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Des parents poursuivent la CS des Navigateurs

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Stéphane Carrier tient l'une des plaintes acheminées à la commission scolaire des Navigateurs concernant son fils dysphasique. Les parents poursuivent l'organisation pour 400 000 $.

Le Soleil, Pascal Ratthé

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(Québec) Après s'être battu pendant quatre ans pour que son fils dysphasique puisse avoir accès à une classe spéciale, un couple de Lévis a décidé de poursuivre la commission scolaire des Navigateurs pour 400 000 $, afin de compenser les dommages encourus.

«Je trouve ça plate d'avoir à se débattre comme ça pour un enfant, pour qu'il ait le droit d'être scolarisé comme du monde», lance sa mère, Marie-Josée Gagnon. «Si on ne fait rien, c'est sûr que ça va être un futur décrocheur scolaire. Il va faire quoi de sa vie plus tard?» questionne son père, Stéphane Carrier. 

Rencontré dans sa maison de Saint-Nicolas, le couple semble à bout de souffle. «Les sous, on s'en fiche, on en veut pas. On veut juste qu'il puisse réussir et que la commission scolaire arrête de s'entêter», indique Mme Gagnon. 

Aujourd'hui âgé de 12 ans, leur garçon a reçu un diagnostic de dysphasie, un trouble du langage et de la compréhension, à l'âge de deux ans. À ce moment-là, il ne parlait pas. À la maternelle, il ne disait que quelques mots. 

Il a tout de même commencé son parcours scolaire dans une classe ordinaire, afin de favoriser son intégration. «Il a eu de bons professeurs, qui l'ont aidé avec des images, des repères. Mais d'année en année, on nous disait qu'on allait frapper un mur», explique M. Carrier. 

Le mur est arrivé en quatrième année. Récoltant des «D» et des «E» dans son bulletin, l'enfant faisait des crises pour ne pas aller à l'école. «Il commençait à pleurer le samedi soir et arrêtait le vendredi en fin de journée», raconte sa mère. Il se plaignait aussi de maux de tête, souffrait d'anxiété et était intimidé par les autres enfants, en raison de sa différence. «À la fin, il se traitait de nul, de pas bon. C'est sa fierté qui était en jeu», soutient son père. 

Demande de transfert

À partir de ce moment-là, les parents ont fait la demande formelle qu'il soit transféré en classe «langage», à l'école Saint-Louis-de-France, à Charny.

Une demande qui, pendant trois ans, n'a jamais été acceptée par le comité des services éducatifs de la commission scolaire, malgré les avis favorables d'un médecin, de plusieurs orthophonistes, d'enseignants et, finalement, d'un directeur d'école. «On nous répétait tout le temps qu'il était trop fort, qu'il ne répondait pas aux critères», indique M. Carrier, qui a acheminé plusieurs plaintes à la commission scolaire.

Selon Mme Gagnon, le problème n'était pas le manque de places. «La responsable de la classe spéciale m'a confirmé que la commission scolaire ne lui avait jamais transmis le dossier de notre fils, que la demande n'a jamais été faite.»

En sixième année, le garçon a même été placé dans une classe d'anglais intensif, où il devait terminer toutes les matières de base pendant la première moitié de l'année scolaire pour faire de l'anglais dans la seconde. «On n'y croyait pas! Demander à un enfant qui a déjà de la difficulté à s'exprimer de faire de l'anglais intensif. Ça a pas d'allure!» lance M. Carrier. 

Au milieu de l'année, leur fils était épuisé. Une mononucléose l'a retenu à la maison pendant plusieurs mois.

Cette année, c'est le secondaire régulier qui l'attendait, malgré les recommandations du directeur de l'école l'Envol pour qu'il soit placé en classe «langage». «On a été obligés de faire de grosses menaces et on l'a gardé à la maison jusqu'à ce que la commission scolaire accepte de le placer dans cette classe-là», explique Mme Gagnon.

Ce qui a été fait, mais pour cette année seulement. Depuis septembre, l'enfant a retrouvé le goût d'aller à l'école et ses notes ont augmenté. Ses parents ont donc décidé d'intenter une poursuite, afin de s'assurer que leur fils puisse avoir accès à cette classe pour le reste de son secondaire.

Deux cas similaires

Me Christian Lajoie a accepté de défendre le couple Carrier et Gagnon parce que, selon lui, la commission scolaire a fait preuve «d'acharnement» dans leur cas. La poursuite de 400 000 $ sera déposée officiellement en Cour supérieure en janvier. Me Lajoie est aussi l'avocat qui défend Michel Labonté, père d'un enfant autiste qui poursuit la CS de la Capitale parce que son fils n'a pas eu accès à une classe spécialisée. «Les deux cas sont arrivés sur mon bureau à quelques semaines d'intervalle cet automne et ils sont assez similaires», explique-t-il. Selon lui, certaines commissions scolaires interprètent de façon trop restrictive la Loi sur l'instruction publique. «L'intégration à la classe régulière, on en a fait un dogme mur à mur», déplore-t-il. Selon lui, la loi demande aux commissions scolaires d'évaluer les enfants, ce qui n'aurait pas été fait dans le cas du petit Carrier. 

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