Est-du-Québec: à l'ère des classes multiprogrammes

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À Saint-Léandre, dans La Matanie, Joyce Truchon est la seule enseignante de l'école, avec 10 élèves de la première à la troisième année.

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Johanne Fournier

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Saint-Léandre) L'Est-du-Québec rime souvent avec baisse démographique. Plusieurs milieux doivent rivaliser d'initiatives afin de maintenir leur école de village ouverte. La méthode la plus souvent mise de l'avant est d'instaurer des classes multiprogrammes.

C'est le cas de l'école Notre-Dame de Cloridorme, en Gaspésie, où la commission scolaire envisage de ne former qu'une seule classe avec 12 élèves de la maternelle à la sixième année. «C'est inconcevable», réagit Michelle Fournier, un parent, qui est aussi présidente du conseil d'établissement. «Le professeur ne pourra pas apprendre à lire et à écrire aux plus jeunes et faire la géographie et les sciences des cinquième et sixième années.»

Conséquence : les parents de 8 de ces 12 élèves ont demandé d'envoyer leurs enfants à Grande-Vallée, rapporte la présidente du comité de parents de la commission scolaire des Chic-Chocs, Sylvie Pelletier. «Je ne sais pas pourquoi la commission scolaire s'entête à garder cette école-là ouverte», soutient-elle.

Selon Mme Pelletier, qui est également commissaire, des parents d'élèves des écoles primaires de Murdochville et de Grande-Vallée prévoient garder leurs enfants à la maison à l'automne si l'organisation scolaire, qui propose des classes multiprogrammes, ne change pas. «À l'école Saint-Antoine de Gros-Morne, un enfant de la maternelle sera jumelé avec cinq élèves de la première à la quatrième année», s'indigne-t-elle.

Les 17 écoles primaires et secondaires de la commission scolaire des Chic-Chocs demeurent ouvertes, en dépit d'un déclin de 27 % de sa population scolaire dans la dernière décennie. Certaines d'entre elles comptent seulement deux classes.

Une seule école de la Gaspésie est condamnée à fermer en septembre. Il s'agit de l'école Assomption de Val-d'Espoir, en Gaspésie. La commission scolaire René-Lévesque parle de fermeture temporaire.

Cette décision laisse un goût amer chez certains parents, puisque le village compte suffisamment d'enfants pour maintenir l'école ouverte, d'autant plus qu'ils ont travaillé fort, au cours des dernières années, pour développer un concept d'école entrepreneuriale et communautaire. «Le problème, c'est que les parents de 11 enfants les enverront à l'école de Cap-d'Espoir, déplore une mère de Val-d'Espoir, Nancy Rail. Il y aurait 17enfants à la rentrée, ce qui serait assez.»

Vers d'autres fermetures?

Sept écoles situées dans les MRC de La Matanie, de Rimouski-Neigette et de La Mitis n'ont pas le minimum d'élèves requis pour offrir la maternelle à l'automne. Les commissions scolaires des Monts-et-Marées ainsi que des Phares feront connaître leur décision prochainement.

Saint-Léandre, dans La Matanie, a mis de l'avant des initiatives afin de maintenir son école primaire ouverte. Elle dispose d'une classe jumelée de 10 élèves de première à la troisième année et, à la prochaine rentrée, elle pourrait même ouvrir une deuxième classe de 6 élèves de la quatrième à la sixième année.

«C'est incroyable, ce que ces gens-là ont fait pour la sauvegarde de leur école», commente la présidente de la commission scolaire des Monts-et-Marées, Céline Lefrançois. L'école mise sur le développement d'un programme sports-étude en équitation dès septembre.

À Sainte-Françoise, dans Les Basques, l'école compte une classe jumelée de la quatrième à la sixième année. Ils sont sept élèves. «Aucune école n'a été fermée depuis 1998», fait savoir le directeur général de la commission scolaire du Fleuve-et-des-Lacs, Bernard D'Amours. «On va se battre pour maintenir nos écoles de village.»

À la commission scolaire Kamouraska-Rivière-du-Loup, les écoles de Saint-Roch-des-Aulnaies, de Saint-Onésime et de Sainte-Louise se concertent afin d'offrir la maternelle.

«Les enfants peuvent tous aller à la maternelle, mais pas nécessairement dans leur village», explique le secrétaire général de la commission scolaire, Éric Choinière. «Pour les autres niveaux, on a des classes jumelées.»

Sur la Côte-Nord, la commission scolaire de l'Estuaire, qui a perdu près de 2000 élèves en 10ans, s'entête à garder l'école Père-Duclos de Franquelin ouverte, même si son nombre d'élèves n'est que de sept et qu'elle ne peut compter sur l'aide financière de Québec. Malgré la diminution de population scolaire depuis 2012, il n'est pas non plus envisagé par la commission scolaire du Fer de fermer des écoles.

Aux Îles-de-la-Madeleine, aucune école n'a fermé ses portes depuis 10ans, en dépit d'une baisse des effectifs de 36 %. L'école la moins populeuse est celle de Grande-Entrée, avec 22 élèves. Elle en comptera 17 à la rentrée. Les trois élèves de maternelle n'ont pas d'enseignante attitrée. Avec Geneviève Gélinas, Steeve Paradis, Gilles Gagné, Fanny Lévesque et André Bécu (collaboration spéciale)

Des parents dénoncent le maintien de petites écoles

Le comité de parents de la commission scolaire des Chic-Chocs, en Gaspésie, prévoit une vaste mobilisation mardi soir, lors de la séance publique du conseil des commissaires qui se tiendra à Grande-Vallée. Les organisateurs attendent environ 150 parents qui iront faire connaître leur insatisfaction concernant l'organisation scolaire des écoles de village. «On tend la main aux commissaires afin de dénoncer les coupures dont les commissions scolaires sont victimes», décrit la présidente du comité de parents, Sylvie Pelletier. Elle considère certains jumelages de classes, comme la maternelle avec la première année, comme étant insensés. Pour elle, l'organisation proposée pour certaines petites écoles mène tout droit vers la catastrophe.

«Est-ce qu'on va continuer à desservir des écoles de village au détriment de la qualité des services aux élèves?» se demande Mme Pelletier, qui est aussi commissaire. «On a l'impression qu'on fait du cheap labour sur l'éducation de nos enfants. Il y a des désavantages à envoyer nos enfants dans des petites écoles parce qu'il y a des services qui ne sont pas offerts. Rend-on vraiment service à l'élève?»

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