Le ministre Blais s'acharne sur l'Université Laval, dénonce Porter

Dans une entrevue éditoriale réalisée à sa demande,... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Dans une entrevue éditoriale réalisée à sa demande, John Porter a présenté sa version de la controverse sur la bonification des conditions d'après-mandat de la haute direction de l'Université Laval.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) «Fendant» et «condescendant», le ministre François Blais fait preuve d'un «acharnement particulier» par rapport à l'Université Laval dont le rectorat lui a échappé, déclare le président du C. A., John Porter.

Dans une entrevue éditoriale réalisée à sa demande, M. Porter présente sa version de la controverse sur la bonification des conditions d'après-mandat de la haute direction de l'institution. Il règle aussi ses comptes avec l'ex-doyen de la Faculté des sciences sociales et aujourd'hui ministre de l'Enseignement supérieur.

Par ses «petites phrases assassines», la semaine dernière, le ministre a piqué au vif le président du C. A. qui, pour l'heure, ne lui retourne plus ses appels. «Je note qu'il y a un acharnement particulier sur notre université depuis quelque temps, affirme M. Porter. Je n'aime pas ça. Il y a un élément de personnalisation qui n'est pas correct.»

M. Porter, ex-directeur général du Musée national des beaux-arts, ne digère pas que le ministre ait laissé entendre qu'il était «visiblement mal informé» dans le dossier de l'après-mandat. «Eille! Il y a des sacrées limites, peste-t-il. Il faut être fendant comme 24 pour dire un truc comme celui-là.»

L'allusion à un mandat qu'il a reçu du précédent gouvernement dans le cadre du Sommet sur l'enseignement supérieur passe mal, lui aussi. «Le ministre sort un gros chiffre qui intègre toutes les dépenses associées au truc et, oups, "c'était bien payé, hein?", rage M. Porter. C'est une vacherie. Ce n'est pas compliqué. En anglais, c'est une cheap shot

Au coeur de la mésentente, l'évaluation du ministère de l'Enseignement supérieur qui chiffre à 1,4 million $ la facture potentielle de la bonification des conditions d'après-mandat. Une estimation qui plaque aveuglément à huit personnes le même canevas maximaliste, sans tenir compte de leur âge réel de retraite ou de leur échelle salariale après le mandat, fait-il valoir. Des variables, entre autres, qui modifient considérablement l'équation, dit-il.

Sans compter que le ministre refuse d'évoquer la coupe salariale de 3 % que la direction s'est aussi imposée peu après, souligne M. Porter. Une mesure qui, non seulement compense entièrement le coût de la bonification, mais permet même de générer des économies, selon lui. L'Université Laval, qui se base sur un système de moyenne, prévoit une facture maximale de 390 000 $ pour la bonification. La baisse de salaire, elle, dégagerait des économies de quelque 600 000 $. 

«Si on me demandait de retirer les deux mesures, j'aurais beaucoup d'hésitation à le faire parce que je pénaliserais l'Université Laval, maintient M. Porter. Ça lui coûterait des sous plutôt que de lui en rapporter. Comme administrateur, je serais un peu gêné.»

La bonification permet à un haut dirigeant qui garde son lien d'emploi avec l'Université de conserver entre 100 % et 75 % de son salaire de patron pour une période allant jusqu'à six ans. La règle précédente, qui ne tenait pas compte d'un deuxième mandat, prévoyait entre 90 % et 70 % du salaire sur trois ans.

Question de rétention

Les conditions précédentes ne suffisaient-elles pas? «C'est une question de point de vue», note le président du C. A., qui réitère qu'un rapport indépendant le recommandait. Au cours des dernières années, au moins quatre dirigeants actuels de l'Université ont été convoités par d'autres institutions québécoises ou canadiennes qui leur offraient de meilleures conditions, souligne M. Porter. «À l'Université Laval, notre équipe, sur le plan des salaires, par rapport à des universités équivalentes, c'est 20 % de moins, dit-il. À un moment donné, il faut arriver à maintenir un équilibre et un pouvoir d'attraction institutionnel qui va faire que demain ou après-demain, l'Université conserve un minimum de pouvoir d'attraction.»

M. Porter s'explique mal l'attitude du ministre Blais par rapport à l'Université Laval. «On se retrouve dans une situation où vous avez un ministre qui, il n'y a pas si longtemps, était dans une course au rectorat à l'Université Laval, relate-t-il. Je ne fais pas de procès d'intention. Mais ça a été sa situation. Il n'a pas été élu.»

Les ponts restent à rebâtir avec le ministre de l'Enseignement supérieur. La confiance est entamée. Le président du C. A. se demande pourquoi le ministre ne lui a pas parlé des chiffres du Ministère lors de leur dernière rencontre, le 11 mai. Et pourquoi M. Blais n'a pas voulu qu'il soit alors accompagné de son propre chef de cabinet pour bien expliquer l'évaluation faite par l'Université. Il déplore également que le ministre de l'Enseignement supérieur refuse la demande d'une rencontre avec les présidents des C. A. des universités à charte. 

«J'ai travaillé avec plusieurs ministres et premiers ministres, et je n'ai jamais vu ça, laisse tomber M. Porter. Vous savez, la confiance, ça se mérite. (...) J'ai beaucoup administré dans ma vie. Je mets beaucoup d'énergie comme président bénévole. Il y a une chose que je vais demander, c'est un minimum de respect. (...) Je vais finir par leur reparler. Je les ai laissés mijoter. Il y a des limites à être impolis.»

L'UL prête à aller jusqu'en cour

L'Université Laval n'hésitera pas à recourir aux tribunaux si le ministre met à exécution sa menace de réduire sa subvention pour compenser la bonification des conditions d'après-mandat.

Le ministre François Blais a bien dit que les contribuables «ne paieront pas» pour la mesure adoptée à la mi-décembre. L'Université Laval ne l'a pas consulté avant de modifier les conditions d'emploi des hauts dirigeants, comme l'exigent les Règles budgétaires et calcul des subventions de fonctionnement aux universités du Québec. M. Blais entend donc réduire la subvention à l'institution d'un montant équivalent à la bonification lorsqu'elle s'appliquera, à partir de 2017.

«Pensez-vous que j'aurais pris ce genre de mesures sans être confortable sur le plan de la loi? demande John Porter. La mesure est parfaitement légale. Notre avis juridique est confidentiel, mais il est hyper-blindé. On l'a envoyé au ministère. Ils ne nous ont jamais répondu sur le fond parce qu'ils n'étaient pas capables de le contester.»

L'Université ne croit pas que le ministre devait être prévenu parce que la bonification combinée à la coupe salariale de 3 % n'entraînera pas de coût supplémentaire. Pourrait-elle contester devant les tribunaux si sa subvention est réellement amputée? «Oui», lance le président du C. A., avant d'ajouter qu'il ne croit pas que les choses en viendront là.

Fuite des syndicats?

Selon lui, ce sont des syndicats de l'Université Laval qui ont orchestré une fuite sur les conditions d'après-mandat pour nuire à la partie patronale dans les négociations qui s'ouvraient. «Et là, ça s'est comme emballé, analyse M. Porter. On est dans une période où l'indignation est facile. [...] Il y a du monde qui s'était préparé. La campagne était préparée pour lancer ceci et cela avec toutes sortes de perceptions. On s'est trouvé à gérer une crise médiatique dont on ne contrôlait pas les tenants et les aboutissants.»

Le président assure que la coupe de 3 % du salaire des dirigeants, survenue en séance extraordinaire deux semaines après les révélations du Soleil sur l'après-mandat, n'était pas une tentative de limiter les dégâts. «Dans ces matières, on est toujours dans l'univers de la perception, affirme-t-il. On est là-dedans depuis le début, même si dans certains cas, la perception est erronée. Les gens m'ont dit : "M. Porter, ce n'était pas le moment pour faire ça". Il n'y a jamais de bon moment pour ajuster les règles.»

Les derniers mois n'ont pas été simples pour le président du conseil d'administration. Il affirme avoir fait des interventions sur le campus pour expliquer la situation, mais que cela n'a pas mené à grand-chose.

«J'ai dû recevoir, pendant le temps des Fêtes, des dizaines et des dizaines de courriels de ci de ça, avec des trucs haineux, de tout ce que vous pouvez imaginer, affirme-t-il. Ce n'est pas facile et, à bien des égards, désagréable. C'est là que j'ai réalisé à un moment que quand certaines personnes ont des agendas, vous pouvez leur dire n'importe quoi, si ce n'est pas ce qu'elles veulent entendre...»

Il se dit prêt à rendre public chaque année le coût du nouveau régime de bonification par rapport aux économies liées à la coupe salariale de 3 %. 

En attendant, M. Porter «déplore tout le temps perdu». «On a peut-être pas joué ça comme il faut, dit-il. S'il y a des blâmes à prendre, je peux les prendre. Mais il y a des enjeux fondamentaux qui concernent les universités et l'enseignement supérieur et on passe à côté.» 

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