Exclusif

Les Québécois moins généreux envers l'école

Alors que les besoins financiers des écoles publiques se font de plus en plus... (123RF)

Agrandir

123RF

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Alors que les besoins financiers des écoles publiques se font de plus en plus criants, les Québécois se montrent moins généreux à l'endroit des organismes ou des fondations liés au monde de l'éducation. Donner à l'école de son quartier ou à celle que l'on a fréquentée plus jeune ne semble tout simplement pas ancré dans les habitudes.

Selon une compilation faite par Statistique Canada à la demande du Soleil, les Québécois ont versé 37 millions $ en dons à divers organismes liés au monde de l'éducation et de la recherche en 2013. En 2007, cette catégorie de dons s'élevait plutôt à 60 millions $.

Les Québécois ont également donné 15 millions $ aux fondations des universités et des collèges en 2013, comparativement à 18 millions $ en 2007. Statistique Canada prévient toutefois que, dans ce cas, la différence entre les deux montants n'est pas notable, étant donné la marge d'erreur de cette enquête pancanadienne.

Les Québécois sont par ailleurs beaucoup plus généreux lorsque ce sont des organismes travaillant pour la santé ou les hôpitaux qui leur demandent de signer un chèque. En 2013, ils ont donné 530millions $ à ce secteur d'activités.

«Que quelqu'un décide que son budget de dons cette année va aller à une université ou une école, c'est vraiment pas un réflexe», admet Isabelle Bussières, directrice des communications et des relations avec les donateurs à la Fondation de l'Université Laval. Selon elle, «il y a beaucoup d'éducation à faire» chez les Québécois pour encourager ce type de donation, qui sert entre autres à offrir des bourses aux étudiants moins fortunés ou à améliorer tout ce qui gravite autour de la salle de classe : activités culturelles, sportives, humanitaires, etc.

France St-Onge, directrice de l'École secondaire De Rochebelle... (Le Soleil, Pascal ratthé) - image 2.0

Agrandir

France St-Onge, directrice de l'École secondaire De Rochebelle

Le Soleil, Pascal ratthé

France St-Onge est directrice de l'école secondaire De Rochebelle, dans Sainte-Foy, mais aussi membre de la Fondation de l'école secondaire De Rochebelle. «C'est sûr que c'est beaucoup de travail. On est une petite équipe de bénévoles et ça demande beaucoup d'heures et d'énergie», dit-elle.

Dans cette fondation comme dans la plupart de celles rattachées à une école primaire ou secondaire, ce sont surtout les parents d'élèves qui sont sollicités. Une contribution volontaire leur est demandée en début d'année, et ils sont invités à participer à différentes activités au cours de l'année. En 2014-2015, la Fondation a réussi à amasser 41000 $, retournés dans l'école pour financer entre autres une comédie musicale et payer des conférenciers.

Dans les prochains mois toutefois, la Fondation veut prendre une plus grosse bouchée. Elle sera à la recherche de 125000 $ pour acheter de l'équipement qui meublera la salle d'entraînement physique du complexe sportif qui est en construction. «Cette fois, c'est sûr qu'on va devoir se tourner vers l'extérieur. Je dis pas que ça va être facile, mais notre objectif, c'est de créer un sentiment d'appartenance, avec les anciens et avec la communauté», soutient Mme St-Onge.

Ce type de collecte de fonds, populaire dans les écoles privées, est moins répandue dans les écoles publiques. Mme St-Onge explique que les enveloppes budgétaires fournies par la Ville de Québec et la commission scolaire des Découvreurs ne couvrent pas toutes les dépenses liées au complexe sportif. C'est pourquoi la Fondation est appelée en renfort.

Pas généralisé

Dans la région de Québec, la question des fondations est traitée de façon très différente dans les diverses commissions scolaires. Aux Découvreurs, 15 des 22 écoles primaires et secondaires ont des fondations. «C'est le milieu qui se prend en main et se paie des petits plus dans l'école. Mais en aucun cas, ça ne va influencer la façon dont sont répartis les budgets entre les différents établissements», assure le porte-parole Alain Vézina.

Aux Premières-Seigneuries, il existe une seule et même fondation qui tente d'aider tous les projets spéciaux qui émanent des écoles. À la commission scolaire de la Capitale, la création de fondations dans les écoles n'est pas encouragée, si bien qu'il en existe seulement une, au Centre de formation professionnelle de Neufchâtel. «Lever des fonds, c'est quelque chose qui demande beaucoup de temps, parfois au personnel et aux directions d'école. Alors, par souci d'efficacité, on leur demande de se concentrer sur leur mission première», soutient la porte-parole Marie-Élaine Dion.

Aux Navigateurs, les fondations dans les écoles ne sont pas très répandues, mais certaines sont très dynamiques, comme la Fondation de l'école secondaire Pointe-Levy, qui est présentement en campagne pour vendre des bancs dans l'auditorium qui sera bientôt rénové.

Où tracer la ligne?

«Une fondation dans une école, c'est bien, mais il ne faudrait pas qu'elle serve le désengagement de l'État.»

C'est la plus grande crainte de Pascale Grignon, porte-parole du mouvement Je protège mon école publique, qui a lancé les chaînes humaines autour des établissements scolaires l'an dernier. «Les levées de fonds, ça crée une habitude et, tranquillement, ça peut mener à un plus grand désengagement», avertit-elle.

Maman de jeunes enfants qui fréquentent l'école Saint-Jean-de-Brébeuf, à Montréal, Mme Grignon a été elle-même impliquée dans des campagnes de financement ces dernières années. Au début, c'était pour payer une sortie de classe-neige aux enfants les plus démunis. «Ensuite, on s'est mis à acheter des pelles et des ballons pour la cour d'école parce qu'il y en avait plus et à réaménager la bibliothèque. L'an dernier, ce sont les parents qui ont payé pour qu'on refasse le marquage de l'asphalte dans la cour d'école», expose-t-elle.

À l'heure actuelle, les parents de son école pensent à créer une fondation en bonne et due forme, parce que les besoins ne font que grandir.

«Mais où va-t-on tracer la ligne? La question se pose! Depuis quand c'est rendu aux parents d'assurer la mise à niveau des infrastructures scolaires, pour que ce soit un tant soit peu intéressant?» se demande-t-elle.

«C'est un cercle vicieux. On compte maintenant sur la fondation de l'école pour payer des livres ou des choses qui étaient fournies auparavant par le ministère [de l'Éducation]. Est-ce qu'on est démunis à ce point-là au Québec?» s'insurge un parent qui a joint Le Soleil, mais a préféré garder l'anonymat.

Pas un palliatif

Tous les intervenants auxquels Le Soleil a parlé sont unanimes : une fondation ne doit pas pallier le contexte de compressions budgétaires dans les écoles. «Les donateurs ne voudraient pas que leur argent serve pour compenser l'argent que le gouvernement a enlevé. Mais comme je le dis souvent, le cégep n'est pas qu'une boîte à cours. Il faut que ce soit un lieu attractif!» lance Bernard Tremblay, pdg de la Fédération des cégeps.

Sauf qu'une simple recherche sur Internet nous permet, par exemple, de constater que la Fondation de l'école Filteau, dans Sainte-Foy, a acheté des dictionnaires pour toutes les classes. La Fondation de l'école l'Arbrisseau a quant à elle acheté des jeux éducatifs en anglais pour les grands de sixième année et du matériel pédagogique pour la classe maternelle.

«Je comprends les fondations de faire ces choix-là, parce que les besoins sont vraiment rendus là! Comme parents, est-ce qu'on va attendre qu'un miracle se produise avant de faire quoi que ce soit pour que nos enfants aient droit à ce matériel-là à l'école?» lance Pascale Grignon.

Le nouveau souffle de la Fondation du Cégep Garneau

«Il ne s'agit que de gratter l'allumette pour que ça fonctionne», lance Karine Bouchard, directrice de la Fondation du Cégep Garneau. Engagée pour donner un nouveau souffle à la Fondation, en place depuis 25 ans, Mme Bouchard est heureuse de constater qu'elle est maintenant entourée de 114 bénévoles, au lieu de la dizaine qui étaient en place il y a trois ans. Déjà, 4 millions $ ont été amassés pour la grande campagne de souscription 2015-2020, dont l'objectif est de 5 millions $. «C'est sûr qu'on pédale comme des petits canards, très, très fort, mais notre campagne se porte très bien.» Au lieu de solliciter seulement les étudiants, le personnel et les anciens du cégep, elle a cogné à la porte du milieu des affaires, qui s'est montré très enthousiaste. Surtout que l'un des projets soutenus par la Fondation est la nouvelle École d'entrepreneuriat de Québec. Les fonds serviront également à donner une valeur ajoutée à la rénovation de la bibliothèque. «On aurait pu juste peinturer et changer le tapis. Pour ça, les enveloppes du ministère suffisent. Mais nous, on veut vraiment réinventer notre bibliothèque, lui donner un autre style de vie», soutient Sylvie Fortin, directrice des communications du Cégep Garneau.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer