Les tableaux interactifs sous-utilisés dans les écoles

Selon les données du ministère de l'Éducation, 36... (Photothèque Le Soleil)

Agrandir

Selon les données du ministère de l'Éducation, 36 000 des 40 000 classes québécoises étaient dotées d'un tableau numérique interactif.

Photothèque Le Soleil

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Quatre ans après la mise en place du fameux programme de 240 millions $ visant à doter les écoles du Québec de tableaux numériques interactifs (TNI), les résultats préliminaires d'une étude réalisée par des chercheurs de l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) révèlent que ces outils ne sont toujours pas exploités au maximum de leurs capacités.

Selon les données du ministère de l'Éducation, 36 000 des 40 000 classes québécoises étaient dotées d'un TNI (aussi appelé tableau blanc interactif, ou TBI) ou d'un outil équivalent au 30 septembre 2014. Le déploiement des TNI, commencé en 2011, doit être terminé pour juin 2016.

Deux chercheurs du Département des sciences de l'éducation de l'UQTR ont obtenu une subvention de 150 000 $ du ministère de l'Éducation en 2012 pour réaliser une étude sur l'impact de l'utilisation des tableaux numériques interactifs sur les pratiques pédagogiques des enseignants du primaire et du secondaire.

Dans le cadre de cette étude, qui devrait être publiée en 2016, quelque 300 enseignants ont répondu à des questionnaires. Des participants qui, sans être des experts, étaient pour la plupart «des gens intéressés et ouverts aux TNI», précise un des chercheurs, Ghislain Samson. 

M. Samson et sa collègue Sonia Lefebvre ont constaté que les enseignants n'affichent pas le même degré d'utilisation du TNI. Mais, de façon générale, remarquent-ils, la technologie n'est pas exploitée au maximum. «Il y a eu une évolution dans la manière de l'utiliser, mais il reste encore du travail à faire», résument les chercheurs.

Selon les enseignants interrogés, le manque de temps serait un frein important au développement du savoir-faire des enseignants. «Ça revient constamment, les enseignants nous disent qu'ils n'ont pas assez de temps, le temps de s'approprier l'outil, mais aussi de préparer des projets d'apprentissage», note Ghislain Samson.

Pour contrecarrer ce manque de temps, Sonia Lefebvre suggère aux enseignants de ne pas rester seuls avec leur TNI, de travailler en «communauté de pratique» avec leurs collègues.

Outre le manque de temps, les enseignants se plaignent d'un manque de formation, témoignent les chercheurs. «Ils nous disent qu'ils ont besoin de formation, pas une formation limitée aux aspects technologiques, mais qui touche aussi les aspects technopédagogiques», dit M. Samson.

Cela étant, les enseignants interrogés disent aussi du bien des TNI, selon les chercheurs. La technologie serait notamment utile en mathématiques et en sciences, et elle motiverait les élèves. Le fait que les données puissent être sauvegardées et récupérées est aussi apprécié des enseignants, rapporte Mme Lefevbre. «Ce n'est pas comme un tableau vert qu'on efface, compare-t-elle. Avec un outil comme le TNI, on peut revenir sur la matière enseignée.»

Lacunes relevées dans deux précédents rapports 

En mai 2014, le quotidien Le Devoir a fait état d'une étude confidentielle menée par la firme Raymond Chabot Grant Thornton pour le compte du ministère de l'Éducation. Selon cette étude datée de novembre 2013, des irrégularités ou lacunes administratives ont entaché la mise en place des TBI.

Plus particulièrement, le rapport soulignait la faible concurrence due à la présence de seulement deux soumissionnaires, dont Smart Technologies, qui a fourni la quasi-totalité des TNI dans les écoles québécoises. Cette société albertaine était représentée par Martin Daraîche, un lobbyiste du cabinet National qui avait été conseiller politique de Jean Charest et de Nathalie Normandeau.

L'étude faisait également état de tableaux payés plus cher que leur valeur estimée (les TNI ont coûté 2500 $ chacun à l'État québécois). Elle mentionnait en outre que le ministère de l'Éducation avait omis de demander des comptes sur l'efficacité des TNI dans les classes et sur leur appropriation par les enseignants. 

Enfin, le rapport soulignait des lacunes dans la planification du projet, notamment à cause des coûts de formation du personnel.

Une étude de l'Université de Montréal publiée en 2013 a également brossé un portrait peu reluisant des TNI dans les écoles : outil pas utilisé à la hauteur de son potentiel, faible interaction des élèves avec le TBI, tableau trop petit, formation insuffisante aux enseignants, problèmes techniques...

Malgré ces deux rapports critiques, le gouvernement libéral a poursuivi le programme, que l'administration Marois avait mis sur la glace dans la semaine suivant sa prise du pouvoir, à l'automne 2012.

Les syndicats déplorent le manque de formation

La Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ) déplore que le gouvernement ait appliqué une mesure «mur à mur» en dotant toutes les écoles de tableaux numériques interactifs sans s'assurer que les enseignants reçoivent la formation adéquate pour les utiliser.

«Il y a des enseignants qui s'en servent sans aucune interactivité ou comme projecteur parce que les formations qui auraient dû accompagner ça ne sont pas là», dit la présidente de la FSE-CSQ, Josée Scalabrini. 

Et ça, c'est quand ils s'en servent, ajoute-t-elle. «Même si on dit que 70 % des classes ont maintenant le tableau blanc interactif, nous, on sait qu'il y a encore des tableaux qui sont encore dans des boîtes parce qu'il n'y a pas de techniciens pour les installer. Ce n'est pas tout de payer pour un tableau interactif, il faut aussi le faire installer. Et une fois qu'il est installé, il faut savoir comment s'en servir», souligne Mme Scalabrini, ajoutant que des écoles et des commissions scolaires ont dû couper dans les formations numériques dans la foulée des compressions imposées par le gouvernement.

«En période de grandes priorités comme celle qu'on vit depuis six ans, il y a des gens qui auraient eu d'autres priorités que les tableaux blancs. Quand tu appliques une technologie mur à mur, il faut que tu t'assures d'avoir le financement pour l'utiliser au maximum», dit Mme Scalabrini, qui préférerait par ailleurs qu'on mette la technologie au service de l'apprentissage plutôt que le contraire. 

=> EN UN MOT: tableau numérique interactif

L'Office québécois de la langue française (OQLF) définit le tableau numérique interactif comme un dispositif interactif composé d'un ordinateur, d'un vidéoprojecteur et d'un tableau blanc électronique sur lequel est projetée l'image de l'écran d'un ordinateur.

«La surface du tableau est utilisée pour commander et piloter l'ordinateur à l'aide d'un stylo électronique qui remplace complètement la souris, ou à la main, selon le système utilisé. Il est ainsi possible de cliquer, de double-cliquer, de surligner, de naviguer sur Internet, mais aussi de déplacer, redimensionner des objets, d'afficher ou de modifier des images, des photos, des vidéos, etc.», écrit l'OQLF dans son Grand Dictionnaire terminologique.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer