Évaluation des enseignants: Yves Bolduc «complètement déconnecté»

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Dans nos pages mercredi, le ministre Yves Bolduc a affirmé vouloir mettre en place un système d'évaluation pour les enseignants du primaire et du secondaire.

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Daphnée Dion-Viens
Le Soleil

(Québec) Les déclarations du ministre de l'Éducation, Yves Bolduc, qui veut mettre en place un mécanisme d'évaluation des profs, ont été reçues comme une claque en pleine face par les syndicats d'enseignants, qui demandent une rencontre d'urgence avec le ministre.

Pour Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l'enseignement, le ministre Bolduc vient de commettre une autre «bourde» qui s'ajoute à l'épisode de la prime et à ses déclarations controversées sur les livres scolaires.

«Je ne me rappelle pas avoir été aussi en colère. Sur le terrain, ç'a créé une commotion», lance-t-il au bout du fil.

La réaction a été aussi vive du côté de la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ). «Je trouve ça épouvantable ce qu'il y a dans ces déclarations, affirme sa présidente, Josée Scalabrini. Ça fait des années qu'on travaille sur la valorisation des enseignants. Si [le ministre Bolduc] voulait éteindre des enseignants avec ce qu'il a dit, c'est réussi.»

Dans la capitale, Denis Simard, le président du Syndicat de l'enseignement de la région de Québec, affilié à la FSE-CSQ, se fait encore plus cinglant : «J'ai rarement été aussi outré de lire les propos d'un ministre de l'Éducation. Il est complètement déconnecté. On était prêt à lui laisser une chance, mais c'est gaffe après gaffe. J'ai l'impression qu'il veut détourner l'attention, comme s'il voulait cacher son incompétence.»

Dans nos pages mercredi, le ministre Bolduc a affirmé vouloir mettre en place un système d'évaluation pour les enseignants du primaire et du secondaire. «Il faut avoir une évaluation, mais pour l'amélioration et la mise en place des bonnes pratiques. À long terme, avec des professionnels, ça donne de meilleurs résultats», a-t-il affirmé.

Il a donné en exemple le mécanisme d'évaluation mis en place par le Collège des médecins, qui permet chaque année de cibler des médecins en difficulté à qui on propose par la suite différentes formes de perfectionnement professionnel.

La mise en place d'un système d'évaluation des enseignants était aussi l'une des recommandations du rapport Champoux-Lesage, remis au ministre Bolduc en juin.

Les syndicats d'enseignants s'opposent depuis belle lurette à un tel système et le débat refait périodiquement surface dans le milieu de l'éducation. Mais dans un contexte de compressions budgétaires, où on demande aux enseignants de faire plus avec moins, la pilule est encore plus difficile à avaler, explique-t-on. 

«Oui, on peut avoir l'air chatouilleux mais on veut que les profs aient les moyens pour travailler. Il faut regarder ce qu'il y a comme conditions d'exercice», affirme Denis Simard.

Dans le contexte actuel, le ministre Bolduc s'attaque à un problème qui n'en est pas un, ajoute Josée Scalabrini : «On ne s'attaque pas aux vrais problèmes, qui sont les compressions en éducation.»

Les syndicats affirment par ailleurs que des mécanismes d'évaluation existent déjà, puisque de la supervision pédagogique peut être faite par des directions d'école. «Ça existe, l'encadrement professionnel. Ce n'est pas vrai qu'un prof en difficulté sera laissé à l'abandon, c'est un mensonge», martèle de son côté Sylvain Mallette.

Il n'existe toutefois pas d'évaluation en bonne et due forme, une fois l'enseignant embauché, comme ce qui se fait par exemple au Nouveau-Brunswick ou en Ontario.

Les deux fédérations syndicales ont demandé mercredi avant-midi une rencontre d'urgence avec Yves Bolduc pour faire le point. Au cabinet du ministre, on a indiqué mercredi qu'une rencontre aura lieu sous peu.

Critique du PQ

De son côté, le Parti québécois estime qu'il s'agit d'une «manoeuvre de diversion pour faire oublier les compressions aveugles» que le ministre Bolduc impose aux écoles. La député Nicole Léger, porte-parole de l'opposition officielle en matière d'éducation primaire et secondaire, estime qu'il s'agit d'une étape de plus dans une série de faux pas. 

«Yves Bolduc prouve une nouvelle fois qu'il n'a pas l'étoffe d'un bon ministre de l'Éducation», affirme-t-elle.

Les profs opposés à la révision de la formation générale au cégep

Les syndicats de profs de cégeps s'opposent à la révision de la formation générale au collégial, jugeant qu'il y a des problèmes beaucoup plus urgents à régler.

Dans nos pages mercredi, le ministre de l'Éducation, Yves Bolduc, affirmait être d'accord avec la Fédération des cégeps qui propose de réduire le nombre de cours obligatoires et d'augmenter les choix de cours de la formation générale au collégial. 

L'affirmation a fait bondir Mario Beauchemin, président de la Fédération des enseignants du cégep (FEC-CSQ). «Je trouve ça un peu cavalier comme déclaration», dit-il, surtout dans un contexte où le milieu collégial attend avec impatience les conclusions du rapport Demers, qui doit proposer des solutions pour assurer l'avenir des cégeps, dans la foulée des chantiers créés à la suite du Sommet sur l'enseignement supérieur.

Dans le réseau collégial, la révision de la formation générale n'est pas une priorité, tranche M. Beauchemin. «Est-ce qu'il y a quelqu'un qui s'en est plaint?»

Même son de cloche de la part de la Fédération nationale des enseignants du Québec, qui représente la majorité des profs de cégep. «Pour nous, il y a des problèmes plus importants : la survie des cégeps en région, l'aide à apporter aux étudiants en situation de handicap, l'accueil des étudiants internationaux, la formation continue, la formation à distance» affirme sa présidente, Caroline Senneville.

Cette dernière rappelle que les profs de cégeps ont des formations disciplinaires, si bien qu'on ne peut pas envoyer un prof de géographie enseigner l'histoire. 

«On peut agir diligemment sans tout bousculer», affirme-t-elle, craignant que le ministre Bolduc veuille aller trop vite dans ce délicat dossier.

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