Les cégeps craignent le pire

De passage au Soleil, Bernard Tremblay, président-directeur général... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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De passage au Soleil, Bernard Tremblay, président-directeur général de la Fédération des cégeps, a souligné que les établisssements collégiaux sont pris à la gorge et doivent couper dans les services essentiels, au détriment des étudiants.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Les compressions de 45 millions$ imposées aux cégeps de la province pour l'année 2015-2016 se font bien sentir. Alors que le gouvernement libéral a souligné, en campagne électorale, vouloir miser sur les formations professionnelles et techniques afin de bien préparer les jeunes au marché du travail et de combler les besoins en main-d'oeuvre, les cégeps, eux, sont aujourd'hui contraints de diminuer certains services offerts aux étudiants pour répondre à l'amaigrissement du budget.

«On est en train de mettre en péril des services qui sont pour nous essentiels», prévient le président-directeur général de la Fédération des cégeps, Bernard Tremblay, lors d'une entrevue dans les bureaux du Soleil. «Alors que la plus grande partie des emplois du futur dont le Québec va avoir besoin passent par les cégeps.» 

Dans les derniers jours, plusieurs étudiants ont été à même de constater, malgré une augmentation de leurs frais, une diminution de service dans leur établissement scolaire. Les heures d'ouverture des bibliothèques ont notamment été amputées. La plupart des cégeps ont dû couper dans certains services tels que l'aide à l'apprentissage en français, en anglais et en mathématiques et l'assistance technique lors des travaux pratiques. 

La Fédération des cégeps déplore le fait que l'aide pédagogique individuelle (API) ait été grandement touchée. «Le ratio qui était [au printemps] de 1 pour 1300étudiants est maintenant de 1 pour 1700 étudiants», avance M.Tremblay, ajoutant que 30 % des étudiants changent de programme en cours de parcours scolaire, d'où l'importance de l'API.  

«On diminue nos conseillers en information scolaire ou en orientation et on diminue les professionnels qui sont chargés d'organiser les stages en entreprise, alors que le gouvernement a fait de l'adéquation en formation-emploi sa priorité, stipule M. Tremblay. On a des budgets qui nous sont maintenant alloués par le ministère de l'Emploi, et là nous sommes en train de nous questionner sur comment on va favoriser ces objectifs. Pendant ce temps, nous sommes obligés de couper dans les services de base... C'est un phénomène où la main droite ne sait pas toujours ce que la main gauche fait.»  

Le président souligne aussi la hausse des frais administratifs imposée aux étudiants pour que les établissements puissent faire face aux compressions. «Les étudiants vont voir une augmentation et ils vont constater qu'il y a des services en moins, des plates--formes de sport sont fermées la fin de semaine et des équipes sportives ont été abandonnées», donne-t-il en exemple. 

Certains cégeps ont aussi été forcés de sabrer dans les intervenants sociaux, alors que depuis 2007 le nombre d'étudiants en situation de handicap a été multiplié par huit. En 2007, le réseau collégial public comptait 1303 étudiants en difficulté, en 2014 il y en avait 11337.

Devant les pressions du gouvernement, le président-directeur général affirme que les cégeps ont peu de marge de manoeuvre pour leurs compressions. «À partir du moment où il faut que tu boucles tes budgets, tu regardes ta liste de personnel et tu te demandes qui possède la sécurité d'emploi... Lui, je peux y toucher. Que j'en aie besoin ou pas, il manque 300000$ ou 500 000 $... "coupez, coupez, coupez". Aujourd'hui, on arrive à la limite. On est un peu alarmés.»

Depuis 2011-2012, les cégeps ont subi sept compressions, totalisant 155 millions $. Selon des données fournies par la Fédération, 178131étudiants sont inscrits cet automne dans l'un ou l'autre des 48 cégeps publics au Québec. Ce nombre est de 0,2 % inférieur à l'an dernier. De ces 178131 étudiants inscrits au cégep à l'enseignement ordinaire, 46,5 % le sont au secteur préuniversitaire, 46,9 % au secteur technique et 6,6 % en Tremplin DEC (anciennement session d'accueil et d'intégration).

Journées de grève

Pour ce qui est de la possibilité de journées de grève au mois de septembre, M. Tremblay serait «très étonné» que les professeurs utilisent cette option aussi tôt dans l'année. 

«Je pense que c'est légitime que les organisations syndicales aient profité de la rentrée pour montrer leurs insatisfactions par rapport à la négociation et montrer que leurs personnels sont mobilisés, souligne-t-il. Du même souffle, nous discutions avec les dg des cégeps et ils nous disent que l'atmosphère est bonne, que les gens participent aux activités. [...] C'est normal que cela prenne du temps pour s'expliquer les choses correctement. Nous avons des conventions collectives qui sont à maturité. Elles ont été négociées il y a près de 40 ans. Je suis confiant que nous sommes capables de trouver des solutions.»

Les priorités de la Fédération des cégeps

  • Composer avec les compressions budgétaires et réclamer le financement nécessaire au développement du réseau public. Pour y parvenir, la Fédération souhaite notamment sensibiliser le gouvernement au fait que les compressions mettent en péril les services offerts directement aux étudiants et le développement futur des cégeps. Elle veut aussi limiter la bureaucratie imposée aux cégeps, par exemple réduire le temps consacré à la reddition de comptes. 

  • L'adéquation formation-emploi. Selon la Fédération, 86 % de la croissance prévue de l'emploi de niveau technique d'ici 2022 touchera aux métiers demandant une formation collégiale, ce qui équivaut à quelque 85000 nouveaux emplois qui devront être comblés par des techniciens et des technologues. La Fédération a pour objectif de sensibiliser les jeunes à l'importance de la formation technique. Elle souhaite aussi accroître les partenariats avec les représentants du marché du travail, notamment pour augmenter l'offre de stages.

  • L'évaluation du modèle collégial. La Fédération souhaite donner suite aux travaux de réflexion effectués au cours des dernières années sur l'avenir des cégeps dans le cadre du Sommet sur l'enseignement supérieur, du Colloque sur le développement des cégeps en région et du Chantier sur l'offre de formation collégiale (rapport Demers), notamment développer un nouveau programmed'internationalisation de l'éducation québécoise et modifier le Règlement sur le régime des études collégiales pour ajuster localement les programmes du Ministère afin de répondre plus rapidement aux besoins des entreprises et des organismes.

  • Valorisation de la recherche au collégial. Pour y parvenir, la Fédération souhaite diffuser des messages publicitaires, assurer le rayonnement des chercheurs collégiaux qui remportent des prix et mieux faire connaître les réalisations des centres collégiaux de transfert de technologie.

  • Préserver l'accès à l'enseignement collégial sur tout le territoire. La Fédération veut notamment inciter les jeunes à s'inscrire à des programmes auxquels ils n'ont pas accès dans leur région en leur offrant des incitatifs financiers pour faciliter leur mobilité. Elle souhaite aussi développer la formation à distance et recruter massivement des étudiants internationaux. 
Source : Fédération des cégeps

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