme, les différences régionales sont marquées. La Capitale-Nationale se distingue toutefois comme la région qui forme le plus d'enfants dans les deux langues.

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Selon des données du ministère de l'Éducation obtenues par Le Soleil, environ 10 % des élèves de 6année du primaire étaient inscrits à l'anglais intensif en 2012-2013. Deux ans plus tard, en 2014-2015, ils étaient 13,3 %. Dans la région de Québec, c'est plutôt de l'ordre de 6 élèves sur 10.

La hausse globale est bien loin de l'objectif que s'était fixé l'ex-premier ministre libéral Jean Charest, qui souhaitait que tous les petits Québécois de 11 ou 12 ans puissent apprendre la langue de Shakespeare pendant la moitié de l'année scolaire, en 2015-2016.

C'était il y a cinq ans. En mars 2013, l'ex-ministre péquiste de l'Éducation Marie Malavoy a mis un frein à l'enseignement de l'anglais intensif, en annonçant qu'il serait facultatif. L'idée avait soulevé tout un tollé dans le monde de l'éducation, surtout chez les enseignants, qui craignaient pour la réussite des jeunes dans les autres matières.

Depuis, il revient à chaque conseil d'établissement, formé de personnel scolaire et de parents, de décider si son école fera entrer le programme d'anglais intensif en ses murs. Ça peut être selon une formule de cinq mois en anglais, cinq mois pour les autres matières, ou toute autre formule qui consacre 40 % du temps d'enseignement à l'anglais, soit en 5e ou 6e année du primaire.

La fin du «mur à mur» a amené les écoles à se prononcer (voir le tableau). Dans certaines régions plus éloignées, soit la Côte-Nord, la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine et le Nord-du-Québec, aucune école n'a jugé bon d'implanter l'anglais intensif en 6e année. En Outaouais, région voisine de l'Ontario, non plus.

D'autres secteurs de la province, comme le Bas-Saint-Laurent, l'Abitibi--Témiscamingue et la Mauricie, font de timides avancées dans cette direction. L'anglais intensif n'est pas très populaire non plus dans les écoles de la grande région de Montréal, surtout si on tient compte de la densité de population.

Quelques régions moins populeuses, comme le Centre-du--Québec et le Saguenay-Lac-Saint-Jean, montrent quant à elles un intérêt marqué pour l'apprentissage de l'anglais. Mais la palme revient à la Capitale-Nationale et à la Chaudière-Appalaches, qui ont plongé à pieds joints dans l'aventure. À Québec et à Lévis, plus de la moitié de toutes les écoles primaires enseignent l'anglais intensif en 6e année.

Élèves motivés

«On a eu un gros boom en 2014-2015 avec plusieurs écoles qui ont embarqué. Ça se passe bien globalement. Les élèves sont motivés, les inquiétudes des parents autant que des profs se sont dissipées», explique Marie-Élaine Dion, porte-parole de la commission scolaire de la Capitale, où 20 écoles primaires sur 40 enseignent l'anglais intensif cette année.

Bien sûr, certaines matières ont dû être réorganisées. Du contenu qui était appris autrefois en 6eannée a été ramené en 5e année. La commission scolaire indique que, grosso modo, «les effets sont positifs. L'anglais intensif ne creuse pas les difficultés pour les élèves qui sont fragiles ou qui présentent des difficultés d'apprentissage», soutient Mme Dion.

À la commission scolaire des Découvreurs, 74 % des élèves de 6e année sont inscrits en anglais intensif. Même constat à la commission scolaire des Navigateurs, à Lévis, où 72 % des élèves suivent le cours.

À la commission scolaire des Premières-Seigneuries, 17 écoles sur 36 adhèrent à l'anglais intensif, en suivant six modèles différents. Par exemple, certains enfants ont de l'anglais trois jours par cycle de neuf jours durant toute l'année. D'autres apprennent intensivement leur deuxième langue pendant la moitié de l'année, soit en 5eou en 6e année.

Line Beaulieu, directrice générale adjointe aux Premières-Seigneuries, suit l'évolution de ce dossier depuis 13 ans. «On a développé un portfolio à l'usage des directions, pour les aider dans leur réflexion. C'est dans nos valeurs que les enfants apprennent l'anglais, mais on soutient, on n'impose pas», expose-t-elle.

Oui, l'implantation de l'anglais en 6e année a donné lieu à de «bonnes discussions» avec les enseignants, qui ont dû réaménager leur tâche. De la récupération dans les autres matières a aussi été instaurée pour les élèves en difficulté. «On a dû avoir de la souplesse, mais de toutes nos écoles, je vous dirais qu'il n'y en a pas une qui reviendrait en arrière», lance Mme Beaulieu.

S'appuyant sur la recherche, Mme Beaulieu soutient que l'anglais intensif ne place pas les élèves en difficulté en situation d'échec. Il augmenterait plutôt l'estime qu'ils ont d'eux-mêmes, car ils partent sur le même pied d'égalité que les autres en début d'année. Quant aux résultats scolaires dans les autres matières, Mme Beaulieu a été la première surprise. «C'est phénoménal! Ces élèves-là ont de meilleurs résultats en français et en mathématiques. Faut que l'élève se prenne en main, faut que le parent fasse son bout à la maison, mais en général, l'anglais intensif ne nuit pas.»

Le ministère de l'Éducation collige actuellement des données sur les taux de réussite en français et en mathématiques des cohortes d'élèves qui ont suivi le cours d'anglais intensif ces dernières années.

Le maire de Montmagny lance un cri du coeur

Alors que plusieurs régions du Québec traînent la patte en ce qui a trait à l'enseignement de l'anglais intensif en 6e année, le maire de Montmagny, Jean-Guy Desrosiers, a décidé de brasser la cage en février dernier, en réclamant que les écoles de son secteur embarquent dans le bateau. 

«Il me semble qu'en 2016, dans une société moderne, on est rendus là!» lance-t-il en entrevue téléphonique. Plus de 400 personnes ont signé la pétition mise en ligne par la MRC de Montmagny et le Centre local de développement (CLD), qui se sont réunis pour demander à la commission scolaire de la Côte-du-Sud d'implanter le programme. 

Le maire Desrosiers croit que la connaissance de l'anglais est un facteur de développement important pour sa région. «Ça permet de retenir des familles. On en a qui déménagent à Lévis ou qui envoient leurs jeunes à l'école privée à cause de l'anglais», raconte-t-il. 

«Nos entreprises manquent de main-d'oeuvre et souvent, c'est de la main-d'oeuvre bilingue dont ils ont besoin. On a fait des missions de recrutement au Nouveau-Brunswick pour en trouver dernièrement», illustre pour sa part Martine Leuillier, coordonnatrice du CLD. 

«Ingérence»

Alain Grenier, président de la commission scolaire de la Côte-du-Sud, a pris cette sortie publique comme «de l'ingérence». Il a répliqué dès le lendemain lors d'une conférence de presse, stipulant que la commission scolaire injectait déjà de l'argent et des ressources éducatives dans les écoles qui souhaitent offrir le programme. «C'est pas vrai qu'on n'a rien fait», lance-t-il en entrevue. Mais le choix d'offrir l'anglais intensif revient au conseil d'établissement de chaque école. «On ne peut pas leur rentrer ça dans la gorge!» plaide-t-il. 

Reste que ce cri du coeur du maire Desrosiers a déjà fait bouger les choses. L'école Saint-Pie-X a décidé d'implanter l'anglais intensif en septembre prochain. C'est la première à le faire sur les quatre écoles que compte la ville de Montmagny. 

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