Une école aux multiples visages

«Nos enfants, ce sont des enfants à risque.... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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«Nos enfants, ce sont des enfants à risque. Tous les facteurs de risque sur la réussite scolaire sont réunis. Il y a des parents qui sont en situation de survie. Disons que ça augmente les défis» - Ann-Marie Boucher, directrice de l'école primaire Sans-Frontière

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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Daphnée Dion-Viens
Le Soleil

(Québec) Dans le corridor de l'école primaire Sans-Frontière, à Québec, flotte une vingtaine de drapeaux accrochés au plafond, illustrant la diversité culturelle de cette école qui accueille 42 % d'élèves allophones, qui proviennent de 28 pays différents. Le Soleil a passé quelques heures en compagnie de sa directrice, Ann-Marie Boucher, à la tête de cette école en milieu défavorisé. Récit.

Dans la grande cour d'école gazonnée, les élèves sont nombreux à se balancer toujours plus haut en attendant que la cloche annonce le début des cours.

Comme chaque matin, Ann-Marie Boucher fait sa tournée pour saluer les élèves, discuter avec les enseignants en devoir et les quelques parents présents.

«La surveillance des élèves ne commence qu'à 8h20, alors on demande aux parents d'accompagner les élèves jusqu'à cette heure-là. Mais souvent, on voit beaucoup d'enfants qui sont seuls dans la cour d'école», fait-elle remarquer.

La cloche sonne. Les élèves se placent en rang, certains avec un peu moins d'entrain que d'autres. Mme Boucher jette un coup d'oeil à la porte d'entrée des élèves de cinquième et de sixième année. Il n'y a pas de surveillant ce matin-là, contrairement à ce qui était prévu. La directrice tentera de trouver des explications plus tard et en profite pour faire rentrer les élèves et les diriger vers leur classe.

«C'est pour ça que c'est important d'être présente, ça permet de remédier à des petits problèmes comme ceux-là», explique-t-elle.

Comme chaque direction d'école, Mme Boucher doit gérer une équipe d'enseignants, faire des plans d'interventions pour les élèves en difficulté, organiser les services d'orthopédagogie ou de psychologie qui doivent leur être offerts, tenir les cordons de la bourse, organiser le service de garde, planifier la prochaine rencontre du conseil d'établissement et régler mille et un petits problèmes logistiques au quotidien.

Mais parce qu'elle doit travailler avec des élèves allophones, «tout est un peu plus compliqué», raconte-t-elle.

Lorsque Mme Boucher organise des rencontres de parents, par exemple, elle doit d'abord penser... à embaucher des interprètes. Même chose pour la remise des bulletins. Puisque ses élèves proviennent du Bhoutan, du Malawi, du Pakistan, de Guinée, du Bangladesh, du Pérou ou de la Tanzanie, nombreux sont les parents qui ne parlent pas un mot de français.

Il faut donc être capable de communiquer avec eux, mais aussi être en mesure de bien se faire comprendre. Tout un défi, parfois, lorsqu'un fossé culturel sépare famille et école.

Par exemple, lors d'une rencontre de parents, Mme Boucher a voulu leur expliquer le calendrier scolaire, quels sont les codes de couleur, les journées pédagogiques, etc. Mais plutôt que de lire le calendrier de gauche à droite, un parent promenait son doigt de haut en bas sur la feuille. «J'ai compris qu'on partait de loin», lance Mme Boucher.

Pourtant, le contact avec la famille est primordial. Et parfois délicat. «Comme direction d'école, on doit arrimer ses interventions en soutien à la famille, mais sans devenir menaçant pour eux et sans entrer dans le jugement», explique la directrice.

Mme Boucher, qui est à l'école Sans-Frontière depuis quatre ans, a parfois vécu des situations plus difficiles avec certaines familles. Il lui est arrivé de faire des signalements à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ). Un geste qui doit être bien réfléchi, surtout avec les différences culturelles qui entrent en jeu. «Par rapport à nos valeurs, il faut prendre un peu de recul et bien doser nos interventions. Ce n'est pas parce qu'un enfant mange juste du riz qu'il est négligé. Mais si j'ai potentiellement un enfant dans une situation difficile, je ne peux pas laisser passer ça.»

Il faut aussi être attentif. Lors de notre passage, Mme Boucher a discuté avec une prof du cas d'un élève qui porte une marque au visage, sous l'oeil. «Demande-lui ce qui s'est passé», demande-t-elle à l'enseignante.

Francisation

À l'école Sans-Frontière, plusieurs enfants arrivent en septembre sans parler un mot de français. Environ 30 % des 300 élèves sont en classe de francisation. Ces enfants sont regroupés dans ces classes d'accueil avant d'être intégrés progressivement aux groupes réguliers, selon leur progression.

En plus de devoir apprendre une nouvelle langue, ces élèves arrivent souvent marqués par ce qu'ils ont vécu avant d'arriver ici. «On ne comprend peut-être pas assez d'où ils partent, ces enfants-là, affirme Mme Boucher. Ils ont vécu une rupture, il y en a qui ont vécu des choses atroces et il y a toute une période qu'ils doivent traverser avant de faire des apprentissages.»

La marche est haute, ajoute-t-elle, rappelant par ailleurs que, parmi ces élèves, certains ne mangent pas toujours à leur faim. «Nos enfants, ce sont des enfants à risque. Tous les facteurs de risque sur la réussite scolaire sont réunis. Il y a des parents qui sont en situation de survie. Disons que ça augmente les défis.»

Compressions: «on s'en tire quand même assez bien»

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, les écoles en milieu défavorisé ne seraient pas particulièrement touchées par les compressions dans le réseau scolaire.

C'est du moins le cas à l'école Sans-Frontière, où la directrice Ann-Marie Boucher peut compter sur de l'argent supplémentaire octroyé uniquement aux écoles qui accueillent des enfants plus démunis. Il s'agit de sommes rattachées à la stratégie d'intervention Agir Autrement, dont le budget n'a pas été amputé par la commission scolaire de la Capitale.

«On a des budgets que les autres écoles n'ont pas. Ça permet de maintenir des services», affirme Mme Boucher.

De plus, la réorganisation dans le transport et l'harmonisation des journées pédagogiques entre le primaire et le secondaire a permis à la commission scolaire de faire des économies sans toucher aux services aux élèves, ajoute-t-elle. «Grosso modo, on s'en tire quand même assez bien», affirme Mme Boucher.

Choix judicieux

Dans un contexte où l'argent se fait rare, il faut toutefois faire des choix judicieux, ajoute-t-elle. «On essaie de repenser notre modèle. En orthopédagogie, par exemple, on essaie d'offrir des services à des moments où l'élève en profite le plus», en évitant le début de l'année scolaire ou juste avant la période des Fêtes, qui sont des périodes où l'apprentissage des élèves n'est pas optimal.

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