Revues scientifiques rationnées à l'Université Laval

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L'équipe de la bibliothèque de l'Université Laval a appris aux chercheurs qu'ils seraient dorénavant privés de nombreuses revues savantes dans lesquelles sont publiées les plus récentes découvertes scientifiques.

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(Québec) Faute de fonds suffisants, l'Université Laval annonce à ses étudiants et professeurs qu'elle coupera dans leur matière première. Une «vaste opération de rationalisation» privera les chercheurs de l'accès à de nombreuses revues scientifiques dans lesquelles sont publiées les plus récentes découvertes. Les principaux intéressés sont inquiets, voire exaspérés.

L'avis a été transmis il y a peu à la communauté universitaire de Québec par l'équipe de la bibliothèque. «L'acquisition de la documentation de tous les secteurs d'enseignement et de recherche [...] en sera affectée», prévient la directrice des services-conseils et des collections, Chantal St-Louis, dans le document dont nous avons reçu copie. Pour faire le point, elle convie professeurs et étudiants à une séance d'information mardi midi.

Et pourquoi les priver ainsi de l'accès aux travaux les plus récents dans leurs domaines de recherche et d'étude? «Cette opération a vu le jour à la suite d'un double constat alarmant : la forte augmentation des coûts d'abonnement aux périodiques scientifiques et les budgets d'acquisition à la baisse en raison d'une réalité économique difficile des universités québécoises», écrit Mme St-Louis.

L'administration universitaire a décidé de ne pas commenter le dossier. Une réponse écrite laconique nous a été transmise. Tant que la révision des abonnements aux publications scientifiques n'aura pas été terminée, «nous n'accorderons pas d'entrevue à ce sujet», tranche la direction.

Dans son site Internet, la bibliothèque de l'Université Laval détaille néanmoins le dossier. On y apprend que 50 % du marché des revues savantes est contrôlé par cinq grands éditeurs. «Un quasi-monopole de la presse scientifique s'est donc établi au fil des ans. Ces éditeurs possèdent désormais la liberté nécessaire pour définir les règles du jeu et engendrer des marges de profits astronomiques», lit-on. Les prix auraient ainsi «explosé» de 400 % en 25 ans.

En parallèle, des «compressions budgétaires [ont été] imposées à l'ensemble des universités québécoises», ajoute-t-on. Réduction du budget des acquisitions qui survient, tandis que le dollar canadien perd de la valeur face à la devise américaine. Et les abonnements se paient en billets verts.

«En 2015-2016, [la bibliothèque de l'Université Laval] voit son pouvoir d'achat diminuer de 25 %, soit environ 3 millions $CAN par rapport aux années précédentes.» Des choix s'imposaient donc, plaide-t-on dans le document mis en ligne.

Après avoir identifié les périodiques auxquels elle désire maintenir son abonnement, l'Université espère convaincre les éditeurs de réduire leurs prix.

Puis elle militera pour la publication d'un plus grand nombre de recherches scientifiques dans des revues savantes accessibles gratuitement sur le Web.

«Déplorable»

Tant les étudiants-chercheurs que les professeurs critiquent fermement l'administration de l'Université Laval qui entend couper dans les abonnements aux revues savantes.

«C'est très déplorable d'en arriver là», regrette le président du Syndicat des professeurs et professeures de l'Université Laval, Yves Lacouture. «Mais avec les coupes budgétaires, l'université doit faire, malheureusement, des choix difficiles. Et on ne coupe plus dans le gras, on coupe dans l'essentiel.»

«Il faut se rappeler que c'est 42 millions $ de compressions dans la subvention de l'État, du gouvernement, qui ont été imposées à l'Université Laval l'année passée. [...] C'est énorme. Donc, l'université coupe.»

M. Lacouture dénonce la nouvelle compression. «Quand ç'en est rendu, à cause des coupes budgétaires, que les universités doivent faire des choix aussi difficiles que "quels sont les périodiques scientifiques auxquels on s'abonne", c'est qu'il y a vraiment un problème. La bibliothèque de l'Université Laval ne devrait pas avoir à se poser cette question.»

Les chercheurs de partout dans le monde publient leurs principaux travaux dans les revues savantes, explique-t-il. Et les autres universitaires, autant les étudiants que les professeurs, veulent pouvoir les lire pour être à jour. «C'est vraiment la source de connaissance à la base du processus scientifique.»

Aussi, toute recherche commence par une recension de ce que les pairs ont trouvé et publié, fait valoir M. Lacouture. «C'est vrai dans toutes les disciplines scientifiques.»

Le fondement du travail des étudiants

La qualité de la recherche effectuée à l'Université Laval est-elle compromise? «Ça va certainement compliquer la vie aux professeurs et aux professionnels de recherche de l'Université Laval. Ça va certainement rendre les choses beaucoup plus difficiles», estime Yves Lacouture, président du Syndicat des professeurs et professeures de l'Université Laval.

«C'est très problématique», abonde Stéphane Lebrun, le président de l'Association des étudiantes et des étudiants de Laval inscrits aux études supérieures (AELIÉS). «C'est quand même très inquiétant.» La documentation scientifique sert de fondement au travail des étudiants de la maîtrise et du doctorat, note-t-il. «C'est ce qui va permettre à l'étudiant d'écrire une thèse solide.»

Il craint que certains ne soient plus en mesure de consulter tous les articles scientifiques nécessaires pour leurs travaux. «Pour nous, c'est vraiment inquiétant.» Si l'université n'est plus abonnée aux périodiques nécessaires, les étudiants devront payer les articles à la pièce, explique-t-il. «Les étudiants ont besoin de beaucoup d'articles dans leur parcours pour réussir à faire leur thèse, donc ça peut occasionner des coûts encore pires pour les étudiants.» Des travaux seront appauvris, selon lui. «Ça peut carrément menacer un projet de thèse.»

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