L'ASSÉ songe à mettre la grève sur la glace jusqu'à l'automne

Dans un texte de réflexion transmis à ses... (La Presse, André Pichette)

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Dans un texte de réflexion transmis à ses membres, l'ASSÉ, l'un des joueurs majeurs du mouvement étudiant, considère ce qu'elle appelle un «repli stratégique» pour le succès de sa cause.

La Presse, André Pichette

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(Québec) Dans un texte de réflexion destiné à ses membres, le conseil exécutif de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) propose de suspendre la grève étudiante pour mieux la reprendre à l'automne.

Les auteurs du document de quatre pages, dont le contenu sera discuté au congrès de l'ASSÉ les 4 et 5 avril à Salaberry-de-Valleyfield, estiment qu'il est «possible de faire en sorte qu'une non-reconduction de la grève au printemps ne soit pas un échec, mais plutôt un repli stratégique». 

D'emblée, le conseil exécutif rappelle que parmi les 66 associations ayant voté une grève reconductible, la plupart proviennent d'associations étudiantes universitaires ou montréalaises, et qu'une majorité d'associations hors Montréal ou collégiales ont voté seulement pour une journée de grève ponctuelle le 2 avril. Ou contre, c'est selon.

«Nous croyons qu'il est important de prendre ces constats en considération lorsque nous réfléchissons à la possibilité de se lancer dans une grève générale illimitée dans les prochains mois», écrivent les auteurs du document consulté par Le Soleil.

Le conseil exécutif présente ensuite les deux possibilités qui s'offrent à l'ASSÉ. La première: les votes de reconduction de grève sont victorieux le 7 avril.

«À ce moment, la grève générale illimitée [GGI] serait menée majoritairement par des associations universitaires et pour la plupart montréalaises [...]. D'abord, est-ce suffisant pour bâtir un mouvement de GGI? Les autres associations qui ont voté une journée de grève se lanceront-elles dans le mouvement alors que la fin de session approche et que la mobilisation au local ne s'est pas articulée autour de la question de la GGI?» demandent les auteurs.

Mais encore, se questionnent-ils, jusqu'où irait l'ASSÉ si elle lançait une GGI? «Quelles seront les raisons pour lesquelles nous nous prononcerons en faveur d'une reconduction? Jusqu'à l'abolition des mesures d'austérité? Si c'est le cas, une grève étudiante ne peut pas à elle seule bloquer ces mesures.»

Conséquences d'un échec

Deuxième possibilité : la reconduction de la grève est battue dans les assemblées générales. «Ne nous le cachons pas, cela serait considéré comme une défaite. [...] Nous ne pouvons nous permettre d'échouer», souligne le conseil exécutif de l'ASSÉ.

Parce qu'un échec aurait des conséquences importantes, tant sur les mobilisations futures du mouvement étudiant que sur la grève qui se prépare dans le secteur public, explique-t-il. «Une fenêtre historique s'ouvre à nous pour faire la grève conjointement avec les syndiqués de la fonction publique. Si nous poursuivons dans le sens d'une GGI dès maintenant, nous prenons le risque de ne pas pouvoir les rejoindre à l'automne.»

Les auteurs du document de réflexion sont d'avis que «si, au terme de ces deux semaines de mobilisation intensives ce printemps, nous signalons au gouvernement que nous nous reverrons à l'automne, nous resterons mobilisés».

«Cette réflexion n'est pas un appel à la démobilisation. Au contraire, si nous voulons une mobilisation continue qui se fait sur le long terme, de manière constante et conjointement avec d'autres groupes, il faut savoir ralentir au bon moment pour mieux repartir plus tard», conclut le conseil exécutif de l'ASSÉ.

Cela dit, insiste-t-on à l'ASSÉ, il appartiendra aux associations étudiantes, qui sont souveraines, de décider si elles poursuivent ou non la grève. «L'ASSÉ va continuer d'offrir du support et de l'aide aux assos locales qui décident de poursuivre la grève. Il n'y aura aucun mot d'ordre du national au local», a assuré au Soleil la porte-parole de l'ASSÉ, Camille Godbout.

L'ASSÉ regroupe plus de 8000 étudiants membres de 43 associations étudiantes collégiales et universitaires. À l'Université Laval, sur les 16 associations qui ont obtenu un mandat de grève reconductible, 7 sont membres de l'ASSÉ.

Aucune des associations étudiantes de l'Université Laval contactées par Le Soleil n'a voulu commenter le document du conseil exécutif de l'ASSÉ, «parce qu'il revient aux membres d'en débattre et de se positionner», nous a-t-on expliqué.

Ce n'est que partie remise, dit la porte-parole de l'ASSÉ

La porte-parole de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ), Camille Godbout, refuse de parler de «repli» du mouvement de grève étudiant. Au contraire, dit-elle, «le gouvernement va nous trouver encore plus sur son chemin».

«À l'approche du congrès de l'ASSÉ qui aura lieu en fin de semaine, il y a différents textes de réflexion qui circulent à l'intérieur du mouvement étudiant et de l'ASSÉ [...]. Ce n'est pas une position officielle de l'ASSÉ, c'est vraiment une question de réflexion qui est nécessaire de faire actuellement au sein du mouvement étudiant», a expliqué au Soleil la porte-parole de l'ASSÉ, Camille Godbout.

Mme Godbout estime que les deux semaines de grève, qui pourraient être reconduites par certaines associations étudiantes, ont permis d'envoyer des messages clairs au gouvernement, «des signaux d'avertissement». «Ce n'est qu'une démonstration de ce qu'on est capable de faire en termes de contestation sociale», dit-elle.

Large mouvement social

Avec «l'agressivité» dont a fait preuve le gouvernement dans son dernier budget, «c'est sûr qu'il va nous trouver encore plus sur son chemin», promet Mme Godbout.

L'ASSÉ, poursuit sa porte-parole, a la volonté de construire un mouvement social plus large que la question étudiante. «La mobilisation des dernières semaines a été spectaculaire, il y a vraiment une colère en ce moment qui ne fait que grandir face aux compressions qu'on nous impose en éducation et dans l'ensemble des services sociaux», observe Mme Godbout, ajoutant du même souffle que la population québécoise «fait face actuellement aux pires compressions dans les services publics depuis 20 ans».

Prématuré, le mouvement de grève étudiante? Pas du tout, estime Mme Godbout. «Avec la grève qui se déroule en ce moment, jamais on n'a autant parlé de mesures d'austérité et de contestation face au Parti libéral», fait-elle valoir, ajoutant que l'ASSÉ et le mouvement étudiant «veulent se faire entendre» et que «c'est avec l'ensemble des acteurs de la société civile [...] que nous allons pouvoir continuer à mobiliser l'ensemble de la population [contre les mesures d'austérité]».

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