Quatre scénarios pour les commissions scolaires

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Le taux de participation aux élections scolaires se situe sous la barre des 5 % à l'échelle provinciale.

Le Soleil, Pascal Ratthé

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Daphnée Dion-Viens
Le Soleil

(Québec) Le ministre de l'Éducation, Yves Bolduc, veut modifier en profondeur le visage des commissions scolaires, dans la foulée du «décevant» taux de participation aux élections qui se situe sous la barre des 5 % à l'échelle provinciale. Les changements ne seront pas cosmétiques mais bien «significatifs», prévient-il. «Le statu quo n'est plus possible. Une révision s'impose», a-t-il déclaré lundi. Pour y voir plus clair, Le Soleil vous propose un tour d'horizon de quatre scénarios.

=> Abolition

Cette hypothèse semble de moins en moins probable, même si le ministre Bolduc a lancé lundi des messages contradictoires à ce sujet. Le faible taux de participation aux élections scolaires signifie que les électeurs veulent revoir en profondeur le mode de fonctionnement des commissions scolaires, a-t-il indiqué, tout en précisant que les électeurs «n'ont pas demandé l'abolition». M. Bolduc a toutefois refusé de confirmer que l'abolition des commissions scolaires était écartée, en se bornant à répéter que «tout est sur la table» comme il l'a fait au cours des dernières semaines.

Or selon la présidente de la Fédération des commissions scolaires, qui s'est entretenue avec le ministre Bolduc lundi matin, il sera davantage question au cours des prochains mois de regroupements de services ou de territoire. «Je sens que c'est plus de ça dont on va parler que d'abolition», a indiqué lundi Josée Bouchard.

La disparition des commissions scolaires soulèverait toute une levée de boucliers dans le milieu de l'éducation. Même la Fédération québécoise des directions d'établissement d'enseignement, qui a toujours été très critique envers les commissions scolaires, reconnaît que le réseau de l'éducation aura toujours besoin d'un «palier intermédiaire» pour faire le pont entre les écoles et le ministère de l'Éducation.

=> Fusions et regroupements

Le ministre Bolduc a confirmé lundi qu'il y aura des «regroupements» de commissions scolaires «sur une base logique et efficace», refusant d'en dire davantage pour l'instant. Au cours des dernières semaines, différents scénarios ont été évoqués, comme celui de passer de 72 à 46 commissions scolaires.

L'idée n'est pas nouvelle puisque le précédent gouvernement péquiste voulait aussi regrouper des commissions scolaires ou certains de leurs services, comme la paye ou la perception de la taxe, par exemple. La Fédération des commissions scolaires semble ouverte à ce scénario, à quelques nuances près. «On ne fait pas des fusions pour des fusions. Il faut être capable de démontrer qu'il va y avoir de réelles économies», a affirmé Josée Bouchard.

Déjà, des scénarios sont à l'étude à certains endroits. Le regroupement de la taxe, sur le plan régional, pourrait être quelque chose d'intéressant à condition qu'on en fasse la démonstration, poursuit Mme Bouchard. Il ne faut pas non plus tomber dans le «mur à mur», afin de respecter les spécificités de chaque région, prévient-elle.

Selon la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), qui représente des milliers d'enseignants et de professionnels du réseau scolaire, les solutions en éducation ne se trouvent toutefois pas dans les structures ou la réduction des coûts administratifs des commissions scolaires, qui se situent déjà sous la barre des 5 %. Le décrochage scolaire ne se réglera pas en jouant avec les structures, affirme sa présidente, Louise Chabot.

=> Décentralisation des pouvoirs vers les écoles

Le ministre de l'Éducation, Yves Bolduc, a par ailleurs affirmé lundi vouloir décentraliser davantage le réseau scolaire pour donner plus d'autonomie aux écoles et aux enseignants. «On croit que le fait de décentraliser va améliorer la réussite scolaire grâce aux stratégies adoptées par les écoles. Ça permet aux écoles d'adapter leurs moyens en fonction de leurs besoins», a-t-il affirmé.

Un discours qui plaît à la Fédération québécoise des directions d'établissement d'enseignement, qui réclame depuis des années davantage de marge de manoeuvre. Une école qui a un problème de sécurité devrait pouvoir consacrer davantage de ressources et d'énergie à régler ce problème plutôt qu'à augmenter la performance de ses élèves en lecture, comme le réclame la commission scolaire pour toutes ses écoles, illustre sa présidente, Lorraine Normand-Charbonneau. Cette dernière croit aussi que la décentralisation permettrait de réduire la bureaucratie si les écoles doivent rendre des comptes directement au ministère de l'Éducation, sans passer par les commissions scolaires.

De son côté, la CSQ considère toutefois que la décentralisation est un scénario «très inquiétant», puisque les commissions scolaires permettent de répartir équitablement les ressources sur l'ensemble d'un territoire. Une plus grande autonomie mènerait à une concurrence malsaine entre les écoles, craint sa présidente, Louise Chabot. «Comment une petite école en région va réussir à sortir du lot?»

=> Rapprochement avec les municipalités

Parmi les scénarios sur la table, le gouvernement Couillard étudierait aussi la possibilité de transférer certains pouvoirs aux municipalités, comme l'ont déjà réclamé les maires Régis Labeaume et Denis Coderre. Le transport scolaire et la gestion des infrastructures pourraient en faire partie. Les auteurs du rapport Champoux-Lesage sur l'administration des commissions scolaires ne recommandent toutefois pas au gouvernement d'aller dans cette direction, puisque les échelles salariales et les coûts administratifs sont plus élevés dans les municipalités que dans les commissions scolaires.

Le ministre Bolduc a par ailleurs affirmé lundi qu'il étudiait toujours la possibilité de tenir des élections scolaires conjointement avec le milieu municipal, une demande répétée par la Fédération des commissions scolaires depuis plusieurs années.

Un scrutin conjoint «diminuerait la bureaucratie parce que si on a une seule élection au lieu de deux, il y aurait des économies à faire et on augmenterait le taux de participation», a affirmé le ministre.

Ce dernier se donne «quelques mois» pour déposer un projet de loi qui modifiera «la gouvernance, le mandat et le rôle» des commissions scolaires.

Le ministère de l'Éducation, ce grand oublié

Les directeurs d'école se réjouissent de la décentralisation envisagée par le ministre Bolduc, mais estiment que le ministère de l'Éducation doit aussi faire partie de l'équation.

Depuis des années, la Fédération québécoise des directeurs d'établissement d'enseignement (FQDE) réclame davantage d'autonomie, dénonçant haut et fort les politiques «mur à mur» introduites au fil des ans par les ministres de l'Éducation.

«Il va falloir que dans la restructuration, on parle aussi du Ministère. On est dans un carcan administratif où le politique décide de ce que la base a besoin», affirme Lorraine Normand-Charbonneau, présidente de la FQDE.

Encore récemment, le ministre Bolduc réaffirmait son intention de doter chaque classe d'un tableau blanc interactif et d'étendre l'anglais intensif à la fin du primaire dans toutes les écoles, ou presque.

Le ministre n'y voit toutefois pas de contradiction. «Ce sont des dossiers différents. On veut de façon générale avoir une décentralisation et offrir plus d'autonomie mais il va y avoir aussi des stratégies provinciales et nationales, donc on va respecter les deux façons de faire», a-t-il indiqué au Soleil lundi. 

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