Travailler à l'aube de la puberté

Selon une étude qui vient d'être publiée, le...

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Selon une étude qui vient d'être publiée, le niveau de détresse psychologique des jeunes qui travaillent est plus élevé, parti­culièrement chez les filles.

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Daphnée Dion-Viens
Le Soleil

(Québec) Les adolescents sont nombreux à concilier études et boulot. Mais certains le font aussi très jeunes. Selon une nouvelle étude, près de 20 % des élèves de 14 ans ont un emploi salarié auquel ils consacrent, en moyenne, 14 heures par semaine.

Il s'agit de la toute première enquête qui s'intéresse aux conditions de travail des jeunes de 12-14 ans au Québec. Intitulée «Jeunes du secondaire et du collégial qui cumulent études et travail», cette étude réalisée auprès de 3900 élèves du secondaire vient d'être publiée par l'Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail.

«Ce que ça révèle, c'est qu'on est en face d'un phénomène social. Même si les pourcentages sont faibles, il y en a de très jeunes qui travaillent. On ne pensait pas avoir ces résultats», affirme une des auteurs, Élise Ledoux.

On y apprend que 6 % des élèves de 12 ans occupent un emploi pendant l'année scolaire, une proportion qui s'élève à 9 % pour les élèves de 13 ans et à 18 % pour ceux âgés de 14 ans. Ces chiffres excluent les petits travaux d'entretien, le gardiennage et les emplois de camelot.

La majorité (57 %) travaille dans la vente et les services, mais l'enquête ne permet pas de savoir quel travail ces jeunes occupent précisément. «On peut penser à du travail dans des dépanneurs ou des restaurants. Ce sont des salariés, qui travaillent pour un employeur», affirme Luc Laberge, auteur principal de l'étude et chercheur au groupe ÉCOBES du Cégep de Jonquière.

On en trouve aussi 15 % qui travaillent dans le secteur primaire, majoritairement comme ouvrier agricole. Les jeunes interrogés viennent de trois régions, Capitale-Nationale, Saguenay-Lac-Saint-Jean et Laurentides.

Par ailleurs, ceux qui mettent les pieds sur le marché du travail ne font pas les choses à moitié. En effet, la proportion d'élèves de 12-14 ans qui travaillent au moins trois fois pendant les jours de classe est presque la même que chez les 15-19 ans (20 % en comparaison de 22 %).

«À partir du moment où les jeunes commencent à travailler, l'intensité, en termes d'heures et de jours travaillés, est déjà là et n'est pas aussi progressive qu'on pourrait le penser», peut-on lire. Les 12-14 ans au boulot sont par ailleurs proportionnellement aussi nombreux que les 15-19 ans à être soumis à une demande psychologique élevée.

L'enquête ne permet pas de savoir de quel milieu viennent les ados qui encaissent leur chèque de paye. Mais une autre étude de l'Institut de la statistique du Québec sur la santé des jeunes du secondaire permet de croire qu'il s'agit de jeunes qui ne viennent pas nécessairement de milieux défavorisés.

«Au contraire, ça pourrait être associé à une culture de la performance plus présente dans les milieux favorisés», avance prudemment Mme Ledoux, chercheuse à l'Institut Robert-Sauvé.

Avec en moyenne 14 heures de travail par semaine, ces très jeunes travailleurs peuvent avoir de la difficulté à conjuguer horaire de travail et études (lire l'autre texte). Les directeurs d'école joints par Le Soleil ne semblent toutefois pas être régulièrement confrontés à cette réalité.

«Assez rare»

Nadine Tremblay, psychologue à l'école secondaire de la Courvilloise, parle d'un phénomène «assez rare», ayant eu un cas ou deux depuis le début de l'année.

Même si le nombre de jeunes travailleurs reste faible, Luc Laberge estime qu'il faut se préoccuper de cette réalité. Les informations disponibles sur leurs conditions de travail permettent aussi d'apprendre que les employeurs n'adaptent pas forcément les tâches lorsque leurs travailleurs sont plus jeunes.

Le nombre de «contraintes physiques» auxquelles sont exposés les 12-14 ans est, par exemple, aussi élevé que pour les 15-19 ans, selon l'étude. On parle ici de travail debout, de gestes répétitifs comme du travail à la chaîne ou encore de la manipulation d'outils, de machine, d'équipement ou de lourdes charges.

Le portrait est le même pour la proportion d'élèves victimes d'accidents au travail, un chiffre qui s'élève à 13 % chez les 12-14 ans, soit la même chose que pour les étudiants plus âgés.

Faits saillants

>>12 %: proportion des 12-14 ans qui ont un travail rémunéré

>> 14° nombre d'heures travaillées en moyenne par les 12-14 ans

>> 63 %: proportion des 15-19 ans au secondaire qui ont un travail rémunéré

>> 21: nombre d'heures travaillées en moyenne par les 15-19 ans

Travail des enfants: ce que dit la loi

Au Québec, il est interdit de faire travailler un adolescent de moins de 16 ans pendant les heures de classe s'il n'a pas de diplôme d'études secondaires. Les jeunes âgés de moins de 14 ans peuvent travailler, après l'école ou la fin de semaine, s'ils obtiennent l'autorisation écrite de leurs parents. L'employeur ne doit pas non plus les faire travailler pendant la nuit, entre 23h et 6h le lendemain, excepté si l'enfant livre des journaux ou participe à une production artistique, comme un spectacle de danse ou un tournage de film par exemple. Par ailleurs, selon la Loi sur les normes du travail, un employeur ne peut pas demander à un enfant un travail qui risque de nuire à son éducation, à sa santé ou à son développement physique ou moral. L'enquête de l'Institut Robert-Sauvé «pose des questions» à cet égard, affirme un de ses auteurs, Luc Laberge. Mais aucune plainte ni jurisprudence n'a été recensée concernant le travail des enfants au Québec. Il n'existe donc aucune balise précise qui encadre le nombre d'heures de travail ou les exigences physiques à ne pas dépasser pour éviter de nuire à l'enfant.

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Des ados aux traits tirés

École et boulot ne font pas toujours bon ménage. Les élèves du secondaire de 15-19 ans qui reçoivent un chèque de paye travaillent en moyenne 21 heures par semaine, ce qui est jugé beaucoup trop élevé par des directeurs d'école. Ces jeunes sont plus fatigués, plus stressés et ont moins le goût d'aller à l'école que les autres.

«Plus de 20 heures par semaine, c'est énorme, c'est beaucoup trop», lance France St-Onge, directrice de l'école secondaire De Rochebelle, dans Sainte-Foy. «C'est sûr que les choses ont changé dans les dernières années, on a de jeunes adolescents qui consomment énormément, mais le stress que ça génère d'arriver à s'organiser dans les études en plus du travail, c'est énorme pour un jeune.»

Règle générale, les directeurs d'école joints considèrent qu'une dizaine d'heures de travail par semaine peut être acceptable et même bénéfique pour l'élève.

«Nous, on favorise que nos jeunes travaillent. Il y a des études qui montrent que ça responsabilise les jeunes, ça les aide à mieux s'organiser, mais une dizaine d'heures, pas plus», affirme Christian Couture, directeur de l'école secondaire de la Courvilloise, dans Beauport.

Détresse psychologique

Selon l'étude «Jeunes du secondaire et du collégial qui cumulent études et travail» publiée par l'Institut Robert-Sauvé, 63 % des jeunes du secondaire âgés de 15-19 ans travaillent. Mais à quel prix? Les élèves qui travaillent sont plus nombreux à se considérer en mauvaise santé, affirment être plus fatigués et dorment trois heures de moins par semaine que les autres.

Ceux qui se frottent au marché du travail s'endorment plus souvent en classe, sont plus nombreux à ne pas faire leurs devoirs parce qu'ils trop fatigués et à ne plus avoir le goût d'aller à l'école.

Leur niveau de détresse psychologique est aussi plus élevé, particulièrement chez les filles.

«La plupart des jeunes concilient bien études et boulot. Mais il y en a un paquet qui arrivent dans les bureaux des psys ou des travailleurs sociaux au bord de la crise de nerfs...» lance Luc Laberge, qui est chercheur au groupe ÉCOBES du Cégep de Jonquière.

«Ouvrir les yeux»

«Il faut ouvrir les yeux des adultes et conscientiser les jeunes au risque potentiel pour la réussite éducative, qui devrait être leur premier boulot, ajoute-t-il. Oui, il y a des bons côtés à travailler, pour l'autonomie et le sens des responsabilités... Il y a un paquet de points positifs, mais l'idée, c'est de diminuer les risques pour la santé et la réussite éducative.»

Les employeurs doivent aussi être sensibilisés à cette réalité, ajoute Carl Ouellet, directeur de l'école secondaire Samuel-De Champlain. «Il m'est déjà arrivé, à la demande de parents, d'appeler des employeurs à l'approche de la période d'examens pour leur demander de diminuer le nombre d'heures de travail d'un élève», raconte-t-il. «Ce n'est pas dans ma description de tâches, mais pour le bien de l'élève, on le fait quand même.»

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