Bac en enseignement: on prend «n'importe qui», clame une didacticienne

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Le gouvernement exigera de meilleurs résultats scolaires au collégial afin d'avoir des candidats «plus forts» à l'entrée au bac.

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(Québec) «C'est scandaleux qu'on prenne n'importe qui, mais vraiment n'importe qui, du meilleur au pire.»

La didacticienne du français Suzanne-G. Chartrand souhaite depuis longtemps que Québec impose des conditions d'admission plus sévères au baccalauréat en enseignement.

«Ça fait 20 ans que je le demande. Et j'attends toujours des mesures concrètes», soupire Mme Chartrand, retraitée du Département d'études sur l'enseignement et l'apprentissage de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval.

Actuellement, il n'y a pas de critères uniformes édictés par le ministère de l'Éducation, chaque université choisissant les candidats au bac en enseignement selon la cote de rendement au collégial (la fameuse cote R). 

«Les universités et les facultés des sciences de l'éducation veulent des clients, alors ils ne sont pas regardants», déplore Mme Chartrand, pour qui il est clair qu'on forme et diplôme trop de profs médiocres. «C'est une course aux diplômes. On diplôme des enseignants qui ne devraient pas l'être», résume-t-elle.

Selon ce que rapportait La Presse, mardi, le gouvernement Couillard exigera de meilleurs résultats scolaires au collégial afin d'avoir des candidats «plus forts» à l'entrée au bac et, ultimement, «les meilleures personnes possibles pour enseigner aux enfants». 

Test unique de français

Québec souhaite aussi instaurer un test unique de français qui serait «exigeant». L'objectif : éviter que les candidats au bac en enseignement soient trop faibles en français et échouent au fameux test de certification en français écrit pour l'enseignement (TECFEE), qui serait maintenu à la fin des études. 

À l'heure actuelle, plus de la moitié des futurs professeurs échouent au TECFEE lors d'une première tentative. Mais ils ont droit à un nombre illimité de reprises, ce qui n'était pas le cas auparavant, s'indigne Mme Chartrand.

«Les universités se sont entendues entre elles pour que les étudiants puissent passer ce test le nombre de fois qu'ils veulent. C'est scandaleux», dit l'ancienne enseignante, qui souhaite également voir les futurs profs passer un test de français oral. «Comme enseignant, on passe nos journées à parler. On doit être des modèles linguistiques pour les enfants», plaide-t-elle.

Selon Mme Chartrand, si on accepte «n'importe qui» en enseignement, c'est parce qu'on ne valorise pas assez le travail de l'enseignant dans notre société. «C'est un métier sous-payé et non valorisé. On n'a pas plus de respect pour l'enseignement qu'on en a pour la langue française au Québec.»

Un problème social

La présidente de la Fédération des syndicats en enseignement (FSE-CSQ), Josée Scalabrini, croit elle aussi que «socialement, il y a un problème avec le français» au Québec. «Mais on fait d'un problème social la problématique des enseignants. C'est ça qui est déplorable, juge Mme Scalabrini. Les étudiants qui entrent en éducation à l'université ont le même problème que les autres étudiants.»

La présidente de la FSE estime par ailleurs que la nouvelle publiée mardi dans La Presse est un bien mauvais message à envoyer à l'ensemble de la société. «Si c'est le premier message qu'a voulu envoyer le nouveau ministre de l'Éducation [François Blais], c'est raté [...]. L'image qui pourrait rester dans la tête des gens qui ont lu l'article, c'est que nos jeunes enseignants sont en difficulté dans leur profession, ce qui n'est pas le cas.»

La syndicaliste rappelle que les jeunes profs ont obtenu un brevet et passé tous les examens avant d'entrer dans la profession. «On a un très beau réseau de l'éducation au Québec, avec de belles réussites et de très bons enseignants», insiste-t-elle.

«Oui, on est ouvert à parler de la cote R, mais est-ce qu'on pourrait aussi parler de la précarité dans la profession, de la tâche et des conditions de la profession enseignante, de ce qui donne le goût à des jeunes de venir ou pas en éducation?» demande Mme Scalabrini.

 

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