Un chercheur dresse un portrait inquiétant du métier d'enseignant

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«C'est comme si l'enfer était l'école publique et le ciel, l'école privée» - Maurice Tardif, chercheur au Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante

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(Québec) Les conditions des enseignants québécois se dégradent à tel point que Maurice Tardif s'inquiète du sort de l'école publique. Dans son plus récent ouvrage, le père de l'un des plus importants centres de recherche en éducation au Canada dresse un portrait peu réjouissant de l'évolution du métier et de son avenir.

L'éminent chercheur du Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante et professeur à l'Université de Montréal se défend d'être pessimiste. Il plaide plutôt une volonté de faire un état des lieux le plus juste possible en puisant dans l'histoire de la profession. Bref, d'être réaliste.

Et à l'heure actuelle, les chiffres parlent d'eux-mêmes, selon M. Tardif. Il évoque le taux de diplomation au secondaire en cinq ans, qui est d'«à peine 55 %». Avant que la diplomation monte à 85 %, «il faut attendre que les jeunes atteignent l'âge de 24 ans», illustre l'expert, certain que l'école publique échoue lamentablement à sa mission. «Les conditions de détérioration d'apprentissage dans l'école publique se reflètent dans les conditions de travail des enseignants dans l'école publique», plaide-t-il. Il reprend d'ailleurs cette idée comme thèse centrale dans son livre.

Précarité et complexité

Par exemple, la précarité touche aujourd'hui près d'un enseignant sur deux. «Comment une profession qui a pour mission centrale de former les nouvelles générations peut être précaire?» questionne Maurice Tardif, rappelant néanmoins qu'autrefois, le métier ne procurait pas beaucoup plus de stabilité. Sauf peut-être, entre les années 60 et 80, où il a connu son «âge d'or» avec plus de permanence et des salaires à la hausse. Mais depuis, c'est la débandade.

Les enseignants en arrachent aussi parce que leurs tâches et la clientèle se sont complexifiées. Fini les classes homogènes de petits francophones blancs. Désormais, ce sont des enfants venant des quatre coins de la planète et avec des problèmes d'apprentissage qui se déclinent à l'infini. De plus, on demande aux profs d'enseigner, mais également de socialiser et de qualifier, énumère le chercheur. «Les attentes sont beaucoup plus lourdes», expose M. Tardif. Il croit que les enseignants sont devenus de véritables caméléons qui, selon l'occasion, se transforment en psychologue, en père de famille ou même en policier.

Autre problématique, le privé gagne du terrain alors que le rapport Parent, qui souffle ses 50 bougies cette année, devait justement ramener massivement les jeunes dans les écoles financées par l'État.

Pire encore, un système à deux vitesses s'implante peu à peu dans les établissements publics, avec des écoles qui rivalisent entre elles pour attirer la clientèle, se désole le chercheur. Il croit qu'une nouvelle réalité, celle de l'«injustice scolaire», est en train d'émerger. «C'est comme si l'enfer était l'école publique et le ciel, l'école privée», illustre-t-il.

Tout cela n'est pas près de changer. «Les gens s'intéressent maintenant plus à leur vieillesse qu'à l'éducation des enfants», avance Maurice Tardif, ajoutant que l'enveloppe consacrée à l'éducation publique a aussi diminué comme peau de chagrin au fil des années.

******************

Chercher à valoriser la profession

Que faire pour améliorer les conditions des enseignants? D'abord, il faut redorer leur blason dans l'opinion publique, croit Maurice Tardif, qui propose la mise en oeuvre d'une campagne de valorisation du métier dans l'opinion publique. Dans cette optique, la création d'un ordre professionnel serait bénéfique, croit-il.

L'expert estime aussi que leur salaire doit augmenter et être ajusté en fonction de leur qualification. Quant à la carrière des profs, elle devrait être repensée de façon à ce qu'ils puissent être en mesure de se diversifier.

Le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport doit impérativement cesser de dicter aux enseignants comment donner leur matière en classe et de s'immiscer dans la pédagogie, puisque, rappelle M. Tardif, ce sont des professionnels qui, au minimum, ont un baccalauréat en poche.

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