Un professeur de l'Université Laval féminise ses plans de cours

Le professeur Mustapha Bettache trouvait illogique d'écrire ses... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Le professeur Mustapha Bettache trouvait illogique d'écrire ses plans de cours au masculin alors que la majorité de ses étudiants... sont des étudiantes.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Soucieux de «frapper les esprits», un professeur de relations industrielles de l'Université Laval, Mustapha Bettache, jette un pavé dans la mare grammaticale en proposant une féminisation de ses plans de cours. Aux oubliettes, la formule traditionnelle voulant que le masculin l'emporte sur le féminin...

En entrevue au Soleil, M. Bettache avoue se sentir de plus en plus «mal à l'aise» de s'adresser par écrit au masculin à ses classes, alors qu'environ 60 % de ses étudiants sont en fait des... étudiantes. «Dans certains cours, sur 60 personnes, il peut y avoir seulement quatre ou cinq gars. Ils sont vraiment minoritaires, on les cherche.»

Aussi, plutôt que de succomber au masculinisme lexical, a-t-il décidé de ne plus utiliser le mot étudiant dans ses plans de cours, mais étudiante, prenant soin de préciser en bas de page qu'il ne s'agit pas d'une discrimination basée sur le sexe. À son avis, l'emploi du masculin comme règle de base est l'expression séculaire d'une «domination phallocratique», doublée d'un «sexisme grammatical».

En poste à l'Université Laval depuis 10 ans, M. Bettache estime qu'il est plus que temps de passer de la parole aux actes en matière de reconnaissance du droit des femmes. «Le discours sur l'égalité hommes-

femmes occupe beaucoup de terrain, mais, dans les faits, ça ne se traduit pas rapidement, de façon concrète. Je crois qu'il est important d'en parler, surtout en relations industrielles, où l'on aborde beaucoup les questions de droit du travail et d'équité salariale.»

Pour le moment, à l'exception d'un article dans le journal Impact Campus, l'information n'a pas été diffusée sur une large échelle. Par conséquent, peu de collègues de M. Bettache sont au parfum de son initiative «avant-gardiste». Mais il s'attend à plusieurs réactions, même si, au bout du compte, chaque rédacteur est libre d'utiliser le genre de son choix. 

«Ça va faire jaser, comme on dit en bon québécois...», glisse le professeur originaire d'Algérie. «Je ne suis peut-être pas le premier au Québec à féminiser mes plans de cours, mais mon voeu, c'est que le débat aille plus loin. Il faut que ça sorte de l'université.»

Compte-t-il utiliser aussi le féminin lorsqu'il s'adressera verbalement à sa classe? «Je vais le faire quasi systématiquement dans les jours à venir.»

Pas seulement dans sa profession, mais aussi dans son quotidien, M. Bettache se pose en ardent allié des femmes dans leur combat pour l'égalité. «Je suis convaincu qu'il faut redonner la place qui a été volée aux femmes. [...] Je ne suis pas le seul à penser qu'un monde dirigé par des femmes serait plus beau et meilleur.»

Chanel Garceau, présidente de l'Association générale des étudiants et étudiantes en relations industrielles de l'Université Laval, applaudit l'initiative «provocatrice» de son professeur. 

Au début, explique-t-elle, les gens de sa classe ont souri, mais personne ne s'est lancé dans un grand débat. «J'ai trouvé cette initiative charmante, surtout venant d'un homme.»

«Je trouve que c'était aberrant de s'adresser aux étudiantes en utilisant le masculin seulement pour alléger le texte, dénonce-t-elle. Pourquoi le faire de manière automatique?»

Pour la finissante de 25 ans, le geste de son enseignant est une «première étape vers la neutralité et une sensibilisation à refuser les conventions toutes faites», tout cela dans la recherche de termes qui évacuent la notion de discrimination. «J'aime à penser que c'est le début d'une ère nouvelle.»

Plus de femmes diplômées 

La proportion d'étudiantes à l'Université Laval varie beaucoup d'une faculté à l'autre. Selon les statistiques de 2011, elles représentent plus de 85 % du contingent en sciences infirmières, 79 % en pharmacie, 77 % en sciences de l'éducation, 70 % en médecine et en lettres. En revanche, elles sont 33 % en foresterie, géographie et géomatique, et 27 % à la Faculté des sciences et de génie. 

D'après l'Institut de la statistique du Québec, si près de 30 % des Québécois sont titulaires d'un grade universitaire, la proportion de diplômés chez les 25-34 ans atteint 35,3 % chez les femmes contre 24,5 % chez les hommes, un écart de plus de 10 points.

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