La «recette miracle» de la lecture faite aux tout-petits

Dans les écoles primaires de Saint-Paul-de-Montmigny et de... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Dans les écoles primaires de Saint-Paul-de-Montmigny et de Sainte-Apolline-de-Patton, les élèves du primaire initient les zéro à cinq ans à la lecture. Résultat? Un fort taux de réussite de 98 % en français.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Un directeur d'école croit avoir trouvé la «recette miracle» pour améliorer les résultats de ses élèves : mettre des livres dans les mains des bambins de zéro à cinq ans et les inviter à l'école, pour que les grands de première et deuxième année puissent leur faire la lecture. Ces mesures phares du programme ÉcoRéussite, créé il y a cinq ans dans la région de Montmagny-L'Islet, donnent des résultats étonnants.

Les chiffres d'abord : en 2009, le taux de réussite en français des élèves de quatrième année tourne autour de 50 % dans les écoles primaires de Saint-Paul-de-Montmigny et de Sainte-Apolline-de-Patton. Ces villages forestiers comptent parmi les plus défavorisés de la Chaudière-Appalaches. «C'est pas une honte, c'est un état», exprime Sylvain Tremblay, directeur des écoles primaires et secondaires des deux villages.

Un état qui l'a incité à se relever les manches, en compagnie de plusieurs autres. Tellement qu'en 2014, le taux de réussite en français dans l'ensemble des écoles primaires a atteint 98 %.

Ces enfants qui font la lecture aux tout-petits

Pour mieux comprendre le phénomène, Le Soleil est allé faire un tour dans une séance de lecture partagée à l'école de Sainte-Apolline. À notre arrivée, les cris et les rires des enfants nous ont instinctivement dirigés vers la bonne classe. À l'intérieur, des bambins aux couches comme des jeunes d'âge scolaire, qui s'amusent dans une énorme tente, surnommée la tente à contes. «Ils avaient tellement hâte, c'est comme une fête pour eux», soutient Stéphanie Nadeau, enseignante de la classe de première, deuxième et troisième année.

Des livres de toutes les couleurs traînent çà et là; les plus vieux prennent les bébés sur leurs genoux, leur montrent les images, lisent quelques mots. Arrivés à bord d'un autobus jaune, les enfants des garderies environnantes sont contents de venir faire leur tour dans la grande école, une véritable sortie pour eux. Quelques mamans complètent le groupe avec leur marmaille.

«C'est le fun parce que mon plus grand est en sixième année ici. Il a fait ça aussi quand il était plus jeune et, depuis ce temps-là, il lit tout le temps. Il a même composé des petites histoires mystérieuses», témoigne Mélanie Turcotte, maman de Cédric, 11 ans, et de Mégane, 4 ans.

Après la période de lecture libre, l'animatrice Diane Riendeau sort un gros monstre rouge de son sac pour l'aider à lire un conte. Les enfants peuvent venir chercher des lettres en mousse en les nommant.

Pour les moins de cinq ans, la lecture partagée leur permet de se familiariser avec le livre et de comprendre que lire, ça s'apprend. «Pour le grand, c'est de lui donner une estime de lui qu'il commence à apprendre à lire et déjà il le montre à un petit», explique Mme Riendeau, que l'on surnomme amicalement la Fanfreluche de la Côte-du-Sud.

La tente à contes permet de créer un cocon confortable, où les enfants ne seront pas gênés de lire à voix haute. «Ils reproduisent même des stratégies de lecture que je leur ai apprises, en demandant au plus jeune de parler des images, d'imaginer ce qui va se passer», soutient Stéphanie Nadeau.

Et le fait que l'école soit ouverte aux enfants et aux parents du village permet un premier contact. «À la maternelle, ils sont déjà plus à l'aise, car ils ont fait une première entrée dans le plaisir», explique Mme Riendeau.

Biblio mobile

L'autre initiative très appréciée de l'ÉcoRéussite est la «biblio mobile», offerte par le centre d'alphabétisation L'ABC des Hauts-Plateaux. Une animatrice en lecture se déplace de famille en famille toutes les deux semaines avec un bac de livres à prêter.

«Mayden aime vraiment ça. Il prend sa petite chaise, s'assoit avec la madame qui lui lit une histoire et fait un jeu avec. C'est leur petit moment», explique Katy Dubé, maman de Mayden, trois ans et demi. Avec son bébé de deux mois, Mme Dubé dit «manquer de temps» pour s'asseoir avec son plus vieux.

«Aller à la bibliothèque, c'est pas dans les moeurs, et c'est pas tous les villages qui en ont, de toute façon», explique Manon Leclerc, coordonnatrice de L'ABC des Hauts-Plateaux. Par cette initiative, l'organisme cherche à contrer les mauvais souvenirs que certains adultes ont de l'école ou de la lecture. «On veut rejoindre les parents des fois, beaucoup plus que l'enfant», soutient Mme Leclerc.

Certaines familles refusent le service, mais elles sont loin de représenter la majorité.

Écosystème

La base de l'ÉcoRéussite, c'est de croire que l'école n'est pas la seule responsable de la réussite des élèves : les parents et la communauté, qui font aussi partie de l'écosystème du jeune, doivent être mis à contribution. «Ça a été très bien accueilli. Les parents embarquent et en redemandent. Ça leur donne l'opportunité de réaffirmer leur rôle parental, qui est crucial», soutient M. Tremblay.

La bibliothèque, la municipalité, le centre local de développement et le centre de santé et de services sociaux ont tous été impliqués d'une façon ou d'une autre dans le programme. «On ne dit pas aux parents qu'ils ne font pas ça comme il faut! Mais bien faire pour un parent, ça ne veut pas dire tout faire tout seul», souligne M. Tremblay.

Un programme qui remporte des prix, mais qui manque d'argent

Depuis sa création en 2011, l'ÉcoRéussite a raflé pas moins de cinq prix prestigieux. Les directeurs d'école, les commissions scolaires et même le ministère de l'Éducation s'entendent pour vanter ses vertus. Des chercheurs universitaires ont même été approchés pour évaluer scientifiquement l'influence de ce programme. Le seul hic, c'est le manque d'argent. «On a eu du financement ponctuel au début, mais il n'est plus là», explique Manon Leclerc, coordonnatrice de L'ABC des Hauts-Plateaux. Les Partenaires pour la réussite éducative en Chaudière-Appalaches et le Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec sont ceux qui ont donné un coup de pouce au démarrage du projet, que l'on souhaite maintenant implanter à Saint-Fabien-de-Panet et à Sainte-Lucie-de-Beauregard. «On travaille fort, on veut cogner à toutes les portes», soutient Mme Leclerc. Mais pour l'heure, aucune réponse positive ne leur est parvenue. Les besoins financiers de l'ÉcoRéussite sont tellement criants que des ateliers parents-enfants ont dû être abandonnés; même le service de «biblio mobile» est en danger. 

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