Les commissaires scolaires ouverts à partager le pouvoir

Josée Bouchard, présidente de la Fédération des commissions... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Josée Bouchard, présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec, et Pâquerette Gagnon, directrice générale, ont exposé au Soleil la contre-proposition que la Fédération a faite au gouvernement en réponse au projet de loi 86.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Les commissaires scolaires mettent de l'eau dans leur vin et se disent prêts à partager le pouvoir avec des parents et des membres de la communauté. Ils tiennent toutefois à une chose : continuer d'être élus.

«Le ministre dit qu'on est rigides, qu'on veut juste le statu quo, eh bien non», affirme Josée Bouchard, présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), en entrevue éditoriale. Tout juste avant les consultations sur le projet de loi 86, Mme Bouchard et Pâquerette Gagnon, directrice générale de la FCSQ, ont remis au Soleil la nouvelle position de leur organisme, adoptée à l'unanimité le 10 décembre. Elle propose de donner le droit de vote, dans une formule «tiers, tiers, tiers, par exemple», aux commissaires, aux parents et aux membres de la communauté, au sein des nouveaux conseils scolaires annoncés par le ministre de l'Éducation, François Blais.

Le nombre de personnes assises à cette table - le projet de loi en prévoit 16 - pourrait varier selon la densité et l'étendue du territoire des commissions scolaires.

Équité entre les écoles

La FCSQ rejette toutefois l'idée que des directeurs d'établissement et des membres du personnel puissent en faire partie. «La valeur de base de notre système, c'est la répartition équitable des ressources matérielles et humaines dans les écoles», explique Mme Bouchard, qui craint que les profs et les directeurs d'école soient à la fois juge et partie et veuillent privilégier l'endroit où ils travaillent.

«On a constamment à prendre des décisions d'embauche de personnel, d'investissements en infrastructure et pour ces décisions-là, il est déjà prévu qu'ils doivent se retirer. Je vous dis qu'au printemps, ils passeraient leur temps dans le corridor!» illustre Mme Gagnon. 

C'est pour qu'ils puissent continuer à jouer ce rôle d'arbitre que les commissaires tiennent à être élus au suffrage universel. «On ne reculera pas là-dessus», martèle Mme Bouchard. Pour encourager les gens à aller voter, ils souhaitent qu'on essaie, au moins une fois, de tenir les élections scolaires au même moment que les municipales. Le vote électronique pourrait aussi être une solution. «Le débat sur les élections scolaires-municipales, il n'a jamais été fait au Québec», croit Mme Bouchard.

Disparition

Dans le projet de loi présenté le 4 décembre par le ministre Blais, il est prévu que les commissaires scolaires disparaissent de façon pure et simple au cours des prochains mois et qu'ils soient remplacés par des parents et des membres de la communauté bénévoles. Des élections pourraient être tenues aux frais de la commission scolaire si et seulement si 15 % des parents veulent qu'il en soit ainsi.

Premier tête-à-tête avec Blais

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Josée Bouchard, présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec

Le Soleil, Patrice Laroche

Pour la première fois depuis des mois, Josée Bouchard a obtenu un entretien d'une heure avec le ministre Blais la semaine dernière, où elle lui a présenté cette contre-proposition. «C'est trop important pour l'éducation publique au Québec ce qui s'en vient pour qu'on soit dans un registre d'affrontement», dit-elle.

Mme Bouchard a fait valoir au ministre Blais qu'il serait à l'abri de toute contestation judiciaire s'il conservait quelques commissaires élus, car les commissions scolaires anglophones ont déjà annoncé leur volonté de contester cette loi jusqu'en Cour suprême. Du côté des francophones, on en est toujours à évaluer les options.

Chose certaine, Mme Bouchard souhaite que le ministre Blais laisse les commissaires finir au moins l'année scolaire en cours, pour éviter un sérieux branle-bas de combat dans le réseau. Le projet de loi prévoit qu'ils soient remplacés rapidement par des comités de transition, qui pourraient être créés vers le 15 avril. Les nouveaux conseils scolaires, eux, entreraient en fonction le 1er novembre. Chacune de ces structures aurait le pouvoir d'annuler de façon rétroactive des décisions prises par la précédente.

Un tel projet de loi, avec des échéanciers précis, ressemble étrangement à la loi 10 adoptée dans le milieu de la santé l'an dernier. «Comme le ministre [Gaétan] Barrette, le ministre Blais se donne un pouvoir de directive, de changer les règles du jeu en cours de route», soutient Mme Bouchard. Par exemple, il se donne le pouvoir de congédier le directeur général d'une commission scolaire.

Pas de «plat à bonbons»

Pâquerette Gagnon, directrice générale de la Fédération des commissions... (Le Soleil, Patrice Laroche) - image 5.0

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Pâquerette Gagnon, directrice générale de la Fédération des commissions scolaires du Québec

Le Soleil, Patrice Laroche

La réforme de la gouvernance est le gros projet du gouvernement Couillard en éducation pour 2016, mais en quoi va-t-il favoriser la réussite des enfants? Josée Bouchard se le demande. «Il y a une perception populaire qu'on est gras dur, mais on a 4,2 % de coûts administratifs! Dans le milieu municipal, c'est en moyenne 15 %», exprime-t-elle.

Le ministre Blais plaide que le projet de loi fera descendre plus d'argent directement dans les classes. Mme Bouchard n'en croit rien. «Ça, c'est un mirage. C'est de faire croire que les parents et les directions d'établissement vont être devant un plat de bonbons et qu'ils vont avoir plus de ressources qu'aujourd'hui.»

Comme apprendre qu'on a le cancer

Un jour de l'automne dernier, il était presque 17h, Josée Bouchard prend le téléphone. Au bout du fil, le ministre de l'Éducation, François Blais, qui lui apprend que c'en est fini pour elle, et pour tous ses collègues commissaires. Il souhaite les faire disparaître du système scolaire. «C'était comme quelqu'un qui apprend qu'il a un cancer, je me sentais comme ça», exprime Mme Bouchard. Pour elle, qui a commencé à s'impliquer dans le réseau il y a 25 ans lorsque sa fille allait à l'école, la pilule est difficile à avaler. Même si elle dit avoir de bonnes relations avec la Fédération des comités de parents, elle admet que l'ambiance n'est pas rose dans le réseau. «Il y a des tensions normales et humaines, il y a des gens qui craignent pour leur avenir.»

Consultations déjà décriées

Alors qu'elles doivent durer jusqu'au 23 février, les consultations sur le projet de loi 86 sont tellement courues qu'elles font déjà des mécontents. L'Assemblée nationale entendra par exemple l'avis du Grand Défi Pierre Lavoie sur la question de la gouvernance scolaire, mais pas celui de certaines commissions scolaires en milieu rural, par exemple. Des commissions scolaires de Montréal ont toutefois réussi à se tailler une place parmi les 53 groupes invités. «Contrairement aux autres grandes réformes au Québec, il n'y a pas eu de consultation publique ou de sommet qui a précédé le projet de loi», déplore Josée Bouchard.

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