Avoir accès à distance à la classe de son enfant

Karen Harvey (à gauche), peut savoir en temps... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Karen Harvey (à gauche), peut savoir en temps réel ce que fait son fils Olivier à l'école, s'il réussit bien dans ses cours  ou s'il a un bon comportement en classe. L'enseignante Julie Racine peut également publier des photos que les autres parents peuvent consulter, ce qui crée un effet de réseau social.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Karen Harvey n'a pas besoin d'attendre le retour de l'école de ses enfants pour savoir qu'Olivier a fait une expérience scientifique en 5e année, et que Noémie a fait un bel exposé oral en 1re année. Connectée à ClassDojo, la maman jette souvent un oeil à son cellulaire pour voir des photos, des vidéos et des messages de l'enseignant. Véritable fenêtre sur l'école pour les parents, cette application gagne en popularité.

L'enseignante Julie Racine a commencé en septembre à utiliser cet outil de gestion de classe et depuis elle ne peut s'en passer. «C'est simple à utiliser, la communication avec les parents est vraiment facilitée.» Dans sa classe, 90 % des parents ont accepté de se joindre à ClassDojo.

À l'école primaire Jean-XXIII, à Québec, elles sont maintenant neuf enseignantes à être abonnées. «C'est comme la picote, ça se répand!» lance en riant la directrice Claudette Langlois-Moreau, qui laisse les profs libres de l'utiliser ou pas.

L'application permet de recréer une salle de classe de façon ludique, avec un avatar (petit bonhomme coloré) représentant chaque élève. Lorsque les enfants ont de bons ou de moins bons comportements en classe, le prof enlève ou ajoute des points.

À distance, le parent peut voir si son enfant gagne ou perd des points dans la journée et pour quel comportement en particulier (assiduité, travail d'équipe, manque de respect, perte de temps, ne pas se mêler de ses affaires, etc.).

«L'an dernier, dans mon autre école, je fonctionnais avec des coupons privilèges en papier, accrochés à un tableau. C'est le même principe, mais électronique, et le parent peut avoir accès à ça», explique Mme Racine.

Lorsqu'ils ont accumulé assez de points, les enfants s'achètent des privilèges, comme un chocolat chaud extra guimauves ou un dîner en compagnie de l'enseignante. «J'essaie vraiment d'y aller plus dans le positif que dans le négatif.»

Pour Mme Racine, l'application lui permet de lever le ton beaucoup moins souvent pour ramener sa classe à l'ordre. ClassDojo est affichée presque en permanence sur une section de son tableau interactif, et quand les enfants la voient s'activer sur son cellulaire, en train de donner des points à ceux qui sont déjà assis le cahier ouvert, ça a un effet instantané sur le reste du groupe.

Véritable réseau social

À cela s'ajoute tout le côté communication. ClassDojo permet à l'enseignant de communiquer avec un parent à la fois ou avec tous les parents en même temps. Ce qui crée un véritable réseau social où les photos sont reines.

«Lorsque je mets une photo en ligne, quelques heures après, les enfants me demandent : "On a combien de "j'aime", on a combien de vues?" Ils veulent vraiment savoir si leurs parents sont branchés et ont vu ce qui s'est passé aujourd'hui», raconte Mme Racine.

Karen Harvey adore ce volet de l'application. «J'ai deux garçons, et ils ne parlent pas beaucoup. Quand je leur demande en arrivant de l'école : "Qu'est-ce que vous avez fait aujourd'hui?", ils répondent toujours "rien". Finalement, je le sais jamais!» soutient cette maman de trois enfants.

Avec ClassDojo, elle est plus en mesure d'amorcer la conversation avec ses fils en leur demandant plus de détails sur telle ou telle activité.

Marjorie Rancourt a été la première enseignante de l'école Jean-XXIII à utiliser ClassDojo, il y a trois ans. «J'ai maintenant 100 % de mes parents qui sont connectés et j'adore le lien que ça crée avec eux», raconte-t-elle.

Mme Harvey est au courant par exemple que sa fille Noémie étudie le son «oi» cette semaine et que sa façon de tracer quelques lettres est à travailler. «Je vois où ils sont rendus et moi à la maison, je peux continuer là-dessus», explique-t-elle.

Mme Rancourt a aussi filmé le début des exposés oraux de tous ses élèves, une initiative qui a beaucoup fait plaisir aux parents. «Il y a des parents néophytes, qui ne savent pas comment préparer l'enfant à un exposé, alors ça leur donne une idée de ce qui se fait.»

Mais est-ce que cet outil peut faire en sorte que les parents deviennent intrusifs et commencent à se mêler de la façon dont le prof gère sa classe? «Ça ne m'a jamais effleuré l'esprit», lance Mme Rancourt, soutenant plutôt que ClassDojo permet de faire un meilleur pont entre l'école et la maison.

«Si on avait la possibilité d'être en streaming à la journée longue, il y a bien des enseignants qui permettraient aux parents d'être en classe», croit-elle.

Des profs réticents

De son côté, Mme Racine dit connaître des collègues qui ne veulent pas utiliser ClassDojo, de peur que ce soit trop de gestion ou que les parents deviennent trop envahissants.

Les deux enseignants s'entendent pour dire que cette communication constante permet de partager plusieurs bons coups, au lieu que le parent ait des nouvelles de l'école seulement quand l'enfant a fait un mauvais coup.

Et est-ce qu'on devient vite accro à ClassDojo? «Accro, je sais pas. Mais moi, j'ai une alarme à chaque fois qu'il y a une publication. Quand ça sonne, je suis pas capable d'attendre!» lance Mme Harvey.

«J'aime beaucoup ça, mais je dois avouer que le soir, je mets ça off, je déconnecte», répond Mme Racine.

Une progression fulgurante

Inventée en 2011 par deux jeunes enseignants aux États-Unis, l'application ClassDojo a connu une progression fulgurante ces dernières années. Aujourd'hui, trois millions d'enseignants ont créé leur profil et 8000 messages sont publiés toutes les minutes à travers la planète. Aux États-Unis, ClassDojo est maintenant présente dans une école sur deux. La compagnie n'a toutefois pas été en mesure de fournir au Soleil des données sur son taux de pénétration au Canada ou au Québec. Surtout utilisée en anglais, ClassDojo fait un effort pour traduire ses informations, qui seraient accessibles aujourd'hui dans 180 pays, en 40 langues différentes. Julie Racine aime bien une des fonctions de l'application, qui traduit instantanément en espagnol tous ses messages destinés aux parents de ses deux élèves allophones. 

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